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notions les paroles déjà citées de Tertullien décrivant la constitution delà société chrétienne au iii^ siècle. « Nous avons*, dit-il, pour présidents des anciens choisis par nous, et qui ont obtenu cet honneur non par la brigue, mais par le bon témoignage de tous... Et si nous possédons un trésor commun (arca)^ il est alimenté, non par des honoraires payés par ceux qui président lors de leur entrée en charge % comme si la religion était pour nous un objet de trafic, mais par une petite contribution mensuelle de tous ceux qui peuvent et qui veulent la fournir... Ces cotisations sont en réalité de pieux dépôts, car on les dépense, non à festoyer, mais à nourrir ceux qui ont faim, enterrer les pauvres^ secourir les orphelins et les vieillards, assister les naufragés, et si quelques-uns de nos frères sont condamnés aux mines, ou exilés, ou mis en prison, pourvu que ce soit comme membres de la secte de Dieu, ils deviennent les enfants adoptifs de leur confession (alumni confessionis suce). »
Il ressort clairement de ce passage qu'il était facile aux chrétiens du iii^ siècle de recueillir des aumônes, d'exercer la charité, et même de se réunir pour les pratiques de leur culte, sous le couvert des confréries funéraires autorisées
1. Président probati quique seniores, honorem istuni non pretio, sed testimonio adepti : neque enim protio ulla res Dei constat. Etiam si quod arc» genus est, non de honorafia summa quasi redemptîe religionis congregatur; modicam unus quisque stipem menstrua die, vel quum velit, et si modo velit, et si modo possit, apponit : nam nemo compellitur, sed sponte confert. Nam inde non epulis, nec potaculis, nec ingratis voratrinis dispensatur, sed egenis alendis humandisque, et pueris ac puellis re acparentibus destitutis, jamque domesticis senibus, item naufragis, et si qui in metallis, et si qui in insulis, vel in custodiis, duntaxat ex caussa Dei sectœ, alumni confessionis suas fiunt. — ApoL, 39.
2. Il est maintenant prouvé, par des inscriptions trouvées en Afrique et ailleurs, que tel est le vrai sens de cette expression : de honoraria summa^ qui a causé tant d'embarras aux commentateurs. Plin., Ep. X, 114. — L. Rénier, Premier rapport adressé à M. le ministre de V instruction publique j 1852, p. 4-7. — Bullettino di arch. crist.^ 1866, p. 1 1, note 2.
par la loi. L'Eglise exerçait la charité, non individuellement et à titre privé, mais au nom de la corporation. De nombreux documents nous montrent l'église de Rome envoyant de riches aumônes à ces chrétiens condamnés aux mines ou à l'exil dont parle Tertullien. La condamnation ad metalla correspondait à peu près aux travaux forcés des législations pénales modernes, et entraînait des déchéances analogues à une sorte de mort civile. Quand les magistrats persécuteurs ne condamnaient pas à mort les chrétiens déférés à leurs tribunaux, ils les envoyaient souvent travailler aux mines et aux carrières de l'Egypte, de la Grèce, de l'Asie Mineure, de l'Afrique et dé la Sardaigne. L'immense dépôt de marbres récemment découvert sur le bord du Tibre provient en grande partie de ces travaux des condamnés chrétiens, car, après la paix de l'Eglise, on vit tout à coup le produit des carrières ouvertes sur tous les points de l'Empire diminuer dans une proportion considérable, par suite du rappel et de la délivrance des confesseurs de la foi. Tant que durèrent les persécutions, la caisse commune de l'église de Rome vint au secours des chrétiens condamnés ad metalla. On possède encore la lettre par laquelle Denys, évêque de Corinthe, remercie le pape Soter des secours envoyés par lui aux chrétiens travaillant dans les mines de la Grèce. Un autre saint Denys, évêque d'Alexandrie, rend le même témoignage à la charité de l'Église romaine pour les exilés de Syrie et d'Arabie au commencement du m® siècle. Tertullien, écrivant à la même époque, fait allusion, dans le passage que nous avons cité, aux aumônes envoyées par la corporation chrétienne de Rome aux chrétiens condamnés aux mines et à l'exil *. Outre ces lointaines misères, l'Eglise romaine en secourait d'autres plus proches d'elle, auxquelles elle
I. Voir, dans le Bullettino dl arch. crist,, 1868, p. 17, l'article écrit par M. de Rossi^ à l'occasion des découvertes de VEmporio Romano, sur les chrétiens condamnes à V extraction des marbres pendant les siècles de persécution^ et le soin que prit d^eux V Eglise romaine.
consacrait une partie des fonds communs. Nous savons par rhistoire de saint Laurent que le soin des pauvres et la distribution des aumônes formaient la charge spéciale d'un des diacres. Les membres du clergé recevaient également de la caisse commune ce qui était nécessaire à leur subsistance. Le diacre tenait dans ce but un registre (matriculd) de leur nombre et de leurs offices. En l'an 25 [, le clergé de Rome comptait dans ses rangs plus de cent cinquante personnes, dont quarante-six prêtres; TEglise les nourrissait, et avec eux plus de quinze cents pauvres ^ Outre la pension mensuelle qui leur était faite, les prêtres étaient encore assistés d'une autre manière ^ A la suite des agapes, une sportula était distribuée ordinairement aux assistants, comme dans les collèges païens. Les prêtres recevaient alors double part, duplex honor binis partibus prœsidentibus deputabatur^, suivant la doctrine de saint Paul : qui bene prœsunt presbyteri duplici honore digni habeantur'^. Quelquefois même des chrétiens illustres, des confesseurs de la foi, étaient admis à recevoir une part sacerdotale : presbyterii honorem designare nos illis jam sciatis ut et sportulis iisdem cum presbyteris honorentur^. La masse destinée à ces diverses dépenses était administrée par le premier diacre, au nom de FEglise romaine. Peu à peu, par Teffet de cette loi naturelle et instinctive qui assure à celui auquel est confié le soin de la vie matérielle une influence considérable sur la vie morale et les intérêts les plus élevés de la société à laquelle il appartient, le premier diacre reçut le titre d'archidiacre, et devint en quelque sorte le surveillant et le juge du reste du clergé, supérieur à tous, inférieur à
1. Presbytères quadraginta sex, diaconos septem, acolytos duos et quadraginta, exorcistas autem et lectores cum ostiariis quinquaginta duos, viduas cum thlibomenis, plus mille quingenta. — Co^elii ep. ad Fabianum, 3.