LIBRARY ST. MÀRY'S COLLEGE
l'évéque seul. L'usage s'établit de nommer, à la mort du pape, ce premier diacre, et non un prêtre, pour lui succéder : et cet usage acquit tellement force de loi que, pour écarter ce diacre du rang suprême, on le contraignait quelquefois à recevoir la prêtrise du vivant du pape.
Ces considérations nous permettront d'apprécier toute la portée des paroles de l'auteur des Philosophumena, racontant que saint Zéphirin « confia à Calliste la direction du clergé et l'administration du cimetière. » La communauté chrétienne de Rome entrait à ce moment dans une phase nouvelle de sa vie : elle faisait tourner à son avantage la protection que les lois romaines accordaient à certaines corporations, et, pour obéir à ces lois, un de ses membres était choisi pour être le gérant ou syndic qui administrerait la propriété commune et veillerait aux intérêts du corps sociale C'est ce rôle que Calliste fut appelé à remplir, réunissant en sa personne la direction du clergé et l'administration du cimetière, et gouvernant à ce double titre le trésor charitable de TEglise. Le cimetière qui lui fut ainsi officiellement confié était donc le cimetière commun des chrétiens, la propriété collégiale de VEcclesia fratrum. C'était « le cimetière sur la voie Appienne » que, d'après le Liber pontijîcalis. Calliste « créa, dans lequel beaucoup d'évêques et de martyrs reposent, et qui est appelé aujourd'hui encore cœmeterium Callisti. »
Les raisons qui décidèrent l'Eglise romaine à créer ce cimetière l'engagèrent à y fixer, pour l'avenir, la sépulture des papes, déposés jusque-là au Vatican. Sur dix-huit papes qui occupèrent le siège pontifical de Zéphyrin à Sylvestre, treize, selon le Liber pontijîcalis , furent enterrés dans le nouveau cimetière. Il fut, d'après la conjecture de M. de Rossi, le premier lieu public de sépulture possédé
I. Quibus permissum est corpus habere collegii, societatis, sive cujusque alterius eorum nomine, proprium est ad exemplum reipublicse habere res communes, arcam communem, et actorem sive syndicum, per quem quod communiter agi fîerique oporteat agatur, ûsit.—Dig.j III. 4, I, § I.
et administré officiellement par TÉglise ; par lui se fonda la propriété ecclésiastique, conséquence naturelle de la forme corporative adoptée par l'Église dans ses rapports avec la société civile, à partir du m® siècle. D'autres cimetières lui appartinrent bientôt au même titre. Le Liber pontificalis rapporte qu en 238, saint Fabien, le quatrième successeur de Zéphyrin, « divisa les diverses régions de Rome entre les diacres, et ordonna la construction de nombreux édifices (fabricas) dans les cimetières. » Cqs fabricœ étaient sans doute des oratoires élevés au-dessus des catacombes, soit en vue du culte ou des assemblées, soit pour servir d'habitation à un gardien. Nous avons vu que tel était Fusage dans les grands domaines funéraires païens et nous avons retrouvé à l'entrée du cimetière de Sainte - Domitille les restes d'une de ces anciennes /(^^r/c<3P. Les chrétiens durent construire un grand nombre de ces édifices pendant les trente-neuf années de paix (211-250), troublées seulement par la courte persécution de Maximin (236), qui s'écoulèrent entre le règne de Caracalla et celui de Dèce.
En janvier 250, saint Fabien tomba victime de la persécution de Dèce. Dèce rendit probablement un édit pour interdire l'entrée des cimetières chrétiens; mais l'histoire n'en a gardé aucune trace. La persécution de Valérien, qui éclata en 257, les atteignit. Nous n'avons pas le texte de la loi rendue contre eux; mais son existence ressort clairement de ces paroles adressées par Emilianus, préfet d'Alexandrie, à saint Denys, évêque de cette ville : « Ni à vous, ni à personne, il n'est permis de tenir des assemblées et d'aller dans ce que vous appelé^ vos cimetières * ; » et de ces mots d'Aspasius Paternus, proconsul d'Afrique, à saint Cyprien : « Les très-saints empereurs Valérien et Gallien ont défendu de se réunir en aucun lieu, et d'entrer dans les cimetières^.»
1. Lettre de saint Denys d'Alexandrie, dans Eusèbe, iïï^f. i?<:/:/.^Yir, II. — Ces dernières expressions prouvent l'origine exclusivement chrétienne du mot « cimetière. »