Aivers. rigilant
parle de même du saine sacrifice offert sur les tombes de saint Pierre et de saint Paul, et il invoque sur ce point la pratique de tous les évêques du monde.
Le plus souvent l'autel était situé sur le tombeau même du martyr; quelquefois il était seulement posé près de lui. Les expressions dont se sert Prudence semblent impliquer que, dans la crypte de saint Hippolyte, l'autel était distinct de la tombe [Propter ubi apposita est ara dicata Deo). Bosio et Boldetti ont vu plusieurs fois l'autel placé au milieu d'un cubiculum. et non sur la tombe même : telle fut à une certaine époque, on s'en souvient, la disposition de la crypte papale.
La où la tombe servait d'autel, la mensa n'était pas toujours fixée à l'ouverture de façon à ne pouvoir être déplacée : plusieurs fois on a trouvé de massifs anneaux de bronze attachés à son rebord extérieur ; ils servaient à l'amener en avant comme une sorte de tiroir et à découvrir ainsi la tombe avec les reliques qu'elle renfermait^.
Saint Martin de Tours est, dit-on, le premier saint non martyr dont la tombe ait été transformée en auteP. Quand les autels se multiplièrent dans les églises, l'usage s'établit d'introduire dans chacun quelques reliques ; les prières et les cérémonies liturgiques contiennent encore des traces de cette pratique ancienne. Ainsi, dans les prières de la messe, immédiatement après le Confiteor, le prêtre, montant le degré de l'autel, dit : « Nous vous supplions. Seigneur^ par les mérites de vos saints dont les reliques sont ici, — Oramus te, Domine, per mérita sanctorum tuorum quorum reliquiœ hic sunt, n et, après ces paroles, il baise l'autel. Le petit trou carré creusé dans la pierre de l'autel pour recevoir les reliques est appelé le sepulchrumy allusion manifeste à la pratique des premiers siècles; et la déposition des reliques dans ce sepulchrum forme une partie si essentielle de la consécration d'un autel, que si^ par accident, les reliques qui y ont été placées se trouvent enlevées ou perdues, il ne suffit pas d'en mettre d'autres à leur place, il faut consacrer de nouveau tout l'autel.
Les détails des prières et des cérémonies usitées lors de la consécration d'un autel rappellent d'une manière frappante l'enterrement des saints et des martyrs dans la primitive Eglise. Les corps des défunts étaient souvent portés dès la veille au cimetière où ils
1. De Rossi, Roma sott., t. I, p. 169, 285. — Voir plus bas, p. 236, 2(52.
2, Greppo, Dissertations sur VHistoire du culte des Reliques, p. 16.
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devaient être inhumés ; de même, les reliques qui doivent être placées dans le sepulchrum d'un autel sont apportées à l'église la veille de la consécration, dans un vase préparé et bénit exprès. Trois grains d^encens sont enfermés avec elles dans ce vase, comme ces parfums et ces aromates parmi lesquels les corps des saints étaient si souvent enterrés ; des ecclésiastiques veillent toute la nuit devant les reliques, récitant l'office du saint de qui elles proviennent. Le lendemain, dans l'office de la consécration, ces reliques sont portées processionnellement, et parmi les hymnes et les prières que l'on chante alors figure la vision de saint Jean (Apocalypse j vi, lo), à laquelle nous avons déjà fait allusion. Enfin, l'évêque consécrateur ferme le sepulchrum et le clôt avec du mortier, comme faisaient autrefois les fossores des catacombes quand ils fermaient un tombeau. Ces rapprochements ne peuvent être fortuits. Il est évident qu'une tradition encore vivante a sa place ici. Les mêmes cérémonies, les mêmes ressemblances, se retrouvent dans le rituel de l'Eglise grecque.
Certains critiques ont prétendu que la transformation en autels des arcosolia dans lesquels reposaient des martyrs fut le signal d'une transformation dans la doctrine et dans la discipline de l'Eglise chrétienne. Avant saint Cyprien, de qui la forme architecturale de Varcosolium est à peu près contemporaine, on n'entend parler, disentils, ni d'un sacrifice dans lequel le corps de Jésus-Christ soit offert, ni d'un autel sur lequel soit célébré ce sacrifice. Cette opinion est contredite par des textes formels. Dans son commentaire sur les Philosophumena, le docteur Doellinger a prouvé que saint Hippolyte, qui vivait avant saint Cyprien, enseignait clairement Texistence et la réalité du sacrifice chrétien. La même doctrine est professée par un grand nombre de Pères grecs, qui vécurent immédiatement après saint Cyprien, et n'eurent certainement aucune connaissance de ses ouvrages. Une seule nuance peut être observée, sur ce sujet, entre l'Eglise grecque et l'Eglise latine : elle est toute dans les mots et n'a aucune importance au point de vue des idées. Quand ils parlent du sacrifice chrétien, les premiers Pères grecs évitent soigneuseitient d'employer des expressions qui eussent pu rappeler les autels païens. Ils parlent seulement de la « table sainte, » ou se servent du mot euataaTT.ptcv, qui désignait l'autel juif, au lieu de ^(ùuà^ ou èoxapa, qu'employaient les Grecs pour désigner les autels des faux dieux. On lit pour la première fois le mot P«ao;, pris dans le sens d'autel chrétien, dans une constitution des empereurs Théodose II et Valen-
tinien, au v^ siècle. Les Pères latins, au contraire, n'hésitent pas à se servir du mot ara ou altare^ dont se servent également les païens de Rome. Ce qui distingue l'autel chrétien de l'autel païen, c'est moins une appellation différente que la nature du sacrifice ofTert sur Pun ou sur l'autre. Dans ce sens, les chrétiens peuvent accepter le reproche des païens, qui les accusaient de n'avoir ni temples ni autels, comme les autres religions*. Ils en possédaient en réalité. Origène dit expressément que dans les églises chrétiennes on rencontre des autels. Cécilius, dans l'OcraviWde MinuciusFélix^^ parle des chrétiens comme n'ayant point d'autels visibles aux païens ; saint Cyprien explique cette parole, en donnant à entendre au païen Démétrius qu'ils avaient leurs autels en secret. On peut rapprocher ces textes de celui de saint Paul (ad Hebr., xiii, lo) : « Nous avons un autel dont n'ont pas le pouvoir de manger ceux qui desservent le tabernacle. »
1. In hac enim consuescitis parte crimen nobis magnum impietatis affingere, quod neque «des sacras venerationis ad officia construamus, non deorum alicujus simulacrum constituamus, aut formam, non altaria fabricemus, non aras, aut caesorum sanguinem animantium demus, etc. — Arnob., Adv. gentes, IV, 36.