Sainte-Beuve : Nouveaux lundis, t. VII, Paris
pour rester toujours un hou convive et un homme aimable. » Roger île Beauvoir, dans les Soupe f/rs de mon temps rapporte ainsi l'histoire du croquis dont nous donnons la reproduction :
« Un beau matin, Romieu voulut jouer lui-même un tour à Dantan. Celui-ci, retiré dans son atelier, où il vivait comme un ermite par les mauvais temps, savait Romieu par cœur, mais il ne le connaissait pas de vue, il n'avait jamais (juc lu son odyssée comique.
« Tout à coup la porte s'ouvre et Romieu, l'ancien et illustre viveur, l'homme des parties soud;iin«'s, des lampions nocturnes et des épiciers honnis, entre chez Dantan. C'était Léon X chez Michel-Anizc ; Dantan, homme poli, lui approcha un fauteuil uothiijue ; le jour baissait, il j)()u\ait être se[)t heui'es. Dantan alluma sa chandelle et einisa^ca les \ isiteuis.
(f L'ami (jui accompagnait lU)mi<'n le pi't'senta sous un nom et des titi'es imaiiinaiF'cs. mais celui ci ne lui donna pas le temps d'aeliex cr, il dccIaiM à Daiilan (ju'il serait toi'l ai>e d'aNOU' sa eliaiuc Le rcnde/.- \'oiis (lomii'. Dantan le recul coinm»' il recexait tout le monde, moitu' causant, moitii' ti"a\ aillant . Il a\ait de\iné (|n'il a\ail dexant Un Komieu. et a\ anl que le pn'-iel fût parti, sa charui' «'tait laite
(( i']l (jutdle chaiLie! .le laisse au\ ('omment aleurs à la (h'crire en sers. I marine/. \ ous un lampion (|U un hanneit)!) IraNcrse à la naue ; les antennes de linsj'cte axancent comme jtoiir le proh'Lici' contre les plaisanteiies du Churirari^ du Vcrl-Vcrl et autres journaux ;
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sa croix d'honneur pèse sur son aile droite gonflée par le zéphyr comme un hiillon de Godard par le gaz. C'était une charge boud'onne, administrative et volatile. Il était impossible de mieux saisir la spirituelle et mordante physionomie de Romieu. Une bouteille de rlium et deux yeux ouverts expliquaient aux intelligences tardives cette exquise figurine. »
Le coléoptère croqué par le fameux sculpteur justifiait pourtant que Romieu prit la mouche, car la satire était mordante. Sous la main de Dantan, la caricature des hommes devenait aussi bien celle des professions que des choses, et rendait légitime la réflexion de Beauvoir : « Ne me parlez pas de ces abominables charges, on s'en moque d'abord, puis deux ans après on leur ressemble ! » Cette fois Romieu excusait la mo([uerie en faveur de l'art qu'il savait apprécier. Louis Veuillot écrivait le 24 mai 1838 dans une lettre adressée à son frère Eugène^ :
(( Mille compliments à M. Romieu et à M"**" sa mère. Annonce-leur une lettre de Venise. C'est le seul point où depuis mon départ j'aurai joui de quelque tranquillité. Ils sont trop artistes, curieux, voyants et entendants tous les deux pour ne me pardonner d'avoir flâné »
Quand le ministère croyait devoii* consulter ses plus habiles préfets, on inandait à Paris celui de la Dordogne. C'était un avantage d'amour-propre et d'espoir dont ne jouissaient pas également les grandes