‹ Romeo et JulietteChapitre 14 sur 25 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

CL Her Romeo, c’efl moi.

Mon cœur plein de fa flamme a volé devant toi ,

Le tien, je le vois trop, s’attendrit pour ton pere; Où la conduit l’excès a’un aveugle coîere!

Enfin , malgré l’éclat du plus ardent courroux ,

Le bruit d’aucun malheur n’eJfl venu jufqu’à nous. Dans tes maux cependant l’amour qui nous poflfede, N’offire-t-il qu’à moi feule un charme à qui tout cede? Aurions nous donc perdu ce droit des malheureux,

De confondre leur peine, & de gémir entr’eux ,

Hélas ! pour deux amans que le deftin raflVmble ,

C’efl un plaifir bien doux que de foufFrir enfemble. LailTe à ta Juliette appaifer tes douleurs.

Romeo.

Combien le Ciel fur nous répandra de malheurs! Juliette.

D’où vient dans ton efprit ce funefte préfage? Romeo.

J’entrevo's nos deftins , je crains plus d’un orage.

Juliette.

Nous les vaincrons.

Peut

3(î ROMEO & JULIETTE ,

Romeo.

Peut-être.

Juliette.

Eh , qui doit t’allarmer ?

Tes vertus , tes exploits, t’ont par-tout fait aimer; Ton Souverain t’admire, & les yeux de mon pere Ne t‘ont point julqu'ici diftingué de mon frere ;

De ce frere lu -tout, tu fais que l'amitié De tes moindres chagrins prit toujours la moitié ; Que pour fauver ta vie il donneroit la fienne.

Que n’ai-je au même prix perdu cent fois la mienne.

Juliette.

Par quel deftin deux cœurs l’un vers l’autre entraînés* A fe Iiair entr’eux , étoient- iis deftinés ?

Rome o.

Pailfe, en ce jour fatal, l’afpeft de nos miferes.

Ne pas fléchir trop tard la fureur de nos peresî

Juliette.

Dans quelque heureux inftant, impolîible à prévoir* La nature & nos pleurs fauront les émouvoir ;

Nous n’avons pas encore à gémir fur leurs crimes, Leurs courroux dans nos bras n’a point pris devi&imes2 So't erreur, foit raifon , mon cœur oans l'avenir Se figu e un moment qui pourra nous unir, je t adore, & tu vis. Puiflant par fa famille,

Mon pere y voit briller, & fon fils & fa fille;

Son fils fur-tout, fon fils va bientôt à fes yeux, Allumer les flambeaux d un hymen glorieux.

Quel jour, pour tous les miens , n’allégrefiTe 8c de gloire!

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