‹ Romieu et CourchampsChapitre 33 sur 54 · I. L'Arlisti-, 1" janvier · texte numérisé non relu

I. L'Arlisti-, 1" janvier

féconde en promptes et magnifiques vocations. » Et payant de sa personne, il se montrait aux Parisiens dans des occasions fort négligées par lui jusqu'alors. Le 10 juin, on le voyait, grave et recueilli, tenant un des cordons du poêle aux funérailles de Pradier ; le \) juillet, il se rendait à Sainte-Geneviève pour y régler l'appropriation de ce bel édifice au culte. Ce jour-là Fauteur des couplets le Pape est gris, était flanqué de M. Bautain, vicaire-général, et de M. Sibour, curé de Saint-Tbomas d'Acjuin. Ah! comme le Panthéon faisait oublier le café Gobillard ! L'espiègle noctambule devenait un sérieux fonctionnaire.

Néanmoins un anecdotier a écrit : « On lui confia la direction des Beaux-Arts où il fit assez triste ligure, il avait une véritable influence pour le choix des hommes auprès de M. de Persigny qui les connaissait fort peu et était peu disposé à les étudier*. » L'ancien satrape de Périgueux n'épargnait jamais sa peine avec son ministre, mais quand il avait été au labeur, il savait aller au plaisir, témoin ce trait rapporté par Véron dans ses Nouveaux mémoires d'un bourgeois de Paris. Contraint plusieurs jours consécutifs à un travail assidu dans le bureau de Persigny, celui-ci lui jeta tout à coup : « Vous devez être fatigué, monsieur Romieu? » — « Certes!... Ace point que nous aurions peut-être besoin tous deux de nous égayer dans un dîner lin en aimable compagnie. » — « Croyez-vous, monsieur Romitni ? » Et l'inlei-pellé répondit d'un air

1. Jo.s«*ph d'Ari;ay. hidisc ré liona contemporaines, Paris, 188i.

sérieux : «Monsieur le Ministre, c'est indispensable ! » Si iibondîint que soit le chapitre des joyeusetés du viveur, il en est un qui pouvait être plus volumineux encore, c'est celui des services rendus pendant son passage aux Beaux-Arts. Par camaraderie il achetait parfois des médiocrités à des barbouilleurs (malj^ré les règles établies à son début dans la carrière), voire à des danseuses, mais que d'autres bonnes actions ^ Un pauvre vieux peintre (jui n'avait jamais eu beaucoup de talent et (jue l'âge avait frap{)é d'une incapacité complète, vini solliciter (juehjue ouvrage du Gouvernement. Pour Romieu il étail dil'licih' de se rendre à sa prière, sous peine de laiic un mauvais emploi des fonds alloués. Cependant il se sentit ému. Indulgent et lier, l'artiste ne voulait pas unt» aumône, c'était un lra\ail (|ui l'honorai. (|ui relexàt son courage et (jui fut [)our kii un ceiiilical de vie et d'aptitude. Le bra\(' .Vuguste compi'il le chai:iin, le (h'-sespoir peut-tMre (ju'allail causer son refus. Il lit donc la commande au nom de l'i'llat se r(''sei\anl «le la pi'endic à son comple, el en cachant son acte sous celle a[q)ai*eiu"e adminisliali\ e Le peintre se retira joyeu.x et l'ajeuni. il axait à ct»mpos«'i- un tableau rtdigieux (jui de\ait lui être jta\t' nnlle liaiics

1. /,<• Corrcsponddiit du -ô .M'pliMultre llHl a |iul)lié 1rs Si»uvonirs inédits d'un soulplour du xix* sircio, A. Lo Véol Colui-ci ilt'crivant une vi.si(«> f;iil»> au Dire» Uuir d«'s Hoaux-Art.'*, dit : « M Itoiiiioa luo garda lorl lt)nf.;teiii|»s ; il avait «•(«■ jwigo do lomporour NapoU'on !•' et tout lo totnps il iiic raconta sur rititiinitr du k'>'>ii)*1 hoiiiinodo hi«>n curieuses histoires dont t(uel(|ues unes de saveur toute particulière. » Nous pouvons hardiment croire aux histoires savoun^uses de Romieu. mais jamais il ne fui page Av l'ICmpcn-ur.

Au bout de trois mois, il apporta sa toile, impossible, navrante, de facture déplorable. Romieu lui fit les compliments les plus flatteurs et solda les cin- ([uante napoléons de ses propres deniers. Pour sauvegarder les illusions du vieillard et Tempêcher d'aller voir son œuvre sur place, il lui dit (ju'on la destinait à une église de la Martinique. Puis il brûla Tétude afin qu'aucune trace de sa charité ne restai et que le hasard ne pût permettre un jour de découvrir cette généreuse supercherie ^

La vie de Romieu est pleine de traits pareils. Il glissait un bienfait aussi facilement qu'il disait un mot spirituel. Cela coulait de source comme son éloquence toute imprégnée des fornmles stériles et des piètreries ofhcielles dont le moule n'est pas encore brisé en France. Présidant le 18 décembre 1832 la distribution des prix du Conservatoire Impérial de musique, il répandait ces paroles sur la foule empressée ^ :

« Le goût de la musique si propre à développer les instincts nobles, tendres et doux, saisit déjà le peuple el le dédommagera des creuses théories qui lui in(li(|uaient si faussement le bonheur. Les temps sont bons d'ailleurs pour exciter l'émulation et le zèle. Au milieu de ce grand luxe de la paix ressuscité par la main forte (jui vient de sauver l'ordre social, tout s'épanouit el s'anime.

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