‹ Romieu et CourchampsChapitre 48 sur 54 · Gazette des Tribunaux, 3 fi'-vrier lS4i · texte numérisé non relu

Gazette des Tribunaux, 3 fi'-vrier lS4i

GOURGIIAMPS 233

Aux Néothermes. 15 novembre.

Monsieur,

« Si j'étais en état de pouvoir sortir de ma chambre, je ne manquerais pas de me présenter chez vous pour vous prier d'écouter les explications que j'aurais à vous donner.

J'étais en exil à Grenoble à l'époque où la publication du Val funeste eut lieu sous un faux titre et sans aucun nom d'auteur. Ces deux versions doivent être fort différentes, attendu que ma première copie prêtée à M. de Pac n'était qu'une ébauche informe, et parce que je l'ai revue, corrigée et fait recopier en entier au moins trois fois. Celle des copies sur laquelle on a im[)rimé les feuilletons de votre journal a été écrite il y a plus de vingt ans, et du reste je recevrai sous deux ou trois jours au plus tard un exemplaire de l'ouvrage cité par le NalionaL où I on verra qu'il ne saurait être le canevas de la même anecdote.

.M. E. de la G... se souviendra très bien de cette Histoire des Pendus qu'il connaissait avant qu'elle ne meùl été dérobée ou. pour mieux dire, avant (ju'elle n'eût été furtivement copiée sur les manuscrits que j'avais confiés au comte de l'ac qui n'est [toint mort, j'espère, et qui aurait été bien capable d'en abuser volontairement. Si .M. de la G... ou M. de L... étaient ici, ce serait à eux que je m'adresserais pour vous prier, pour vous supplier, pour vous conjurer, .Monsieur, d'avoir égard A mon bon droit, à ma lovauté dans toute celte affaire, et même au triste état de ma santé, car la vie ne lient plus 5\ moi que par un lil. et si j avais à soutenir l'éclat dont m avait menacé M. 1) .., je n'y survivrais pas, en attendant le gain de n»on protfs conlr»' cet iuf;\mc Sational. Délivrez-moi de la dt>uloureuse contrariété d'avoir à plaider contre un journal où des amis connus m'avaient l'ail accueillir avec tant d obligeance, el quant à la question d'argent, vous pouvez élre assuré que je ne lai.^serai pas matière à discussion.

La lièvre ne m'a pas quitté depuis ce malin. Monsieur, et il ne me reste que la Aïrce de signer celte lettre, en vous priant d'accueillir mes regrets avec bonté.

Dk COI'RGHAMPS.

Emile de Giranlin ne s'émut pas de ces terribles soufïrances aussi apocryphes que les Mémoires de Cagliostro ; il se tint coi et le procès arriva le 24 novembre 1841, devant la Première Chambre du Tribunal civil de la Seine. A l'appel de la cause, M. de Courchamps fit déposer des conclusions exposant que l'un de ses moyens de défense consistait dans la différence entre les feuilletons donnés par lui à la Presse et la publication éditée sous le titre de Dix journées de la vie d'Alphonse Van Worden. Tandis que Dujarrier réclamait une indemnité de 1.400 francs et se prêtait, pour faciliter la restitution des manuscrits, à fournir cette somme, Courchamps offrait de verser les J .400 francs à la caisse des Consignations avec la condition qu'on lui rendît son œuvre dans les vingt-quatre heures. M^ Léon Duval, avocat de Dujarrier, fit observer :

« Ce n'est là qu'un moyen dilatoire employé par Courchamps. Nous avons le plus grand intérêt à ne pas restituer le manuscrit, car sa vue semble attester par les ratures, les corrections et additions dont il est couvert, le travail de la composition, bien loin de révéler la main facile d'un copiste et d'un plagiaire. »

Fort gêné, Chaix d'Est-Ange répliqua : « ...Je ne puis laisser dire que M. de Courchamps a demandé la restitution du manuscrit pour arrêter ou clore le débat; je n'ai (ju'un mot à ajouter pour repousser cette accusation : M. de Courchamps est à l'heure qu'il est gravement malade. »

Ce à quoi M. Duval riposta simplement : « La

COURCIIAMI'S i3j

nouvelle Je la maladie de M. de Courchanips ne surprendra personne. Toutes les fois que M. de Courchamps a un procès, il se dit menacé d'une attaque d'apoplexie (jui n'arrive jamais^ ! »

L'affaire remise à quinzaine ne revint (jue le 2 février 1842. Les débats furent lon^^s, on disserta sur Acadoro et sur Dix journées d'Alphonse Van Worden, on lui la lettre d'un M. Lelewel, polonais illustre ? affirmant (jue l'auteur en était bien Jean Potocki et (jue l'ouvrage existait en manuscrit ", AP Léon Duval tritura Courcbamps, prouva ses mensonges et re(juit une répression énergique. Berryer <jui avait accepté la tàcbe ingratr de plaidt'r pour le folliculaire royaliste, fit preuve d'une médiocre lial)iieté, jouant sur les mots, embrouillant la (|uestion, et présentant une Fnau\aise défense de ce iiiau\;us cas. Il assura : « ...M. de Courcbamps est foil avancé en âge et extrêmement infirme \ C'est un lioninie de beaucoup d'esj)i-il, un des éci'i\ains (jui ont le plus de caractère, de nalurel, de \(''ril('', de pilloi'esque dans le shle. A-( il pioniis à la Presse un ouvrage complètement inédit ? .laniais il n a fait semblable

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