Roma sotterranea, t. I, p
Il n'est pas douteux que les chrétiens rejetèrent entièrement Fusage païen de brûler les cadavres, et qu'ils le considérèrent de tout temps comme un sacrilège, comme un mode peu conforme à leur respect pour des corps destinés à ressusciter, et à la tradition historique que leur avait léguée le sépulcre de Jésus-Christ. « Ils exècrent les bûchers et condamnent la mise en cendres des cadavres, » ditMinucius Félix. « Nous enterrons nos morts, dit-il plus loin, selon la coutume des anciens et des meilleurs ^ » Aussi n'a-t-on découvert, sur aucune urne cinéraire ni dans aucun colombaire païen, une inscription chrétienne ou un signe quelconque de christianisme. Vainement on prétendrait que quelques chrétiens suivirent encore l'usage antique, parce que sur un certain nombre d'inscriptions chrétiennes on voit le sigle usité par les païens, D. M., dis manibus. D'une part, les pierres tombales qui le portent ont servi, pour la plupart, à boucher des /ocw/f ^ de catacombes, ou à clore des sarcophages, c'est-à-dire des tombes où des cadavres entiers, et non des cendres, étaient contenus. D'autre part, cette formule épigraphique est d'une extrême rareté^ dans les épitaphes chrétiennes ; sur douze mille inscriptions chrétiennes trouvées à Rome, à peine trente-cinq la présentent^ tandis que sur mille inscriptions païennes de la même époque, de neuf cents à neuf cent cinquante la reproduiraient. La négligence ou l'ignorance de quelques familles chrétiennes put laisser un marbrier païen écrire cette formule, qui était devenue de style sur les tombeaux romains; on y attachait si peu d'importance qu'on trouve quelquefois, sur la même pierre, les lettres D. M. rapprochées du monogramme du Christ.