‹ Rome souterraineChapitre 96 sur 338 · I. Pages · texte numérisé non relu

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qui dessert l'église est toujours prêt à guider les étrangers dans le cimetière souterrain qui s'étend au-dessous d'elle. Ce cimetière, où Ton peut entrer sans une autorisation spéciale, est peut-être la partie la plus visitée des catacombes romaines. On n'y voit plus « cette suite de marches » qui, d'après l'un des Itinéraires cités plus haut, « conduit au tombeau de saint Cyrinus, pape et martyr^; » mais, dans la basilique même, on peut, en faisant le tour du maître-autel, reconnaître l'église semi-souterraine dans laquelle, selon une tradition rapportée par lès deux manuscrits salzbourgeois, furent conservés pendant un certain temps les corps de saint Pierre et de saint Paul. La forme irrégulière de cette antique construction s'explique par sa destination même ; il est évident qu'en l'élevant on s'est appliqué et à enclore un endroit spécial, et à laisser intact tout ce qui était alentour. Il est impossible, par conséquent, d'y voir un ancien temple païen, comme on l'a prétendu quelquefois ; il est beaucoup plus naturel d'y reconnaître, avec les anciennes traditions, un petit édifice construit par les chrétiens pour marquer un coin de terre consacré par un épisode de l'histoire des persécutions. Le pape Damase y fit faire un pavage en marbre, et y plaça une inscription métrique conservée par les manuscrits, et dont une copie inachevée, du xii^ ou xiii^ siècle, existe encore*. Un petit banc de pierre fait le tour de

1. M. de Rossi pense que cet escalier pourrait être facilement retrouvé.

2. Hic habitasse prius sanctos cognoscere debes, Nomina quisque Pétri pariter Paulique requiris. Discipulos Oriens misit, quod sponte fatemur. Sanguinis ob meritum Christum per astra sequuti, TÏ^therios petiere sinus et régna piorum.

Roma suos potius meruit defendere cives.

Hîec Damasus vestras référât nova sidéra laudes !

« Là, vous devez le savoir, reposèrent d'abord des saints. Si vous demandez leurs noms, c'étaient Pierre et Paul. L'Orient envoya- des disciples, nous l'avouons volontiers. Par le mérite de leur sang versé

rédifîce; il était destiné, selon le P. Marchi, à l'usage des personnes qui venaient réciter là en chœur les psaumes ou les prières liturgiques. Au milieu est une petite ouverture carrée qui, à la profondeur d'un mètre environ, s'élargit de manière à former une double tombe, mesurant un peu plus de deux mètres en longueur, largeur et profondeur. Cette cavité est divisée en deux compartiments égaux par une plaque de marbre; ses côtés sont revêtus de marbre jusqu'à la hauteur d'un mètre et demi, et la voûte qui la recouvre est ornée de peintures représentant Notre-Seigneur et ses apôtres. Tel est le lieu où, selon le témoignage de nos deux Itinéraires, « les corps de saint Pierre et saint Paul reposèrent pendant l'espace de quarante ans. »

Il est assez difficile de démêler la vraie histoire de cette translation temporaire et accidentelle des reliques des deux apôtres. Nous avons vu qu'ils furent d'abord enterrés dans le lieu où chacun d'eux souffrit le martyre, Pierre sur la colline Vaticane, Paul sur la voie d'Ostie. D'autres sources également authentiques nous font connaître la singulière démarche que tentèrent alors les chrétiens d'Orient. Se considérant comme compatriotes et concitoyens des deux apôtres, ils envoyèrent à Rome des députés chargés de rapporter leurs reliques. Les préliminaires de cette mission paraissent avoir réussi. S'étant, sans doute, divisés en deux bandes, l'une devant se rendre sur la colline Vaticane, pour y chercher le corps de saint Pierre, et l'autre sur la voie d'Ostie, pour en rapporter le corps de saint Paul, les députés orientaux se donnèrent rendez-vous sur la voie Appienne, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la basilique de Saint-Sébastien, et où était alors le point de jonction de la voie Appienne et de la voie d'Ostie. Après s'être réunis là, ils devaient continuer leur route vers Brindes, et de Brindes s'embarquer

les saints, ayant suivi le Christ vers les astres, avaient atteint les demeures célestes et le royaume des élus. Rome, cependant, put défendre ses citoyens. Qu'il soit permis à Damase de rappeler ainsi votre gloire, 6 nouveaux astres ! »

pour rOrient. Les choses se passèrent d'abord ainsi : les deux troupes se rejoignirent au lieu indiqué, et y déposèrent un instant leur précieux fardeau. Qu'arriva-t-il ensuite > Comment l'entreprise heureusement conduite jusque-là vintelle à échouer, et comment les reliques des apôtres demeurèrent-elles à TÉglise romaine > Le langage du pape Damase, dans Finscription que nous avons citée en note, est singulièrement prudent et mesuré. Sans doute il s'abstint de perpétuer, sur un monument public fait pour être vu des pèlerins de toutes les parties du monde, le souvenir d'un incident d'où l'orgueil de l'Église d'Orient dut sortir douloureusement blessé. Saint Grégoire le Grand, écrivant, deux siècles plus tard, une lettre privée à l'impératrice Constantina, n'avait plus les mêmes raisons de se taire. C'est par lui que nous connaissons l'histoire, peut-être mêlée de légende, de ce curieux incident. Une chapelle dédiée à saint Paul avait été construite dans le palais impérial de Constantinople. L'impératrice, dans son désir d'enrichir Fautel de reliques d'un grand prix, demanda au pape la tête de l'apôtre des gentils. Saint Grégoire refusa d'accéder à une aussi ambitieuse demande, et, à l'appui de ce refus, raconta à l'impératrice l'effort qu'avaient déjà fait les chrétiens d'Orient pour se rendre maîtres des reliques des apôtres. « Tout le monde, lui écrit-il, sait que, peu de temps après leur martyre, des chrétiens vinrent d'Orient pour réclamer leurs corps, en qualité de compatriotes. Les ayant transportés jusqu'au second mille en dehors de Rome, ils les déposèrent dans un lieu qui est appelé adcatacumbas. Au moment où, s'étant réunis, ils allaient les emporter de ce lieu, une tempête de tonnerre et d'éclairs enveloppa leur petite troupe. Saisis d'effroi, ils renoncèrent à leur dessein, et prirent la fuite. Les Romains, cependant, étant sortis de la ville, vinrent où étaient les corps, et les reprirent, ayant été jugés dignes par le Seigneur de conserver ce trésor. Ils conduisirent les corps là où ils sont aujourd'hui enterrés*. » Ces

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