ACTE QUATRIÉMB
VOS larmes le feront-elles revenir du tombeau? Quand vous monderiez sa cendre^ vous ne lui rendriez pas la vie. Arrêtez donc vos larmes. Une douleur modérée prouve de la tendresse; mais Texcès du chagrin annonce un défaut de raison.
Laissez-moi pleurer une perte aussi sensible.
LA SI6N0RA CÂPULBT
Vous sentirez toujours cette perte, mais vous ne reverrez jamais Tami que vous pleurez.
Sentant aussi vivement sa perte, je ne puis m'empécher de le pleurer toujours.
LA SIGKORA CAPULET.
Ma fille, je vois ce qui nourrit vos larmes ; ce n'est pas tant la mort de votre infortuné cousin, que de savoir vivant le misérable qui l'a tué.
De quel misérable parlez-vous^ madame ?
LA SIGNORA CAPULET
De ce misérable Roméo.
JULIETTE, i part.
Lui, un misérable! Que Dieu lui pardonne; moi. je lui pardonne de tout mon cœur, et cependant nul homme n'afflige mon cœur comme lui.
LA SI6N0RA CAPULET
Oui, vous soufi&ez de voir que le traître respire.
Kon, je ne serai jamais satisfaite que je ne revoie Roméo.... mort.
LA SIGNORA CAPULET
Ma fille, vous avez un père qui s'occupe de votre bonheur; un père, qui, pour consoler vos chagrins, TOUS prépare un jour de soudaine joie, que vous n'attendez pas.
Madame, à la bonne heure; quel est ce jour?
LA SIGNORA CAPULET
Un jour bien prochain, ma fille : oui, jeudi matin, im jeune et noble cavalier, un beau cavalier, le comte
46 ROHBO £T JULIETTE
Paris, dans Téglise de Saint-Pierre, fera de vous une épouse heureuse.
Par saint Pierre et par l'église, qui lui est consacrée^ Paris ne fera point de moi une épouse heureuse. Je suis étonnée de cette précipitation, et qu'il me faille épouser, avant que Thomme qui doit être mon mari vienne me faire sa cour. Je vous prie, madame, dîtes à mon père que je ne veux pas me marier encore, et que quand j'épouserai, j'épouserai Roméo, que vous savez que je hais, plutôt que Paris.
LA SIGNORA CAPCLET, courroucée.
Voilà votre père qui vient : faites-lui cette réponse vous-même.