‹ Romieu et CourchampsChapitre 20 sur 54 · Correspondance de Louis Veuillot, l. I, l'aris · texte numérisé non relu

Correspondance de Louis Veuillot, l. I, l'aris

autorités départementales. Mais cliaque médaille a son revers; dès que le célèbre fonctionnaire arrivait, les journaux satiriques se cramponnaient à lui, moins comme adversaire que comme excellent sujet de copie. La Mode (îj* livraison 1838) sigrnalait ainsi une larg^e promotion nobiliaire :

« Voici à l'occasion du carnaval la première fournée de nobles que vient de commettre le gouvernement de Juillet. On remarquera que le système, à l'instar de Bonaparte, a rappelé autant que possible les titres de irloire (jui recommandent les nouveaux élus à l'admiration de la postérité.

Victor Hugo, prince d'Hernani;

Bugeaud, duc de la Tafna, prince de Transno-

nain ;

Romieu, comte de Cbampagne.

Ce dernier se rencontrait là en bonm* compagnie. Son goût connu pour notre pétillant vin fiançais lui faisait tresseï" un»' couronm' en b'uilbvs (b' vigne, cl la Mode s'amusait à la lui [>lacer sur la tête... sur sa télé d«' Turc, car b' journal royaliste ne mancjuait pas d'utiliser copieusciin'nl la légrndt' des bannelons, assurant i\\xv Bomieu avait détruit, pendant l'année I83(), sept millions (b' ces coléoptères. I*uis(ju'une feuille d'opposition avouait en se mo(|uanl j>areille bécalombe, il «'lail Www naturel «|u'on récompensât ce liavail digne d'Hercule. Les adversaires d un gouvernemeiil ne sont jamais satisfaits de ses actes, aussi le Charivari gouaillait :

« Hiei- sametli î) juin, le Moniteur annon(;ail que

M. Romieu l'un des vétérans du café Gobillard et de la gaudriole contemporaine, vient d'être décoré du ruban d'ofdcier de la Légion d'honneur. Cette dignité a excité d'abord dans le public un mouvement de surprise, mais bientôt le public est parti d'un immense éclat de rire. Et en définitive il en est resté une impression des plus joyeuses. »

Tellement joyeuse que les nombreux amis de Romieu lui offrirent un grand dîner de satisfaction à la fin du(|uel les visages enflammés éteignirent complètement l'éclat de la rosette qu'arborait le nouveau promu.

CIIAIMTHK V

Les grands hoinnies ont presque tous un historio- {^raplie chargé de transmettre leurs oeuvres rmiai- (jual)les et leurs menues actions à la postérité, Louis XIV eut Dangeau, Louis \V eut \v duc d«' Luynes, Napoléon eut Méne\al, Hausset, M""' d Abranti'S, et Homieu eut Ir Cliarivari. Pendant plus de ulix ans, ct'tir Iruill»' uola d'uiu' jduiiM' act'iln' les faits et gestes du préfet, ses déplacements, ses idées, ses ordonnances, v\ surtout rappela ses exploits juvéniles «''Iciiit'llriiirul enL:uiilantlés drs liisloii-cs du lampion t't d«'s hannetons dont le puhlic ne sciiihlail pas se fatii:u»'i'. Le :2n iuiHrt l<S!iS, «dh» racontait iju»' duiaiil la nuit, h's lau's de IN'rigueux d«'\ rnairnt aussi ohscures (|u iim' jiaur de M (lonsm l*oiir rt'm(''di«'r à cri iucoin cincul , ihuiiicu a\ ait pi'ohmdtiiicul iidh'chi cl s'flail Iciui h' laisoiiiit'iiii'iil Mii\aut : « Je plau- Irrai de dislaiitr eu distance dans les voies de la \ille deux grands jioleaiix paiallides A ces p(»teau\ i'allacheiai une corde ijui ira de lim à l'autre A celle corde je suspendrai une espJ*ce «le \as<» à (juatre faces hMiiK' pai* lies \ lires t l'anspaienles. Dans ce \ase. je

mettrai de l'iiuile. Dans cette huile, je placerai une mèche que j'allumerai. Il est impossihle que cehi ne produise pas une lumière quelcon(|ue. » Aussitôt dit aussitôt fait. Le conseil municipal émerveillé de cette découverte ingénieuse avait ahsolument voulu lui déceriuM' le nom de son inventeur, mais modeste autant qu'hahile, ce dernier s'était contenté de donner au résultat de ses recherches le titre tout simple et sans emphase de rê cerbère.

Sous ce titre, les Bienfaits de M. Romieu, le Charivari apprenait encore à ses lecteurs que notre illustre fonctionnaire venait d'inventer le télégraphe et le parapluie, qu'il fondait en Dordogne une société de tempérance dont les trois principaux membres mouraient d'indigestion à la suite du banquet d'ouverture, et que lui-même avait roulé sous la table en terminant son discours présidentiel. Quelques semaines plus tard on pouvait lire cette lettre, apocryphe bien entendu :

" Périgueux, 10 novembre 1838.

Monsieur le Rédacteur du Charivari, « Le départ de M. liomieu, telle est la rause de nos larmes ! Non i)as un départ éternel, par exemple! Car, ne vous j trompez pas, Monsieur le Rédacteur, si nous avions dû renoncer pour jamais à notre adoré préfet, ce n'est point une lettre de moi que vous eussiez reçue par le courrier de ce malin. La seule lettre

me concernant qui vous eût été envoyée, c'est oui. c'est une

lettre de l'aire part. Et en cela je n'aurais fait que suivre l'exemple de la Dordogne bien décidée, le cas échéant, à se précipiter dans la Dordogne.

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Oh ! Monsieur, je n'essaierai pas de vous peindre les scènes de toutes sortes auxquelles a donné lieu son départ. Tout Périgueux l'a suivi une lieue durant. Les restaurateurs de la ville avaient obtenu la permission de dételer sa voiture qu'ils ont traînée à bras. Les marchands de vin suivaient derrière en poussant par intervalles de vastes gémissements à fendre le bitume. Quelques citoyens avaient seuls un air de fêle au milieu de cette tristesse générale, c'étaient les membres de la société de tempérance.

Mais notre préfet nous reviendra, il nous l'a promis. Le carnaval passé, nous le presserons sur notre cœur ; puisse ce temps s'écouler plus rapide que le télégraphe... Kt à ce propos, je vous dirai confidentiellement que nous lui ménageons une petite surprise pour son retour, une coupe d'honneur, laquelle pourra contenir dix-sepl bouteilles de Champagne.

Permettez-moi, Monsieur le Rédacteur, devons demander un service; il est fort possible qu'une fois à Paris notre adoré préfet oubliera complètement ses administrés pour ne plus songer qu'aux [tiaisirs de r(^|)éra et aux s(>u[)ers du Café Anglais Promettez-moi donc de me donner une ou deux fois de ses chères nouvelles. Ce n'est pas un homme qui vous supplie, c'est une ville, un département tout entier. Ne repoussez donc pas la prière <jue vous adressL'ut [)ar mon organe les lunumes, les feniFues, les enfants, les vieillards et même les sourds-muets de la Dordogne.

Hicn que je vous adresse celte su[)plique au nom dune rivière, j'espère pourlaiil (jiie vous ne la laisserez pas loniber dans l'eau.

Agréez, etc.

A. S. notable do P» rigueux.

Le spiiihicl iiioilijii'' soiiiiail île ers j»I;iis;ii)|(M'i«'S. nirnic Ioiscjik» le (luirirdri t''cri\ail (|u au lieu dcUi' dans la DoidoLiiic, ilauiail «lu atlminislrei- le Hd^-Var, ou (juaiul .Mlanxlh' lui oonsanail la chaiisoii suivante ' :

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