‹ Rome souterraineChapitre 289 sur 338 · Mabillon, 1. c, p · texte numérisé non relu

Mabillon, 1. c, p

^5o ROxME SOUTERRAINE.

cir, ou plutôt à être interverti, celle du i8 janvier devenant la commémoration de la primauté de saint Pierre, et celle du 22 février perdant cette signification pour n'être plus qu'un souvenir de son premier épiscopat à Antioche? Nous sommes réduits, sur cette curieuse révolution liturgique, aux conjectures. M. de Rossi suppose, non sans vraisemblance, que les copistes de l'ancien calendrier romain, voyant le 18 janvier marqué comme Cathedra sancti Pétri qua primum Romœ sedit^ et ne comprenant pas pourquoi une autre fête de la chaire de saint Pierre était célébrée le 22 février, ajoutèrent à cette dernière les mots apud Antiochiam, afin d'expliquer ce qui leur paraissait une anomalie. Ce même jour, 22 février, était célébrée, la fête de sainte Thècle, discipula Pauli apostolij qui vint à Antioche en Pisidie entendre saint Paul , et celle de saint Gallus, martyrisé à Antioche : il est possible que cette mention d' Antioche, déjà par deux fois attachée à ce jour, ait donné à quelque copiste l'idée de l'addition qui a tant embarrassé les archéologues*.

I. M. Wright a récemment publié un important martyrologe syriaque du iv^ siècle, d'après un manuscrit de l'an 412; le martyre « dans la cité de Rome de Paul l'apôtre et de Simon Pierre, prince des apôtres » y est commémoré au 28 décembre {Journal oj Sacred Literature and Bibîical Records, janvier 1S66). Saint Grégoire de Nysse et saint Sophrone de Jérusalem assignent la même date à la fête des deux apôtres.

NOTE D (page 154).

Le traité de saint Augustin, De cura pro mortuis gerenda^ fut composé vers 421. Saint Paulin de Noie venait d'écrire à saint Augustin, lui racontant qu'une certaine veuve l'avait supplié d'accorder à son fils Cynégius un tombeau dans l'église de Saint-Félix, et qu'il avait accédé à sa prière^ pensant que ces désirs des âmes pieuses ne reposaient point sur des illusions [non esse inanes motus animorum religiosorum et fidelium pro suis ista curantium)^ mais étaient, en réalité, un mode d'invocation des saints. Il demandait cependant l'opinion du grand docteur : est-il avantageux pour l'âme de l'homme que son corps repose après sa mort prés du tombeau d'un saint? Telle était la question posée.

Saint Augustin, dans le traité composé pour y répondre, établit d'abord qu'il y a des défunts à qui le voisinage des saints n'est d'aucune utilité, ce sont ceux qui ont vécu trop bien ou trop mal pour avoir besoin après leur mort de l'intercession de personne. Il cite ensuite le II« livre des Machabées, ch. xii, v. 43, et ajoute que, quand même l'Ecriture n'en aurait rien dit, l'autorité de l'Église eût été d'un grand poids en cette matière, car elle a eu soin que la recommandation des fidèles trépassés eût toujours place dans les prières que le prêtre adresse à Dieu pendant le sacrifice. Il entre enfin dans le fond de la question : « Certes, dit-il, citant saint Matthieu, X, 28-30, l'absence même de toutes funérailles ne pourrait faire aucun mal à l'âme ; tout ce qui concerne les honneurs funèbres est plus pour la consolation des survivants que pour le soulagement des défunts ; néanmoins, c'est une partie de la religion de respecter les corps des morts, qui ont été les temples du Saint-Esprit; et si c'est un acte de religion d'enterrer les morts, le choix de la place où on les enterre ne saurait être indifférent. » Il admet donc qu'il est avantageux d'être enterré près des saints : quand nous pensons au lieu où celui que nous aimons repose, notre âme se tourne aussitôt

vers les saints prés desquels est placée sa tombe ; nous les prions de lui servir de patrons et d'intercéder pour lui prés de Dieu ; mais si les survivants ne prient pas ainsi les saints, il ne voit aucun avantage pour les morts à être enterrés près d'eux {adjuvat defuncti spiritum, non mortui corporis locus, sed ex loci memoria vivus \ matris\ affectus.) L'Eglise catholique prie pour tous ceux qui sont morts dans sa communion ; elle fait d'eux une commémoration générale, sans prononcer aucun nom, afin que ceux qui n'ont laissé sur la terre ni enfants, ni parents, ni amis, ni proches, capables de prier pour eux, soient enveloppés dans l'intercession de l'Eglise, mère de tous.

a Comment les martyrs aident les hommes, ajoute saint Augustin, c'est là une question qui dépasse la portée de mon intelligence. Cependant ils les aident, cela est certain. Sont-ils eux-mêmes présents, en vertu de leur pouvoir, en une multitude de lieux à la fois, soit dans leurs sanctuaires, soit partout où l'on ressent leur bienfaisante influence? ou, au contraire, ne quittent-ils plus jamais le séjour que leurs mérites leur ont assigné, éloignés de tout voisinage des choses mortelles, priant cependant en général pour les besoins de tous ceux qui se recommandent à leur intercession (de même que nous prions pour les morts sans être près d'eux, sans savoir où ils sont, ni ce qu'ils font)? — et alors Dieu, qui est présent partout, qui n'est ni confondu avec nous, ni éloigné de nous, entendant leurs prières, accorde les consolations qu'ils sollicitent à ceux auxquels il juge convenable de les distribuer parmi les misères de cette vie, par le ministère des anges dispersés partout, et ainsi, par son admirable puissance, par son ineffable bonté, appliqué les mérites de ces martyrs là où il lui plaît, quand il lui plaît et de la manière qu'il lui plaît, mais particulièrement au moyen de leurs sanctuaires, parce qu'il sent que cela est utile pour fortifier notre foi dans le Christ, pour l'amour de qui ils ont souffert ; — c'est là une question trop haute pour que je puisse la saisir, trop obscure pour que je puisse la pénétrer; c'est pourquoi je n'ose définir ni l'une ni l'autre des deux hypothèses, ni décider si l'une et l'autre ne se présentent pas quelquefois, les bienfaits de l'intercession des saints nous parvenant tantôt par la présence des martyrs eux-mêmes, tantôt par l'intermédiaire des anges, qui ont emprunté leurs traits. Je voudrais le demander à ceux qui le savent; car quelqu'un le sait peut-être : non pas celui qui s'imagine savoir et n'est au fond qu'un ignorant ; mais ce sont là les dons de Dieu, qui donne certaines choses aux uns.

certaines autres aux autres, selon la parole de l'Apôtre (I Cor., xii, 7-1 1), »

Après cette longue et complète dissertation de saint Augustin sur le mystère de l'intercession des saints, nous n'avons pas besoin d'invoquer d'autres autorités. Si le lecteur, cependant, veut étudier la question plus en détail, il peut consulter également le sermon de saint Ambroise sur la mort de son frère et l'épitaphe qu'il composa pour la tombe de ce frère, un autre sermon de saint Maxime de T[ivm{Hom. Lxxi),et plusieurs épitaphes recueillies par M. Edmond Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, pp. 396, 471 ; t. Il, p. 219.

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