I. Bosio, Roma sotterraneaj p
découverte. Déjà, près d'un siècle et demi auparavant, une vaste région de Rome souterraine, située à l'autre extrémité de la ville, avait été visitée à plusieurs reprises. Malheureusement elle avait eu pour explorateurs soit des religieux conduits par la piété seule, soit des savants peu préparés à comprendre ce qui n'était pas païen. Au nombre des premiers, il faut compter plusieurs franciscains dont les noms se lisent encore avec les dates de 1433, 145 1, 1455, 1473 , 1482, sur les murs de deux ou trois cubicula du cimetière de Calliste. « Je suis venu visiter ce lieu saint (ad visitandum locum sanctum istum) avec vingt religieux de l'ordre des frères mineurs, » écrit frère Laurent de Sicile le 17 janvier 145 1. D'autres religieux mineurs visitent la même crypte en 1455, « dans la semaine où mourut le pape Nicolas V » (hebdomada qua defunctus est papa N. V). Un abbé de Saint-Sébastien y descend en nombreuse compagnie (cum magna comitiva) le ip mai 146p. Quelques Écossais y viennent en 1467 (M CCCC LXVII quidam Scoti hic fuerunt)^ etc. Rien n'indique que ces nombreux visiteurs aient compris la valeur historique et archéologique des monuments qu'ils avaient devant les yeux. Une tout autre catégorie d'explorateurs faisait, à la même époque, de mystérieuses descentes dans les catacombes. On peut lire en diverses places de la catacombe de Saint-Calliste, dans le cimetière des saints Pierre et Marcellin sur la voie Labicane, dans celui de Prétextât sur la voie Appienne, dans celui de Sainte-Priscille sur la voie Salaria, les noms de Pomponio Leto et de ses confrères de la célèbre Académie romaine, écrits au charbon, et quelquefois accompagnés de cette qualification : Unanimes antiquitatis amatores ou perscrutatores.
Les lecteurs familiers avec l'histoire littéraire du xv* siècle savent que Pomponio Leto fut le fondateur et le président d'une académie composée de poètes, d'antiquaires et de littérateurs. Les membres de l'Académie romaine encoururent la disgrâce du pape Paul II, qui les soupçonnait de conspirer contre lui, et d'avoir secrètement abandonné le
christianisme par amour des dieux de Tantiquité. Les malveillants voyaient un indice de leurs sentiments peu orthodoxes dans l'affectation qu'ils mettaient à remplacer leurs noms chrétiens par des noms empruntés aux souvenirs classiques. Conspirèrent-ils vraiment contre le pape? Il est difficile de le savoir, et les charges produites contre eux à ce point de vue paraissent assez légères. Mais la nature de leurs opinions religieuses est demeurée un mystère. Formaient-ils une société secrète, imitant et ressuscitant, au sein de la Rome catholique, les collèges sacerdotaux du paganisme? La découverte des inscriptions laissées par eux dans les catacombes, en fournissant des renseignements nouveaux sur ce problème souvent discuté, engagera peut-être aie résoudre dans le sens le moins favorable. Le nom de Pomponiiis Letus s'y lit une fois accompagné du titre de pontifex maximus ; une inscription est datée « du souverain pontificat de Pomponius, » régnante Pomjp. Pont. max. Un certain Pantagathus prend le titre de sacerdos achademîœ rom. Etaient-ce là de purs jeux littéraires, ou, sous ces dénominations étranges, Pomponius et ses compagnons cachaient-ils la hiérarchie secrète de quelque secte antichrétienne? Il paraît certain que quelques-uns d'entre eux cultivaient avec un égal amour les lettres et les mœurs de l'antiquité, et Tune des inscriptions laissées par eux dans les catacombes montre qu'ils se plaisaient à perpétuer le souvenir de leurs désordres. Comment des hommes passionnés pour la science, voués, comme leur chef, à l'étude des antiquités romaines « qui alors sortaient de terre, » purentils passer devant les plus anciens monuments de Tâge héroïque du christianisme sans éprouver le désir de les étudier, sans en faire mention dans quelqu'un de leurs écrits ? Nous ne connaissons leurs visites dans les catacombes que par les bizarres inscriptions qu'ils y ont tracées, et que M. de Rossi a découvertes il y a vingt ans. Quelles que fussent leurs croyances intimes, ces amants exclusifs de l'antiquité profane durent souvent paraître étranges à leurs contemporains, et l'on comprend que, même après leur
acquittement, un évêque, écrivant à l'un d'eux, leur ait reproché d'être plus païens que chrétiens.
A la fin du xv'' siècle, quand durait encore le premier entraînement de la Renaissance, ce reproche aurait pu être adressé à bien 4'autres qu'aux membres de l'Académie romaine. Au contraire, en 1578, à l'époque où eut lieu la découverte que nous rappelions au commencement de ce récit, la science chrétienne et les vertus chrétiennes avaient dans Rome de nombreux et glorieux représentants. C'était l'époque de saint Ignace de Loyola, de saint Charles Borromée, de saint Philippe de Néri. Baronius, l'ami et le disciple de ce dernier, travaillait déjà à ses immortelles oAnnales, Plus d'une page de son livre montre quel intérêt lui avait inspiré la nouvelle découverte, et avec quelle sagacité il en avait deviné l'importance*. Il fut un des premiers à la visiter. S'il n'eût été absorbé par l'œuvre immense qu'il avait entreprise, peut-être en fùt-il devenu le premier explorateur et le premier historien. Cet honneur était réservé à des étrangers, un dominicain espagnol, Alfonso Ciacconio, et deux jeunes laïques flamands, Philippe de Winghe et Joannes Macarius (Jean L'Heureux).
Ciacconio était un curieux, un collectionneur; il avait formé un musée d'antiquités où il y avait de tout, des fossiles, des marbres, des bronzes antiques. Plusieurs artistes furent employés à copier pour lui les peintures des catacombes. Leur exactitude ou leur talent n'égalait pas sans doute leurs bonnes intentions, car une peinture dont l'original représente Noé dans l'arche avec la colombe auprès de lui est désignée dans une de ces copies comme « Marcel, pape et martyr, assisté par un ange pendant sa prédication.* Il n'est pas surprenant que de Winghe, l'ami de Ciacconio, ait été peu satisfait de la sûreté de telles informations, et qu'il ait fait copier de nouveau, pour lui-même, toutes ces peintures, dont il voulait conserver une image exacte. Les copies exécutées par ses ordres ont été vues et consul-