Prud., Peristeph.. XI
crypte souterraine, il est encore possible de deviner l'éclat et de suivre la lumière du soleil absent. Au fond de cette retraite cachée fut porté le corps de saint Hippolyte, près de Tendroit où s'élève maintenant Tau tel consacré à Dieu. La même table d'autel (mensa) donne la nourriture sacramentelle et recouvre les os du martyr ; elle garde les saintes reliques dans Tattente du juge souverain, et nourrit de la viande céleste les habitants des bords du Tibre. Merveilleuse sainteté de ce lieu ! Tautel est à la portée de ceux qui prient et comble les espérances des hommes en leur distribuant ce dont ils ont besoin. C'est là que souvent, moi aussi, malade de corps et d'âme, je me suis prosterné en priant, et me suis relevé guéri. Oui, ô glorieux prêtre, je dirai avec quelle joie je reviens baiser tes reliques ; je proclamerai que je dois tout cela à Hippolyte, à qui le Christ, notre Dieu, a donné le pouvoir d'obtenir du ciel tout ce qu'il veut. Cette petite chapelle (œdicula)^ qui contient le vêtement périssable qu'a rejeté son âme, resplendit d'argent massif. Des mains riches et généreuses ont revêtu ses murs d'une surface brillante comme un miroir. Non contentes d'en avoir garni l'entrée de marbres de Paros, elles ont dépensé des sommes considérables pour les orner. »
Prudence décrit ensuite la fête annuelle du martyr, son dies natalîs ; et cette description pourrait s'appliquer encore aux cérémonies de la Rome moderne, à ces foules qui se portent à Saint-Laurent, à Saint-Paul-hors-des-Murs, à Saint-Sébastien ou à Sainte-Agnès, quand une fête y est célébrée. « L'impériale cité vomit la foule comme un torrent, plébéiens et patriciens cheminent confondus vers le sanctuaire où leur foi les pousse. Des portes d'Albano sortent aussi de longues processions, qui se déroulent en blanches lignes dans la campagne. Toutes les routes qui avoisinent Rome retentissent de bruits confus. L'habitant des Abruzzes et le paysan de l'Etrurie viennent, le fier Samnite, le citoyen de la superbe Capoue et celui de Noies sont là. Les vastes plaines suffisent à peine à contenir ces joyeuses foules, et même là où l'espace semble sans bornes.
ip ROME SOUTERRAINE.
leur marche se trouve retardée. Sans doute la caverne vers laquelle elles se dirigent, quand même on élargirait sa bouche jusqu'à la rompre, est trop étroite pour leur donner passage ; mais tout près d'elle est une autre église {templum)^ enrichie avec une royale magnificence, que tous ces pèlerins peuvent visiter. » Suit la description d'une basilique, que l'on suppose être celle de Saint-Laurent in agro Verano .
Cette dévotion pour les catacombes n'était pas toujours réglée par la prudence. Dans leur désir d'être enterrés tout près des saints, les chrétiens creusaient des loculi dans le fond des arcosolia, au risque de mutiler les anciennes peintures. Ils détruisaient la symétrie des chapelles en y ajoutant de nouveaux monuments, et en y introduisant des sarcophages. Quelquefois même ils mettaient en danger la solidité des chambres sépulcrales, en pratiquant, derrière quelque tombe vénérée, une nouvelle crypte qui n'en était séparée que par une mince cloison. Une inscription trouvée par Boldetti parle d'une « crypte neuve derrière les saints j> dans laquelle deux chrétiennes ont acheté un locus bisomus :
IN CRYPTA NOBA RETRO SAN CTVS EMERVM SE VIVAS BALER RA ET SABINA MERVM LOC V BISOM AB APRONE ET A BIATORE.
Une autre inscription parle d'un tombeau vendu par le fossor Quintus dans la crypte même de saint Corneille :
SEREPENTIV S EMIT LOC M A QVINTO FOSSORE AD SANCTVM C RNELIVM.
Une autre mentionne l'achat par un père et une mère,
pour leur tille, d'une tombe « au-dessus de Varcosolium de saint Hippolyte » (at Ippolytu super arcosoliu)^ ce même arcosolium si poétiquement célébré par Prudence.
Une quatrième inscription, de l'année 381, par conséquent contemporaine de Damase, nous parle d'un chrétien qui obtint le privilège d'être enterré « dans la demeure des saints, ce que beaucoup demandent et peu obtiennent, 1» intra limina sanctorum. quod multi cupiunt et rari accipiunt^.
Vers cette époque, on le voit, le but des excavations cémétériales changea complètement. On ne creusait plus, suivant un plan régulier, des galeries destinées à la sépulture des fidèles ; ceux-ci, en cherchant une tombe dans les catacombes, ne voulaient qu'une chose, être enterrés le plus près possible des chapelles où reposaient les saints. A un système régulier de travaux, qui demandait une direction sûre et nécessitait une administration compliquée, succédait, par conséquent, un système d'excavations isolées, sans ordre et sans plan, pratiquées dans tous les lieux demeurés libres jprès des tombeaux des martyrs. Les travaux de cette nature cessèrent d'être exécutés aux frais de la communauté, et sous la surveillance des prêtres ; ils devinrent l'objet de marchés passés à titre privé entre les amis du défunt et Itsfossores. Aucun vestige de contrats passés avec les fossores relativement à l'acquisition d'un tombeau n'a été trouvé portant une date antérieure aux dernières années du iv'^ siècle, et aucune trace de la corporation des fossores n'apparaît plus après les vingt-cinq premières années du v*^. Mais de nombreuses inscriptions, comprises entre les deux termes de cette courte période, montrent que, pendant quarante ou cinquante ans, la concession des tombes nouvelles dans les cimetières souterrains dépendit d'eux exclusivement. Ces inscriptions ne portent plus que telle tombe a été creusée par autorisation (jussu )