Vicl-Castcl : Mémoires, t. II
'1. Geoi-;^es Guénot faisait aussi l'éloge de Romieu dans la Revue des Beaux- Arts du 1" lévrier 1852.
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tôt qu'à distribuer des bienfaits. Peu de camaraderie et point de favoritisme masqué [)ar la pbilantliropie, nulle rétribution à l'intiigue, nulle largesse à la médiocrité, nulle faiblesse en face des inlluences, telle fut la règle établie. Le cbang-ement de régime et paitant de l'influence parlementaire venait beureusement de libérer les autorités de ces terribles apostilles qui sont plus souvent des ordres que des recommandations. Pour se préserver des faux génies, l'ex-auteur dramatique sonp^ea que le meilleur moyen de leur faire quitter la mauvaise voie, était de supprimer les subsides au moyen desquels ils persévéraient ; et dans ces diverses mesures, les conseils de la jeune M'"*" Romieu étaient toujours éclairés. Ne disait-elle pas à son fiiaii : « On se montre trop sévère au début, ensuih' trop indulgent et le préjugé contre les uns en faveur des autres est égaleFiUMil nuisible.. F^a plus sûre façon de distinguer le taleiil ou !•' mci'ite rétd d'avec l'incapacité cacbée pai- le jjrisiiic dr la léussitc. est de iTulier en soi-iiièmc, de s isolei* de toute opinion préconçue, d'interroger sa conscience, d'étoulfer la voix de la [lassion, de i-«''ll(''clni' et «le juuer avec imjKirtialilt', sans se laisser éblouir ni pai- lesattatjues de l'enNie, m pai' les iniaues du succès '. » VA Komieu assagi, inellant ces avis en prati(|ue, s'attaebait, tiuil en sauvegardant les inlt'ièls du (iou\ eiiiement, à ce
1. hvs préjugés, Paris. 18;>4. Ouvra^o quo M-» Homiou publia sous lo pseudonyme tl»> Mario Sincrro. IJIo t'irivil aussi /.<i Femme au XI\» sii'clc, [\ui<, iS5S. rt Des l'a y sans et de l'Agriculture en France au MX" sicclv. \\ui>, lvS65.
que TarL devint désormais une vérité. Son but était de surveiller étroitement les commandes de TÉtat, heureux mode d'émulation, source de belles œuvres, commandes qui pourtant ne servent la plupart du temps qu'à moisir dans les greniers des ministères. Mais tant d'autres projets aussi utiles, aussi excellents, aussi bien élaborés n'avaient pas dépassé la théorie, qu'on pouvait ranger ceux du nouveau chef dans le domaine des rêves. Il n'avait cependant pas à craindre l'écueil particulier à trois de ses prédécesseurs, époux de femmes célèbres dans la peinture : M"'° de Guizard, très appréciée pour ses portraits, M""^ Gavé, veuve en premières noces de Clément Boulenger et élève de Roqueplan, enfin M""" Benoist, née La Ville le Roux, artiste qui parfois égala M™° Yigé-Lebrun et à laquelle Dumoustier dédia ses Lettres sur la Mythologie.
Sous l'Empire, M. Benoist étaitchef de la première division au ministère de l'Intérieur', et comme on avait résolu de placer dans chaque préfecture l'effigie de Napoléon-le-Grand, il fut décidé que cent trente portraits de Sa Majesté seraient commandés puis adressés aux cent trente préfets, chaque portrait étant payé 3.000 francs, soit 390.000 francs. Grâce à son talent — il faut l'espérer — mais surtout en raison de son alliance avec le maître qui avait sous ses ordres le bureau des Établissements publics, M'"" Benoist obtint le monopole de la fourniture. Eùt-on le pinceau de Rubens ou de Vernet, un pareil nombre de tableaux
4. Il fut le ptTO du comte Benoist d'Azy, vice-président de l'Assemblée législative.
ne s'improvise })as; 1»' k'iiips [)ressaiL, M""" Benoist (lut à son tour confier la plus grosse part de son labeur à des entrepreneurs qui lui en donnèrent pour son ar^i^ent. Voilà pourquoi les toiles officielles sont si mauvaises.
Les portraits du Prince-Président faillirent avoir le môme sort que ceux de l'oncle ; par bonheur Romieu s'aperçut du mercantilisme qui entourait l'opération et il désigna, ù Paris conmie dans les départements, de bons artistes chargés d'exécuter cette œuvre, chacun sous sa responsabilité et pour son avantage particulier. De telles mesures étaient partout bien considérées et, après quatre ou ('in([ mois de fonctions, il étendait encore les commandes aux diverses spécialités de la statuaire el de la peinture, satisfaisant aux besoins religieux, militaires ou civils. Decoiiccil avec la Ville de Paris, hi Direction des Beaux-Arts demandait à (Ihasseriau des fresques pour Saint Philippedu-l^)ule, à .loi»!)/' I)u\al UFi Sdl/t/ Frrdiiuiml pour l'église de X'aleneav, à Hiesener un«' Suinte Catherine . JoullroN devait exi'culer une slalin* du mar«'elial Dodile «le la Hruneiie jxum" le must'-e de N'ersailles, \v eomi»' «l'OrsaN celle du mai«'elial .lérc'ime Bonajwiil»'. Idias Koberl le buste du geiit'ral l\ijol ; CouiM allait peindre en pie<l le maréchal Soult, Hiii le iuaré<'hal \ aillant (hi engageait Dantan aine' à repr/'seiiler la L«ti et la Force et (Juaiitiii un Napoléon législateur pour le |>al;iis de Justice de Tours, Louis Mnlb'r à diMUU'r le porti'ait de (ii aml\ al poui" le TiiciUre l'rançais, Hesson celui de M"" l'avait, Camille Ko'|iieplan celui de
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M"" Gonlal, Appert celui de Desessarts. Il fallait (|ue Dubray fit le buste du général Abbatucci, Duseigneur celui de Cliaptal et que Glesing"er terminât une statue de la Tragédie.
En rémunérant ces ouvrages par des sommes variant entre 2.000 et 6.000 francs, Romieu savait y joindre Tà-propos. On racontait que pendant une représentation de Beiwenuto Cellini à la Porte-Saint-Martin, il avait été surpris de l'adresse avec laquelle Mélingue modelait en scène une statuette dllébé ; se faisant conduire à la loge de l'acteur, il lui dit : « Gomme spectateur, je viens féliciter le comédien, comme directeur des Beaux-Arts je prie Tartiste de recevoir la commande d'une statue de Benvenuto Gellini. » Si partisan qu'il fût du nouveau pouvoir, le fonctionnaire bonapartiste aimait l'indépendance et quand il s'agissait de ses administrés, leurs opinions disparaissaient derrière leur talent. Que cette morale soit qualifiée droiture de cœur ou noblesse de l'âme, elle attirait à son auteur les mêmes sympathies ([u'il avait jadis récoltées comme préfet ^ Dans tous ses actes, dans toutes ses paroles il tenait à proclamer sa bienveillante sollicitude pour l'art et sa confiance en un len-
1. Arlicles de Georges Guénot sur Romieu dans la Revue des Beaux-Arts, il^» et 13» livraisons, \So'2. Ces articles reproduits par divers journaux dont la Presse et là Pairie, furent réunis plus tard en brochure. 11 existe aux Archives Nalionales dans la série F** (dossiers 48'.», 491, 496, 563, 678, 7:21) des lettres, apostilles et notes de Romieu comme Directeur des Beaux-Arts. Ces articles contenant des documents ayant moins de cin(iuante ans de date, ne peuvent • •tre communiiiués (juavec une autorisation du sous-secrétariat des Beaux-Arts.
demain radieux. La première fois qu'il parla en publie, c'était à hi disliibution des prix de l'École gratuite de dessin, salle du Lycée Louis-le-Grand, son discours se terminait ainsi :
« A nulle époque l'avenir des arts d'oi-nementation n'a été plus sensible. Voyez s'ouvrir de toutes parts ces g"igantesques travaux : l'acbèvemenl du Louvre rêvé dès le temps du Grand Hoi et près de s'accomjilir par le Grand Empereur; la ru(; de Uivoli se fravant un long- passade au n)ilieu de la ca[)ilalr : un palt;is de cristal (jui va s'élever brillamment comme celui d»' Londres; le Pantbéon rendu à sa drstiiiation ndigieuse ; partout enlin le lux»' revenu avec la sécurité donnant essor à sa prodi'^alité féconde.
«... Poursuivez toutes recbercbes. la main forte cl respectée (jui léiiil l'Ktat s'ouvrira toujours îj:énéreuse pour b' travail L'ère (|ui commence n'est plus ctdle des pbrases et des illusions, c'est c«'lle des faits et des résultats et ils doist'iit «''tre î.î"i"ands coniiiie le nom de la France »
Il i(''p(''lait l;i mt^mc idée à la disti'ibuti(Mi des prix et médailles de I l']c()le i\{'^ lîcaux-Ai'ts '.
« Une gi'andc «'potjuc \ ieni de (•(immencci*. elle doit être mai'cjut'c connne le \eut l'Iiislonc. pai* de Lii'amb'S œuvres et pai* de {grands noms. Sans rappeler 1«'S siècles de Périclès ou d'Auguste, oublierons-nous ceux d«' Louis \l\ cl de Napoléon?... Lspérons qu«' l'iMc imp«'iiale dans laqutdle nous \enons d'entier sera