Aug., Serm. 15 de Sanctis
Saint Ambroise, dans son sermon pour cette fête, commente l'Evangile et ne parle pas de l'objet spécial de la solennité . Polemius Silvius, au v« siècle, enregistre la fête de saint Pierre comme tombant le 22 février; et le Sacramentaire gothique-gallican assigne au même jour une messe dont la collecte est ainsi conçue : « O Dieu, qui en ce jour as donné au bienheureux Pierre d'être après toi la tête de l'Église \ etc. » Ce n'est qu'après le viii« siècle que, dans une nouvelle édition du Sacramentaire, cette messe fut transféréee au i8 janvier.
Ainsi, jusqu'au viii^ siècle, on crut, d'après une tradition dont l'origine est inconnue, que les célèbres paroles de Jésus-Christ : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, » furent prononcées au mois de février, et le 22 de ce mois fut spécialement consacré, à Rome, à célébrer l'institution de la primauté de saint Pierre. Cette fête était rendue plus solennelle par l'intronisation du souverain pontife, qui, le 22 février, s'asseyait sur la chaire même dont se servit autrefois l'apôtre. On lit, à cette date, dans la liturgie gothique : « Dieu a confié les clefs du ciel à un homme formé de terre... et il a placé haut le trône du siège souverain. La chaire épiscopale dû bienheureux Pierre, exposée en ce jour, en est le témoin^. » On le voit, avant le viii^ siècle, il n'est fait aucune mention d'Antioche comme étant l'un des souvenirs liés à cette fête.
Comment donc l'idée d'Antioche vint-elle, après le viu^ siècle, s'annexer à la fête du 22 février? Et comment, dans les martyrologes des viii^ et ix^ siècles, trouve-t-on une fête de la chaire de saint Pierre à Rome fixée au 18 janvier?
Cette dernière question reçoit une réponse facile si l'on admet l'hypothèse de la chaire vénérée au cimetière d'Ostrianus. Cette chaire ne symbolisait pas, comme celle du Vatican, la primauté de saint Pierre : elle était, le 18 janvier, honorée en souvenir de son premier voyage à Rome, de son premier séjour dans la ville éternelle, comme la chaire du Vatican l'était, le 22 février, en mémoire du pontificat suprême dout elle était le signe. Maintenant, comment, peu à peu, le sens spécial de chacune de ces fêtes vint-il à s'obscur-
1. Mabillon, Liturgia Gallicana, p. 22(5. « Deus, qui hodierna die beatum Petrum post te dedisti caput Ecclesiae, cum te vere ille confessus sit, et a te digne praelatus sit, » etc. — A la même époque, le calendrier napolitain désignait la fête du mois de février comme dies quo electus est S. Petrus papa. Mazocchi, Kalend. Eccl. Neapol., p. 49.