J U L I É T TE
Ta voix pénètre jusqu’au fond de mon ame. Oui 5 je do is t’en croire...», avoir un secret pour Cécile, est un crime. Lis dans mon cœur , et frissonne ! En vain une haine héréditaire divise depuis long -tems les Montaigus et les Capulets; elle ne peut s’éteindre qu’à i’anéantissement total de l’une de ces familles. Hélais 1 ma chère Cécile, l’amour connaît-iiquelque obstacle ?... Eiï vain le sang des Montaigus coule dans les veines de l’infortuné Roméo; en vain Juliette songe avec terreur que Capulet est son père; la passiçn la plus violente , la plus indomptable unit en secret son cœur à celui de ■Roméo.
Cécile..
Ou’entends-je ?. . . . Juliette etRoméo! Hélas ! est-il possible que cet amour étouffe les germes de discorde, qui séparent vos deux familles? Oubliez-vous que Tliéobald , un Capulet, neveu de votre père , enflammé de l’horreur farouche qu il a puise oans son sang , at“ raqua hier Roméo dans ce lieu même , et tomba sous ses coups.... Les Capulets redoublent de fureur , irritent la ricmeur des lois contre votre amant, l’appellent à l’cchafa^d qui s’élève peut - être déjà pour lui ,
et vous osez ! . . . .
Juliette.
Connais toute l’horreur de ma situation ! Roméo , cet être que j’adore , dont la vie est necessaire a la mienne , P.oméo s’éloigne : il quitte sa patrie pour Fe soustraire au sort qui le menace ; et moi , consumée de doule-ur , ■ moi qui n’existe plus que pour jouir du
Il :
Kil ,
dernier moment qui va nous réunir , je t’attends ici pour le voir un instant, & mourir apres son départ.
Cécile.
espoir, avez- vous pu vous livrer à cet
Juliette.
, L amour vrai , profond qui maîtrise nos âmes * qur tes entraîne , a-t-il jamais pu calculer ?...
Cécile.
Au moins , personne que moi n’a-t il pénétré ce secret, d ou dépend oc votre gloire & votre vie ?
Juliette.
Cebas seul , ce respectable ami qui daigna présider aux sorns de mon édupiMon , a lu dans mon ame. Ami de mon père, et jouissant de toute sa confiance , il a été mon seul recours. Loin de songer à combattre ma passion, il n^a cherché que les moyens d^adoucir mes maux , & i’hom.me le plus sage, le plus vertueux .est le confident, Pami de la femme la plus tendre 6c la plus malheureuse !... Faut il tout t’avouer ? Voyant qu il ne pouvoir nous unir sans le consentement démon père, nous exigeâmes de Cébas de recevoir nos sermens ... Une nuit nous nous rendîmes dans la sépulture de nos ancêtres, dont Cébas est le gardien; & là dans ce lieu funèbre , sur les cendres même de mes ayeux, des ennemis de Roméo , nous jurâmes d’être i un a 1 autre, ou de mourir
Cécile.
Je fiîssonne en vous écoutant !...
Juliette.
J’entends du bruit ... Ah ! ma Cécile , c’est lui / c’est Roméo ) je tremble ... Je ne puis m’e sout^!irt! .*
Êîoigne-toî; laisse -nous tout entier ces momens , les derniers peut-être qui restent à ma douleur,
Cécile.
Tu le veux ! ...
Juliette;
J’exige plus ; reste près d’ici. Veille sur notre sûreté. Le danger est si grand i .Ciel ! l’on allait nous surprendre— appercevoir Roméo ! C’est sauver ma vie que
de sauver la sienne Ne me refuse pas, au nom de
i’amitié la plus tendre,. .Faut-il embrasser tes genoux?
Cécile, V embrassant.
Viens dans mes bras, mon amie; tout est possible à l’amitié.... Mais sur-tout, je t’en conjure , pour toi, pour lui, ne prolonge pas trop ces momens dangéreux.
ElU sUloiÿie.