SCÈNE IL Lk MiiOE, L'Apothioaibr
l'apothicaire, panîMant.
Qui m'appelle de ce ton?
Boicio.
Homme, approche. Je vois qae ta es pauvre : tiens, Yoil& quarante ducats : donne-moi un drachme de poison, mais d'un poison violent et prompt, qui se répande dans toutes les veines avec tant d'activité, qae l'homme lassé de vivre, qui l'aura pris, tombe mort, et que la vie soit chassée du corps avec la violence de la poudre, qui s'enflamme et se précipite des flancs du bronze homicide.
L'APOrmOAIRB.
J'ai de ces poisons mortels ; mais la loi de ISantoi&e punit de mort quiconque en débite.
Roidb.
Quoi, tu es dénué de tout, en proie à l'indigenoe, et tu as peur de mourir? La famine dévore tes joues; 1« besoin et la souf&ance sont peints dans tes yeux hagards ; la pauvreté et le mépris qui la suit sont attachés à toi. Le monde ni les lois ne sont tes amis; U monde n'a point fait de lois pour t'enrichir : brave donc ces lois, sors de ta misère et prends cet or.
l'apotbigairb.
Cest ma pauvreté et non pas ma voloniè qui l'accepte, (n sort.)
ROlliO.
C'est ta pauvreté que je paye et non ta volonté.
L'APOmOAIRB, Tepanitnat.
M^ez cette drogue dans telle liqueur que vous voudrez; buvez-la, et eussiez-vous la force de vingt hommes ensemble, elle vous aura bientôt expédié.
ROMÉO
Tiens, voilà ton or; poison plus funeste pour le cœur des mortels, et qui commet bien plus de meurtres dans ce monde abhorré, que ces chétives compositions que tu n'as pas la liberté de vendre. C'est moi
- A^TB ClNQUliMB 89
qui te Tends du poison : toi, tu ne m'en as point yendu. — Âdien : achète de quoi te nourrir, et remets de la chair sur ton- squelette. (lis »e t«paffeat et loneiit.) Viens, breuvage, ami de mon cœur, tu n'es pas un poison pour moi; viens avec moi au tombeau de Juliette, c'est là que tu dois me servir I