‹ Roméo et Juliette: tragédie en cinq actesChapitre 40 sur 42 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

Ua cimetière* — Le tombean des Capalet. -— Jaliette dant lea eereoeU*

PARIS, SÂMSON, qal porte un flambeao et une corbeille d« flean, pnis ROMEO et BÂLTÂZÀR avec une lanterne et an lerier.

PARIS

Page, donne-moi ton flambeau. Éloigne-toi et te tiens à l'écart. — Non, remporte-le, je ne veux pas être vu. Ya te coucher là-bas sous ces cyprès et applique ton oreille à la terre ; nul pied ne foulera le cimetière, que tu n'entendes ses pas. Si tu entends quelqu'un approcher, avertis-moi par un coup de sifQet. — Donnemoi ces fleurs. Fais ce que je t'ordonne : va.

SAMSON, s'en allant.

Je suis effrayé de rester seul ici dans ce cimetière ; cependant je vais m'y aventurer, (ii s'éloigne.)

PARIS, jetant des flenrs i la porte du nonnment*

Tendre rose î je sème des fleurs sur l'entrée de ton lit. Belle Juliette, qui partages le séjour des anges, accepte ce dernier hommage de ma main. Vivante, je t'honorais ; morte je viens rendre à ta tombe ces tristes et derniers devoirs, (sannon^iffle.) Mon page m'avertit que quelqu'un approche ; quel pied sacrûége erre dans ces lieux pendant la nuit? Yient-on troubler mes tristes fonctions et le culte d*un fidèle amour? O nuit! cachemoi un moment dans tes voiles. (ParU se retire et se cache derrière le caTeau.)

ROMÂO.

Donne-moi cette bêche et ce lourd levier ; toi, prends cette lettre, et demain dès le jour songe à la remettre à mon père. Donne-moi ton flambeau; éloigne-toi de moi, va-t'en. — Si, poussé par un soupçon eu-

ROMEO BT JULIETTE

rieux, ta reTiens épier ce que j'ai dessein d'exécuter, par le ciel, je te déchirerai en pièces, et je joncherai de tes lambeaux ce cimetière affamé,

BALTAZAR

Je Tais me retirer, seigneur, et je ne vous troublerai point.

ROBIÂO.

C'est en m'obéissant que tu me prouveras ton attachement. Vis et sois heureux. (Btiuzar ton.) Toi, détestable gouf&e, bouche de la mort, qui as englouti ce que la terre avait de plus précieux, c'est ainsi que je force tes barrières pourhes à s'ouvrir. Tu dois être assouvie, mais je veux te gorger encore d'une nouvelle

proie, (il frappe <t outre le moaument.)

PARIS

C'est Im, c^est ce hautain Montaigu, ce banni, qui a tué mon cousin, meurtre dont le chagrin, à ce qu^on croit, a causé la mort de la belle Juliette. Sans doute, il vient ici dans quelque lâche dessein, pour insulter h ces cendres inanimées. Je veux le saisir. — Suspends tes efforts impies, vil Montaigu; peut-on poursuivre la vengeance au delà de la mort? Lâche proscrit, je te saisis et t'arrête : obéis et suis-moi, car il faut que tu meures.

ROMÂO.

Oui, il ie faut, et c'est pour mourir que je suis icL Jeune homme, ne tente point un homme désespéré; fuis de ce lieu et laisse-moi. Vois tous ces morts, et que leur vue t'épouvante. Je t'en conjure, jeune homme, ne charge point ma tête d'un autre crime, en me forçant à la fureur. Ohl va-t'en. Par le ciel, je t'aime plus que moi-même, car je viens en ce lieu armé contre mes jours. Ne m'arrête plus, va-t'en et dis que la pitié d'un furieux t'a commandé de fuir.

PARIS

Je brave ta pitié et je te saisis au corps comme on coupable, qu'un dessein criminel a conduit en ce Ueu.

ROMÉO

Tu veux donc me provoquer? Eh bieni songe à te

défendre, jeune homme. (Us se battent; Paris tombe près dA .iombeaa.)

ACTB CINQUIÂMB 01

Page 1