‹ Romieu et CourchampsChapitre 18 sur 54 · La Mode, 10" livraison · texte numérisé non relu

La Mode, 10" livraison

(lu moins ébauclié en 1833 par des jeunes iiommes que rappi-ochait leur ^oûl commun des chevaux, il devint bientôt un centre où se groupèrent d'autres personnages influents, riches et ayant du temps à perdre. Le prince de la Moskowa, fils aîné de l'illustre maréchal, était président et le nombre des privilégiés arrivait seulement au chiffre de 200 lorsque le 13 janvier 1837 l'assemblée générale déi^'ida qu'on élirait oO membres nouveaux. Ceux-ci furent admis par le coniil»' le 2() janvier. Ils s'appelaient <'iitrt' autres: Aguado, manjuis de Casa-Hiera. Aclon, lùiui-m» P»'riei', vicomte d'Alboii. Wilh'am Hope, comte de Pourlah's et Auguste Romieu. Oui Homiru \r pilier de Gobillard, le Tallicn du souper, h' mvslilicateur célèbre, le gamin de Paris entrait au Jockey. « C'est bien le seul (|ue j aie vu receNoir comme homme d'esprit! » alliiinait son collègue d'Altou-Sln'e. V.n même temps, le comitt' faisait une bêtise, il blackboulait Alhcd (le Musset. La glonc de re\(|uis poi-te poU\ail lieni-eusenienl se passeï" de ce liorliel. Le pi'ince Ib'Igioso a\anl demande : u Poni(]Uoi diable n en \enl on pMS ? », on Un rt'pondit : u (Jue \nule/.vous, il ne sait p.is monter à <ln'\al ! •> — .. Ll I^omieu? » — « (Ml ! celui là se cass«' le cou avec tant d'espiit ! »

Le prelel de la Dortb tu lie l'tail d'ailleuis capable tle lau'c bonne liguie dans ee elub eb'ganl où maintes personnalitt's ratleclionnaieni . Il était fort li«''a\et'le major l*'i'as<'r, cet oi'iginal ijui donnait le plus grand soin à sa culture intellectuelle et à ses travaux iras-

tronomiqucs. Quand Coco et Béccjuet avaient trop bu, ils allaient invariablement le cberclier; celui-ci par complaisance ou conviction se mettait à leur unisson et le trio savourait alors le plus bizarre mélange de latinisme ou de grécisme à Teau-de-vie. Par conf,re, Fraser ne jouait jamais, tandis que Romieu se laissait volontiers tenter par la dame de pique. D'Alton voulant le préserver de la grosse partie, lui avait compté cinq louis en écbange du billet suivant :

« Je m'engage à payer dix mille francs au comte d'Alton-Sbée, si à l'avenir je joue au wliist au Jockey- Club à plus de deux francs la ficbe. »

L'effet de cette mesure ne dura guère, néanmoins le signataire fut assez puni plus tard d'avoir manqué à son contrat sans que d'Alton jugeât bon de le lui rappeler ^

Lorsqu'on invite cliez soi un homme pour son atticisme, il se montre d'habitude parfaitement banal. Il en advint ainsi au sujet de Romieu qui, entrant dans une réunion de gens du monde, crut devoir abandonner parfois son insouciance de gavroche pour une gravité peut-être plus correcte mais plus ennuyeuse. Le registre du Jockey-Club contient (année 1838) le souvenir d'une lutte âpre entre les fumeurs et les non-fumeurs ; dans l'ardeur des représailles on faisait plus que suspecter les paraphes de complaisance, on

1. D'Alton-Shée : Mes Mémoires, t. I, Paris, 186'.). — Comtesse de Bassanvillc : Les salons iC antre fois, 4« scti(3. — A. Iloussayc : Les Confessions, t. 11. Paris, 188u.

allait jusqu'à douter de leur authenticité. Voici une protestation ' :

« Les soussii^nés se plaiirnent qu'on falsili»' les signatures des mrmhres du cercle pour faire des réclamations inutiles et importunes.

Signé : Homieu, comte d'Alton-Shée, Chassiron, d'Alljon, etc.

Romieu transformé en censeur cliagrrin î Admirable consétjuence du snobisme. H est vrai (ju une autre motion était ainsi libellée :

« Les soussif^nés demandent qu»' M. de V. soit enj^agé par le comité à s'abonner au journal anj^laisie Glohe qu'il emporte tous les soirs.

Sijrné : Jules de la Granse, F. de Monliruyon, A. de Morny, Belgioso, etc.

Un farceui- Iciininait la liste en traçant d'une écriture de Icmme Marir Diiplessis » la dame aux camélias). Espérons (jue c'était Ilomieu.

Comme note consolante, nous traranlissons (ju«» 1«' diij:n(; lasbionable pou\ait aussi dt'poser l«' masqua sévi'rr il la jxnlc du cncb'. Arsi'ue lloussasc raconto son admis>inn à cette l'qKXjue dans cette folle société où lii:urai«'iil Ir coml<' (n'rmain, le jtair d«' l''r;inc(» que les lillcs apprlaicnl //lo/i <(>t/>i/i ( irnitam, (iilbcrt d«'S N oisins (ju On nommait ntun rtnsin ri (|iii n«' sa\ail jamais s'il a\ail «qxuist'* la Tai:lioni ; d'.VIlitn-Slu'r qui ilansail la ( ",aiinai:nob', Laulour-.M»'/.ria\ qui |H)rtail toujours un «aiindia piiju»' à la bmitonniére,

l A. Gihcil tl l'Ii. tli' Massa: Histoire du Jockf y-Club français. Paris. lSl».i.

Ro(jueplan (jui haranguait le peuple sous le masque (le Figaro, le prince Belgioso qui changeait chaque jour (le princesse, Malitourne, Seymour, Gavarni, Ko*ier (le Beauvoir, le lils des trois Du pin et enfin Roinieu l'anijnal le plus railleur, le plus sentimental qui hourdonnait sa fantaisie en ses vacances de préfet*. « Vous tous qui avez connu des gens gais qui ne sont plus, (écrivait Sainte-Beuve, vous le savez hien que le plus vif et le plus fin de la gaîté ne se transmet pas et s'évapore... Comment vous raconter Romieu, le pâle et sérieux visage qui faisait tant rire?... Représentezvous ces gais causeurs, ces hommes de verve et de mimique excellente, essayez au sortir d'une réunion avec eux d'en donner une idée à ceux qui ne les ont pas entendus, tout s'est refi-oidi ^ »

Quel palladium que l'esprit ! Eux-mêmes les adversaires politiques de Romieu lui rendaient justice. Dantan ayant dessiné sa caricature en hanneton, la Mode (1" trimestre 1837) écrivait : « Il s'est ahandonné à l'imagination satyrique de Tartiste et il a supporté la charge avec une dignité héroïque parce qu'avant d'être préfet, il est spirituel et de joyeuse humeur. Nous qui avons le plaisir de le connaître depuis longtemps, nous ne lui découvrons qu'un tort, c'est de s'être laissé faire préfet, mais il a été assez heureux

1. A. Iloussaye : Les Confessions, t. V, Paris, 1891. Les curieux qu'allire le rnondo de cette époque doivent lire les deux volumes suivants, tous deux intér(^s.sants et ijarfaitonient documentés. Jacques Boulenger : les Danch/s, l'aris, d'.)07. et Léon Séché : la Jeunesse dorée sous Louis-Vkilippe, Paris, l'JlO.

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