Archives \alionales, AF
2. l'iem.. F' 65 88. Lamothe-Lanson raconte {Mémoires d'une Femme de qualité sur le Consulat et VEmpire, t. IV, p. 20!.>) que vers 1800, Courcliarnps était un habitué du salon do la niar(iuise do Soyecourt. On y jouait la comédie, et lui remplissait le rôle de bouilleur.
GOURCIIAMI'S 153
il compte retourner à Paris et obtenir le retour Je Brichambeau...
« Ce Courchamp est un homme à bien surveiller, il n"a aucun moyen dexislenfe que la bourse des autres; il vient, (lil-il. de perdre sa place au musée, comme accusé de ne pas aimer le (Jouvernement, il le déteste ; si on l'exilait, il ne faudrait pas le mettre en Lorraine son pays, car il a de puissants amis; il est très malin, méchant, possède le secret de s insinuer adroitement, je doute (juil soit redoutable par ses armes, il loge, m'a-t-il dit, dans un hùtel garni à l'aris. »
D'apros cette pièce on voit (jiic Courclianips avait troqué ses prénoms hretonnants de Pierre-Marie-Jean contre celui plus iiéroïque (1(; iMarius, substitution fort ulile pour voiler un peu sa pusillanimité Le nommé IJrichamheau signalé comme son inlim»'. était un courag'eux oriicici" du i:('in«' (|ni. par suite d'un du(d avec M. Destourmid, av;iil clé envoyé en surveillance à Nancy le 21) juin LSl.'j. Napoléon l'avait iail chevalici- de l'Kmpire', el le j)ul)lic s'était Jimusi' d'un jii'oci's scandidcux cnlrc lui rt sa IVnnuc, lillc du Irop célMuc maiMjuis de Saintellui'ui:»' Le doux crncmenl (|ui le lVa|)pail arrivait au Iri'nic lalal. Les Houi'Ikhis icnl iti'cuI et le proscrit ralli'apa la forluiic (Imit le i«'ii(lai('iil pailai- Icmcnl diijnc ses dais de sei\ ice. (.eux de son «'ompi're pai'aisseul moins luuuu aides. (Ju'on eu juii'e pai' ce l'appoi"! adresse'' le 1» mai ISIi au ('.om-
1. l'rniii (l(> Hiirh.'unliaud lAnloim» CliarloS'. ITTT-lSil Ulu'valu-r tlo IKiiipiro in islO vi luuon on IS17. Il l'iuit capilaim» «lu tivuio on ISiiH («t lut itlrailô coinino maréchal do camp le M dt^ccmbr<> ISirt.
156 GOURGHAMPS
inissaire provisoire chargé du portefeuille de la Police générale :
« Une note particulière signale les sieurs Pascal et de Courchamps comme devant fixer l'attention de la police... Le second, suivant le texte de la note, a été mouton de police dans les prisons. Il a beaucoup d'esprit, d'instruction et il cherche à capter la confiance M. le Commissaire jugera s'il convient
d'appeler sur ces deux hommes l'attention de M. le Préfet de police. »
Courchamps mérite-t-il cette qualification de 7nouton^. Je ne puis le prouver. Cependant il ne faut pas oublier que, durant l'Empire, son père était commissaire de police et que lui-même dut subir plusieurs fois dans le monde des affronts au sujet de ce honteux métier. Il était d'ailleurs de taille à y riposter, souvent avec avantage. La vieille M""° de Coislin avait jadis attiré l'attention passagère de Louis XV, ce qui lui avait fait donner le nom de la feue reine ; à soixantedix ans, elle se peignait le visage en blanc, les sourcils en noir et les mauvais plaisants appelaient cela ses œuvres pies. Douée d'un esprit mordant, ayant son franc-parler avec tous, elle eut le tort un jour de se mesurer à Courchamps. « Il paraît, dit-elle, (jue vous êtes en rapport particulier avec la police? Du moins chacun le dit... Je sais bien qu'il y a toujours moitié à rabattre dans les propos du public. » — « Mon Dieu, oui, Madame, réponditCourchamps,c'estcomme «juand on raconte que vous avez été pendant vingt- (juatre heures la maîtresse de Louis XV. Je ne doute
COURGIIAMPS l.j-
pas qu'on exagère de moitié'. » Pour se perrnoUre un tel ton avec une douairière de l'ancienne cour, notre homme devait jouir dans les salons d'une large impunité. iMalgré la bizarrerie de la chose, il est certain que la bonne société accueillait avec plaisir M. le comte de Cousen-Courchamps. Ce titre et ce nom représentaient la deuxième transformation du jeune mondain. Il avait changé le Cousin trop entomologie; ue contre un moins banal Cotisen, et avait ramassé un comté d'une faron dont disposent encore quehjues seigneurs modernes. Roger de Beauvoir at'lirmait en plaisantant que Courchamps était chanoiîiessedi^ (li\«Ms chapitres étrangers; simple fantaisie. Voici la rt'alilt'.
Le 28 février 181G, la Grande Chancelh'nf rt'cevail une lettre signée comte de Cousen-Courcliiunps, rue Saint-Hofiorr, hôtel de Mai/cnce, h'ttre où l'expéditeur demandait Tyulorisation de porter h'S décorations du chapitre de Sainte-Marie d'ilolsace : a.. .l'eu suis dignitaire prébende, ajoutait il. cl jiliisicuis de iiio parents \ ont autrefois loii(h'' des canonicals. Je serai fort touché (h' cette nouxcllc marijuc i\i' xotic obligeance il hujucllc M le coiiilc (le N aiiblaiic m'a permis d'avoir recours en son nom >> Celle iiiissi\ e conlenail un brevet Iraduil du latin, a\ec alleslaliou cl légalisation. Il \aul la peine di-lre lu ■ :
Nous, iliiclu'sse (le Brunswit'U cl »lo laixcmliourg, j»riiircsse (le Nassau, ol<-.
1. (lomtf .1. (i'Kslounnr) : Ih'tnifrs souvenirs. Paris. 1860.
i Arcliivi'S (li> la Lt-^riim (riloiiiunir.
lo8 GOURCIIAMPS
En qualité de Prieure de notre très noble église séculière, impériale et chapitrale de Sainte-Marie d'FIolsace. Avons nommé et nommons custode dignitaire de notre dite église le Très noble et illustre Seigneur Jean lEvangéliste Marie O'Rourske de Gousen de Gourchamps, dont la famille est alliée à notre maison par les Sérénissimes ducs de Looz de Nasbanie, princes de llorn et grands veneurs du Saint-Empire romain. Lui accordons de porter le signe et les insignes de ce très noble chapitre, etc.
22 août 1813.
Cette dignité ecclésiastique donnait assurément au bénéficiaire le droit d'afficher un titre de complaisance comme en usent tant de chanoinesses actuelles, et c'est pourquoi le nôtre arbora désormais une couronne comtale. Voilà donc le fils du modeste commissaire de police orné du prénom ronflant de Jean rÉvangéliste, le voilà parent des princes de Horn, le voilà allongé d'un 0'/?o^/r5A'^ capable d'impressionner toute l'Irlande. Où l'avait-il cueilli? Mystère. Quérard a écrit dans les Supercheries littéraires dévoilées : (( Cousin. Ce nom est la traduction française du nom irlandais 0 Rouske que portèrent les ancêtres de M. le comte de Gourchamps qui, s'étant attachés à la fortune de Jacques II, vinrent en France avec lui et plus tard s'établirent en Bretagne. » Cette explication pèche par deux points : 1° d'après l'affirmation d'un correspondant de Dublin, le mot français n'est nullement la traduction du mot irlandais ; 2*" la famille dont il est fait mention s'appelle O'Rourke et non 0' Rouske. Noble lignée du reste! Descendant de Hère-
GOURGHAMPS 159
mon', los O'Rourke (Haient rois et lords de West Brefney et cités au x' siècle dans the Annals of tlw Four Masters comme souverains de Connauirlit. Sous le premier empire, quel(jues-uns étaient alliés à de vieilles familles françaises tels que les Rancog^ne cl les Perrii^^ny, pourtant rien n'indique dans tout cela une consanguinité avec l'illustre Gourchamps; il faut donc nous contenter des prétentions \\v ce dernier et i\i' la tradition orale conservée parmi les siens.
(Juc lit CourcluiFiips durant les piemières années de la Hcslauralioii ? b^ncore une (jucstion difficile à élucidei". Kst-cc hicn lui (jui fui secrétaire du baron de N'ilrolles ou seulemeni un anonx me ? Les rares documents (|ue j ai lus ne m'ont rien appris-'. Une cei'litufie c'est (jue I lia hi le hrelon d«*\-enail tnrf insti'uit, écrivait agréahif'ineiil, jouissait d'une mt'rnoire «Uonnanle cl liouxail fuon «mi de se faulilei- un peu partout. Compi-enanl que pour ari-i\«'i- il t'-l.iit préférable de marcher a\ ce le pouNon', il alleclail des (q»inions rovalisles exaltc'cs el mit sa plume au sei\ iie des Roui-bons. .lustement les bommes les plus «'iiniienls du pail i monaicliisie se groupaient alin de cr«'*er un gi'and journal susc(q»lible de conli ebalancei* l'iidluence de la Mi/trrrr, feuille libi-rale MM. de ( lliateaubiiand.
1 llt-rtMiion was Iho sevpnlh son of Milrsius of Spain. l)Ut tho Uiinl who h»ft iiny issm» ; frotn liiin were «lpsi'enile<l {\\e kings, nol)ility and f;entrv of tli«« anoiont kinK<ton)s uf Connaught. Oaliriiulii, L«'iii>ltM-. Mt>allj. Ossury. «'Ir. iJnhn n||arl : Irish pedigrees, huhlin. i87(>!.
-. Archives Sntionales, AA 44 : Souvenirs du chevalier de Cussy,
I II. PiiiU. l'.»0"».
160 COURGIIAMPS
Fievée, de Villële, de Gastelhajac, de Vitrolles, de Talaru, de Polii^nac, de Montmorency rejetèrent leurs scrupules et, dans l'intérêt commun, se transformèrent en journalistes. Le premier numéro du nouvel organe nommé le Conservateur parut le 8 octobre 1818 et Chateaubriand le présentait ainsi au public : «... Je dois déclarer que ni moi ni mes amis ne prendrions jamais aucun intérêt à un ouvrage qui ne serait pas parfaitement constitutionnel. Nous voulons la Charte ; nous pensons que la force des royalistes est dans la franche adoption de la monarchie représentative... Le Co7iservateur soutiendra la religion, le roi, la liberté, la Charte et les honnêtes gens, ou mes amis et moi ne pouvons nous en occuper. » Courchamps fut admis au nombre des rédacteurs et son nom ne figurant au bas d'aucun article, il est malaisé de savoir exactement quelle fut sa part dans la composition de la gazette. Celle-ci cessa de vivre après l'assassinat du duc de Berry qui ramena le rétablissement de la censure et le 1"' mars 1820 elle était remplacée par le Défenseur, journal religieux, politique et littéraire, champion officiel de la philosophie de Lamennais. Courchamps y apporta sa collaboration, mais au bout d'un an et demi d'existence la feuille mourut ; il passa donc avec plume et bagage au quotidien gouvernemental VÉtoile (jui se fondit plus tard dans la Gazette de France. Cette fréquentation intermittente des bureaux de presse ne baillait à l'écrivain ni la fortune, ni la gloire, nul ne s'occupait de lui. Quand je dis nul, j'exagère; la police en effet
COURCIIAMPS 161
surveillait ses faits et gestes à propos de certaine affaire où il était mêlé '. Pour la comprendre, il faut excursionner dans l'histoire d'Angleterre.
Le duc d'York, dernier fils du roi Georges IIÏ, était comme on sait un médiocre général qui se fit battre par Houchard à Hondschoote et par Brune à Bergen. Nonobstant ces défaites, son père le nomma feld-maréchal et commandant suprême de l'armée, aussitôt qu'il eut repris pied sur le sol natal. Mais sous sa direction malheureuse, l'administration de la guerre fut livrée à un véritable système de corruption organisé par nnstress Clarke, sa maîtresse. Le scandale fut tel que le 27 janvier 1809, un membre du Parlementappelé Wardle dénonça ces honteux agissements et accusa personnellement le duc qui autorisait mistress Clarke à trafiquer des commissions d'officiers dont il partageait avec elle les bénéfices. Le procès s'instruisit en grande solennité, on prouva la culpabilité de la dame (juoique celle-ci soutînt n'avoir agi (|ue d'après les ordres du prince, et le duc d'York fut innocenté par 27S voix contre iUG. Malgré cet acquittement infamant, il recouvra la faveur paternelle en 181 1 et vécut dans la dissipation et la débauche, sans perdre toutt'fois sa pojiularilé en raison «le sa haiiu* vis-ii-vis des catholicjues.
Kxpulsée d'Angleterre, mislress Clarke se réfugia à Tours en compagnie de ses enfants. I^à se trouvait un compatriote, sir John Ihirke, baronnet héréilitairo du
i. Archives \utionaUs, F' 9410.
162 COURGIIAMPS
royaume d'Irlande, marquis romain, officier de la Légion d'honneur, qui en 1810 avait été le délégué des catholiques irlandais au Parlement. Se sentant malade, ce noble seigneur s'était installé sur les bords de la Loire à cause du climat, pourtant la tranquillité ne devait pas Ty suivre. Par une anomalie bizarre, ce représentant des catholiques, s'était fait le dévoué champion du duc d'York, ennemi féroce de ses coreligionnaires ; aussi, des son arrivée en Indre-et-Loire, fut-il en butte aux menaces de la dame Clarke, de son fils et de ses amis. Souffrant et dépaysé, sir John songea à solliciter l'appui d'un Français, et se servit de Gourchamps qu'il avait connu en Angleterre et dont il était parent. Sur ce dernier point il faut bien le croire puisque c'est lui Tinsulaire qui l'avance.
Avant de partir, Gourchamps tenta d'obtenir le secours de l'autorité fort utile pour la bonne réussite de son intervention et, à peine rendu à Tours, il écrivit à M. Franchet, directeur général de la Police du royame :
Monsieur,
J'ose vous rappeler la promesse que vous avez bien voulu faire à sir John Burke et à moi qui vous ai été adressé et recommandé par MM. de Saint-Victor et Gapelle. Je suis à Tours où j'attends avec impatience que M. le l'réfet d'Indre-et-Loire ait reçu vos instructions relativement à la dame Clarke. Comme mon voyage a pour but d'étouffer cette alîaire entre sir John Burke et ses assaillants, comme le moyen d"y parvenir est d'intimider la dite Clarke, je vous supplie, Monsieur, de faire écrire le plus tôt possible à M. le Préfet. Recevez l'assurance, etc.
M. IJE C0URCHA.\1PS.
Malgré la recommandation mentionnée dans cette lettre, M. Franchet se méfiait un peu du signataire. Le 31 janvier il lit demander sur Courcliamps des renseignements avec ces mots : « On lui attribue une grande habileté à changer d'opinions ou de masque selon les circonstances. » La réponse arriva sous forme de note anonyme.
« Au nombre des agents qui parcourent les provinces dans l'intérêt des précédents ministres, on signale le sieur Jean-Marie Cousin se disant comte de Courcliamps et se qualifiant ostensiblement d'ami intime de Corbières (ce sont ses termesV Aulrcfuis lié avec M™^ Bonaparte et M"'*' Hortense, il a joué toutes sortes de rôles depuis vingt ans. Il s'est longtemps j)résenlé comme chargé des allaires particulières de la duchesse de Brunswick et a entretenu des relations très suivies avec les familles du Boure et Saint-Aulaire qui lui tirent obtenir m ISliS une mission secrète à Londres dans les intérêts d'alors. II est connu sous ses véritables raj)ports par .MM de Chateaubi'iand, Agié, de Vaublanc, Suleau, de Lagrange, Fr«''inll\, Bergasse et beaucoup d'autres. »
L'entremise île Courcliamps ne donna aucun résultai Le 10 r»''\iiei\ sii' .lohu Burke écrivait au l)ii"eeleur de la police eu le piiaut de faire expulser son eiuu'iui»' de France et il ajoutait :
« M. de (^ourcham[>s, mou parent et mon ami. ayant été à Tours avec le dessein de pacider la (|Ui^ relie (jue M"" Clarke m'avait suscitée, ce vovagt» n'a
164 GOURCHAMPS
eu aucun effet... M. de Courehainps est également en butte à ses complots et invectives. »
A peine l'ambassadeur malbeureux regnagnait-il Paris qu'il demandait aide au comte de Saint-Victor, l'écrivain royaliste, ancien rédacteur principal du Défenseur.
13 février 18i>2.
a Nos persécutions continuent toujours, Monsieur, M*"® Clark e ne cesse de faire insulter sir John Burke, elle fait faire et signer des déclarations insultantes, on nous les adresse, on nous guette, on nous pourchasse pour que nous y répondions, enfin depuis la communication que le préfet de Tours kii a fait faire au nom de M. Franchet, elle est mille fois plus arrogante et plus audacieuse. C'est une affaire de parti parmi les Anglais; les catholiques, les lords et les torys, sont pour John Burke; les Whigs, les Orange mens et la canaille se sont rangés sous les drapeaux de mistress Clarke. Soyez assez bon pourvoir iM. Franchet et pour le presser de faire justice à sir John Burke à qui un certain M. Souilly affidé de M'"'^ Clarke est encore venu chercher noise avant-hier. Si cette femme, ses filles et son fils ne sont pas renvoyés de France, avec menace d'être conduits en Angleterre en cas de nouvelles provocations, l'autorité du roi qui connaît et protège sir John Burke, la sécurité des honnêtes gens et je puis dire la justice en seront compromises. Je vous demande instamment votre bienveillance et voire activité, car il est bien pénible pour moi de voir mon ami dans une position si inquiétante et si fâcheuse. Je ne vous parle pas des provocations dont je suis l'objet, car j'en ai pris mon parti et puisque Dieu me fait la grâce de pouvoir y répondre en chétien, je ne m'embarrasse guère de M""" Clarke et de M. Bacot qui s'est fait son conseil et son protecteur. Si les voies de fait suivent les menaces, j'aurai recours aux tribunaux et je dors en paix.
Ne pouvant parvenir à rencontrer M. Franchet, je vous demande instamment de me faire connaître la résolution qu'il aura prise et je vous renouvelle pour la centième fois les assu-
COURCIIAMPS 163
rances de ma profonde gratitude et de mon respect qui n'est pas moins profond.
M. DE COUSEN-COURCHAMPS.
Rue Saint-Honoré, n" 55i, près la place Vendôme.
Puis il relançait de nouveau M. Franchet :
Monsieur.
« Jai eu l'honneur de passer chez vous pour vous rendre compte du résultat de mon voyage à Tours au sujet des machinations de la dame Clarke anglaise contre sir John Burke actuellement à Paris. Je n'ai pu réussir, même avec l'assistance du préfet auquel M. de Capelle m'avait recommandé d'une manière très particulière ; je n'ai pu réussir, dis-je, à déjouer les complots de cette méchante femme et ses suppôts ont redoublé d'arrogance. .M. Clarke, fils de celte femme, est parti de Tours sans passeport, il vient d'arriver à Paris avec le dessein, soit d'outrager sir John Hurke, soit de vous surprendre par un faux exposé de toute l'alTaire. C'est un fourbe auquel vous n'accorderez sans doute aucune confiance et je me borne à vous signaler son arrivée à Paris où il éclate en menaces et en imprécations ; il se sent soutenu par les Jacobins dont sa mère est un des instruments les plus actifs en Angleterre et j ose vous assurer, -Monsieur, que sous tous les rajiporls. il mérite que vous lui montrassiez de la sévérité.
Monsieur Hacot, protestant et ancien préfet de Tours, parait avoir épousé la querelle de M'"'' Clarke par suite de la haine qu'il me porte, et j'en réfère sur la conduite et le caractère de M. liarot a ce «jue .MM. de Lamenais et de Saint-Virtor pourront vous dire à son sujet et à mon égard : car tous les détails de ses impostures sont parfaitement connus de ces deux messieurs qui mont toujours, montré tle l'estime et île larieclion, en prenant mou parti contre .M. Hacot.
J'ose donc vous demander instamment. Monsieur, de faire surveiller le sieur Clarke pendant son séjour à Paris ; si vous n'aimiez mieux le renvoyer A Tours d'où il est parti clandestinement. Je vous supplie aussi de lui faire savoir que tout attentat contre la personne de sir John Ihirkc serait le signal
16(i GOURCIIAMPS
de son renvoi en Angleterre. Limpunité et, s'il m'esl permis de vous l'avouer, la faiblesse du préfet de Tours a paralysé la mesure que vous aviez prise au sujet de M^*^ Clarke et cette femme est tellement habile en intrigues, elle est soutenue par une foule de gens tellement audacieux, actifs et vindicatifs, que la vie de sir John Burke ne peut être en sûreté si vous ne le protégez avec toute la suite et la force de votre caraclére.
Plein de confiance en vous, Monsieur, fortement appuyé sur la bonne cause de mon ami, je vous demande pour lui votre assistance et votre protection et je vous prie d'agréer les sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre humble serviteur.
M. DE COUSEN-COURCHAMPS Ancien rédacteur du Conservateur et du Défenseur.
Courchamps écrivait, parlait, s'agitait, les bureaux étaient sens dessus dessous, la police rassemblait des notes, le ministre de l'Intérieur demandait des explications, il fallut que le comte de Waters, préfet d'Indre-et-Loire, prit la plume pour répondre au ministre :
Tours, 12 février 1822.
Cofificlcnlielie.
Votre Excellence me demande mon opinion personnelle sur M. de Courchamps. Je lai vu trop peu pour l'étudier avec quelque profondeur, cependant je me fais un devoir de communiquer à Votre Excellence limpression qu'il m'a laissée. .Muni de lettres de MiM. Benoît et le baron Capelle, je l'ai bien accueilli et plusieurs fois il s'est assis à ma table, sa conversation prouve une instruction solide et variée, ses opinions sont ou paraissent être dans le sens du ministère actuel et fortement prononcées en laveur de la monarchie légitime et de la religion catholique. 11 parle avec esprit, écrit avec facilité; quelques mots épars dans les conversations soutenues mont porté à penser (juil
COURCIIAMPS 167
avait été et qu il est encore mêlé dans des affaires secrètes et politiques de quelque importance. Il parle avec familiarité de MM. de Chateaubriand, de Lamennais, Franchet, Delaveau, même de M. de Corbière et de quelques personnes qui ont grande part au gouvernement. Mais dit-il toujours vrai? Dans une circonstance, légère à la vérité, il a sacriGé l'exactitude d'un fait aux intérêts de son amour-propre. Chez moi il na rien dit et rien fait que je ne puisse approuver.
A mon opinion personnelle je dois joindre quelques détails. Lié intimement avec mon prédécesseur M. le baron Bacot, (le frère de M. de Courchamps a même travaillé dans ses bureaux), ils sont aujourd'hui en inimitié déclarée. M. Bacot prétend que M. de Courchamps lui doit une somme assez forte, il a tenu sur lui des propos fâcheux et peut-être n'est-il pas étranger à ce qu'on a contesté à M. de Courchamps son nom et sa naissance. Ce dernier a, de son côté, peint M. Bacot sous les plus vilaines couleurs, comme un ingrat, un intrigant, un ambitieux pour qui rien n'est sacré. D'après une lettre que M. de Courchamps m'a écrite de Paris, tous ces propos peuvent donner lieu à un éclaircissement public, même à un éclaircissement judiciaire appuvé sur des lettres écrites de Tours a Paris par .M. Bacot. Il me reste à faire connaître à Votre Excellence que M de Courchamps en évitant la rencontre de .M. Bacot a fait l'nction d'un homme 1res modéré, très sage (]ui veut éviter tout scandale, ou celle d'un homme sans énergie, ou enfin celle d'un homme qui craint la réciprocité des reproches et des imputations fAcheuses. Jai ti'ouvé de la pusillnnimilé à la demande qu'il a faite en [)arlant au commissaire de jiolice (le 1 accomi)agner à la tiiligence. (ju'il craignait de rencontrer un Anglais ou un Français; cette précaution ma paru également inutile et ridicule.
.1 ai riuuineur d'être, etc.
Le préfet d'Iiulre-tt-Loire.
COMTB DK WaTBRS.
Ces colairoissiMnonls tu» siUli>ant pas, \v préfet de polie»' Orlavan lui nirme apporta sa conlrihulion.
168 GOURCIIAMPS
Le 20 février 1822 il envoyait cet exposé au ministre de l'Intérieur :
Monseigneur
Une lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser avait pour objet de provoquer des informations sur un sieur Gouscn se qualifiant comte de Courchamps et chevalier de plusieurs ordres, lequel a été signalé à Votre Excellence comme s'étant mêlé de tout temps et comme se livrant encore à des intrigues politiques.
Ce particulier n'était connu à ma préfecture que pour y avoir obtenu deux passeports, l'un le 28 juillet 1820 pour la Hollande par Lille, sous le nom de M. le comte O'Rourske de Cousen (Jean l'Evangéliste Marie) âgé de 39 ans, l'autre le 16 janvier dernier pour Tours, sous le nom de M. le comte de Cousen ORourske (Jean l'Evangéliste Marie-Pierre) âgé de 40 ans. Dans ces deux circonstances, il se dit natif de Saint-Servan et demeurant rue Saint-iïonoré n^ 352. 11 a signé ses passeports de Cousen-Cour champs.
On a recueilli dernièrement auprès du maître de l'hôtel de Mayence où il était logé les informations suivantes :
Il y a près de six ans qu'il loge et est connu dans cet hôtel sous le nom et qualité de M. le comte de Cousen de Courchamps. Il y occupe une chambre de 50 francs par mois sans domestique ; il se fait servir par l'un de ceux attachés à l'hôtel le déjeuner qu'il prend habituellement dans sa chambre, il dîne toujours en ville, tantôt chez un restaurateur, tantôt chez un autre. Ses promenades ordinaires sont les Tuileries ou le Palais-Royal. Quant à ses relations on annonce que M. le lieutenant-général comte Lagrange-Lelièvre vient le voir souvent et que lui-même va très souvent aussi chez ce général et qu'il fréquente également d'autres personnes de distinction, mais dont on n'a pu connaître les noms.
Suivant la déclaration faite encore par le maître de l'hôtel, le sieur de Cousen Courcham[)s n'a point quitté Paris immédiatement après l'obtention de son passe-port, il n'est parti que quelques jours plus lard et sans dire où il allait, en se bornant à annoncer que son voyage serait très court et qu'il comptait
être de retour à Paris dans trois jours. Toutefois il na reparu à l'hôtel de Majence que douze jours après son départ. On présume qu'il s'était rendu à Tours, ville où réside son frère el dans laquelle il a fait déjà plusieurs voyages.
Enfin on assure que M. le lieutenant-général comte Lagrange- Lelièvre qui est gouverneur de la 20® division militaire (Périgueux), et qui a un domicile à Paris rue Saint-Lazare, est eflectivemenl lié avec M. de Cousen Courchamps et fait de lui le plus grand cas ',
Je suis avec respect, etc.
Le Préfet de police
Delav.au.
Pendant cet échange de lettres à son sujet, le pauvre Burke était chacjue jour insulté, soit de vive voix, soit par écrit. Lassé par cette histoii-e (jui inena(;ait de s'éterniser, le ministre de l'Intérieur donna l'ordre de faire taire la vindicative anirlaise. Le 4 mars, h; Préfet répondit : « J'ai communi(jué à M""' Clarke les dispositions contenues dans la lettre que m'a «'nvoyéele Directeur de la Police le :27tV'vrier. .M""" Claïke a protesté (ju'elle «'lai! élianiiJ're à tout ce (jui pouvait être ai'rivé à sir John hurUe depuis son (h''[)arl ih; Tours. Je hii ai conseilh' de i-elenir ses anns VMv jieisi.sle à afhiMuer (jii'elh* n'es! pour rien dans la chose. VA\v (jiiille Toms h- mois prochain. »
Ces démêlés anizlo-lraneais s»' le|-miiiaienl sans jeter un j;rand lustre sur Ihahileh' el le couraire de Courchamps Relii-t' dans son ht'ilel di- MaNcnee. il
1. « 2.) nt>viMnliro 1852. LagranRo voutiraH oMenir l'aiiibassade do Homo... Il t tait autrofuis sous la Koslauralioii riiuiiiMo sollioil'^iii de Couroliaiiips. l'uutour dos Souvenirs de la tnanfuise de Crt, ■ J'ai SOS loltros de sollicitation. « (Viol-Caslel : Mémoires, l. II).
470 COURCIIAMPS
oubliait celle fâcheuse histoire, mais la police tenait à démasquer le quidam (jui l'avait ainsi dérangée. Les recherches ne furent pas commodes ; c'est seulement un an plus tard que les limiers présentèrent un rapport, simple résumé de toutes les notes précédentes. Les dignes argousins n'avaient découvert aucun fait nouveau touchant l'individu, bien mieux ils arrivaient à ne plus le distinguer dans le dédale des enquêtes. On signalait le chevalier de Courchamps voyageant en Charente-Inférieure avec un officier nommé Flottard, agent des complots tramés dans l'Ouest, mais « on ne pouvait établir la moindre présomption d'identité entre ce chevalier de Courchamps et le sieur Cousen de Courchamps ». On reprenait les dénonciations d'autrefois accusant ce dernier d'avoir eu des relations avec la famille Bonaparte, et d'avoir conspiré contre le Gouvernement en 1813, mais on ne distinguait plus « si ces témoignages contradictoires s'appliquaient au même personnage et plus encore si elles concernaient le comte Cousen de Courchamps ».
N'essayons pas d'être plus pénétrants que la police de la Restauration, et contentons-nous de ces indications sur notre homme. Il serait pourtant nécessaire d'y ajouter un portrait physi(jue que les agents de M. Delavau ont oublié de nous transmettre, par bonheur nous allons le trouver dans un petit livre du comte Raoul de Croy ^