‹ Rome souterraineChapitre 297 sur 338 · III. LES CHAMBRES DU I®' OU II*» SIECLE · texte numérisé non relu

III. LES CHAMBRES DU I®' OU II*» SIECLE

Sous l'abside de la basilique inférieure, on rencontre plusieurs appartements, qui, par leurs dimensions et leur style, paraissent appartenir à un édifice privé : il est probable que, dans leur état primitif, ils étaient déjà en tout ou en partie souterrains. Quand, en 1858, ces chambres furent découvertes, elles étaient entièrement comblées : et M. de Rossi, après les avoir rapidement examinées, dut les faire remplir de nouveau, de peur de laisser les constructions supérieures reposer sur le vide. Le P. MuUooly a pu les déblayer une seconde fois et assurer par des travaux de soutènement la solidité de l'édifice supérieur : aujourd'hui elles sont redevenues accessibles.

Deux seulement de ces chambres avaient été étudiées par M. de Rossi, et ont été rendues au public par les fouilles postérieures. La principale est presque carrée : elle mesure environ 6", 2 5 sur 6 mètres. La plus petite forme un étroit parallélogramme, de 5 mètres sur 2 mètres. La plus vaste des deux est voûtée : la voûte est ornée de caissons d'un beau stuc blanc, sur lequel sont modelés en relief des ornements fantastiques, des candélabres comme en offrent tant de bas-reliefs de la bonne époque impériale, des scènes mythologiques. Parmi celles-ci, M. de Rossi distingua, en 1858, le groupe aujourd'hui presque disparu de Phèdre et Hippolyte : le chaste héros

repousse les propositions de la femme incestueuse, et parc pour la chasse avec un de ses compagnons.

Quelle était la destination de ces chambres? à quel édifice appartenaient-elles } On n'y a découvert aucune inscription, aucun indice pouvant donner à cet égard un renseignement précis. Les traditions chrétiennes rapportent que saint Clément habita sur le mont Celius, au lieu où s'élève la basilique qui lui est consacrée : le Liber pontificalis lui donne pour père un certain Faustinus, qui habitait, à Rome, dans la région du Celius ^ Une autre tradition, plus ou moins exacte, veut qu'il ait appartenu, comme son homonyme le consul de l'an 95, à la famille des Flavii, ce qui rendrait fort plausible qu'il ait habité un quartier aussi aristocratique que l'était, au P'' siècle de l'empire, la région du Celius^.

Si ces traditions étaient acceptées, il serait naturel de croire que les chambres tout à l'heure décrites, dont le style ne répugne en rien à la dernière moitié du i^"" siècle, ont fait partie de la maison habitée par saint Clément, ont été, peut-être, le lieu où se réunissaient, sous sa direction, les fidèles évangélisés par lui. On comprend que nous ne nous prononcions pas sur des hypothèses dénuées, jusqu'à présent, de preuves positives. Nous indiquerons cependant deux arguments qui, dans une certaine mesure, paraissent leur être favorables. La basilique primitive de Saint -Clément existait avant la fin du iv^ siècle : saint Jérôme en parle comme n'étant pas de date récente, et le texte que nous avons cité, écrit en 392, se réfère probablement aux souvenirs du dernier séjour du saint docteur à Rome, en 385. Nous avons même indiqué d'autres documents établissant que l'église qui conservait la memoria de saint Clément était sans doute antérieure à 350. Or, au iv« siècle, on n'élevait pas un édifice sacré en l'honneur d'un martyr ou d'un saint si quelque souvenir matériel, quelque tradition locale, ne rattachait sa mémoire à l'emplacement choisi. Quel souvenir de saint Clément pouvait rappeler le versant du Celius où fut élevée la basilique? Son tombeau? Non : car, nous l'avons vu, il n'y avait pas, à cette époque, un seul martyr enterré dans l'intérieur de Rome, et aucune translation de corps saints n'avait encore eu lieu. En ce qui concerne saint Clément, d'ailleurs, d'anciens documents nous apprennent que le pontife, exilé dans la Chersonèse Taurique, où il fonda une florissante chrétienté, fut pré-

Page 1