LES BÉCASSES
Près des sources, le long des tintants ruisselets, Sur les pentes où les cèpes ventrus et laids Soulèvent le sol brun et les feuilles séchées, Et sous les houx 'griffus qui les tiennent cachées.
Puissent les braconniers et leurs chiens, les bergers Et leurs lacets de crin savamment étages Sur les sentiers étroits qu'elles suivent songeuses Épargner la plupart des nobles voyageuses!
Puissent-elles jouir en paix des jours vermeils Où se bercent nos bois avant les lourds sommeils, Régaler leurs longs becs de fines nourritures, Et dormir au doux bruit des vents dans les ramures.
Puis s'envoler vers des pays plus beaux encor. Continuant leur rêve en changeant de décor, Pour revenir, toujours à Roupeyrac fidèles, A l'époque où j'irai m'y recueillir comme elles!
SOUS Lc4 G\lFFOULE
L'hiver... C'est la saison do célébrer les houx, — Non pas les houx épars sous les hautes futaies, Qui de leurs aiguillons peignent le dos des loups Ou griffent jusqu'au sang les tétines des laies, —
Mais les grands houx bordant chez nous les chemins creux De remparts frissonnants tout hérissés de piques, Et dans le vent du soir causant tout bas entre eux De temps déjà lointains et de conscrits épiques
Qui, partant pour aller prendre sac et fusil, Dans leurs pousses coupaient le bâton de voyage, Et plus tard, au retour, le manche de l'outil Ou Taguillade pour conduire l'attelage;
* Bouquets de houx géants abritant les bâtiments des fermes du Ségala.
sous LA GRIFFOULE 43
Et mieux encor ces houx vieux de plus de cent ans, Qu'en griffoulcs on trouve à l'entour de nos fermes, Les protégeant du nord, de l'ouest ou des autans. Toujours droits, toujours verts, redoutables et fermes.
Étincelants de neige ou de fruits de corail, Us hébergent, l'hiver, les merles et les grives. Pour qui le toit, jadis, était l'épouvantail. Et que la faim transforme en effrontés convives.
Et le lièvre lui-même y trouve quelquefois Un gîte chaud et sûr et que nul ne soupçonne, Où, quand la basse-cour s'emplit de longs abois. Il rit tout bas des chiens et doucement frissonne.
Puis, aux premiers soleils des fins de février, Les aïeuls mi-perclus s'en vont sous les grifFoules Se griser de rayons, jaser et s'épouiller, Péle-méle, parmi les dindons et les poules...
En été, les galants y sont cent fois venus
Parler d'amour, le soir, à leurs fraîches promises.
Simples filles de ferme aux baisers ingénus
Et chastes, qui tremblent toujours d'être surprises
Et d'entendre soudain crépiter sur les houx La charge de gros plomb d'un vieux fusil à pierre Dont le rude pjgès'^ s'armait contre les loups Et les rôdeurs marchant furtifs vers sa lumière...
Et que de fois aussi, quand nous étions enfants, Mère-grand nous conta que, lorsque l'autan gronde, Les pauvres trépassés délaissés des vivants Autour des noirs massifs viennent faire leur ronde,
Traîner de longs linceuls et pleurer et gémir. Redemandant beaucoup de P.iter et de messes, Et souvent jusqu'à l'aube empêcher de dormir Leurs âpres héritiers oublieux des promesses.
L'hiver... C'est la saison de célébrer les houx, Et ce sera bientôt aussi pour moi, j'y songe. Celle d'aller encor, lorsque l'adieu si doux De nos pâles soleils d'automne s'v prolonge.
* P.ivsan aisé.
sous LA GRIFFOULE
M'asseoir souvent avec quelques contemporains, Sous la haute griffoule aux solides ramures Qui da la bise aiguë abritera nos reins Et bercera nos souvenirs de ses murmures,
Tandis que dans le ciel lentement vogueront — Évocateurs ailés de suprêmes voyages, Faisant vers l'infini se lever notre front — Les oiseaux migrateurs fuvant sur les nuages.
^4 Gabriel ^tidial.
PAUVRES riches qui dans leurs grands palais modernes Ont chaud sans jamais voir le feu, Sans jamais, par les soirs d'hiver transis et ternes. Tisonner en rêvant un peu î
Voir le feu, le feu clair, le feu flambant des bûches
Qui danse et chante dans le* noir.
Rouge ou pâle, ou tout blond comme le miel des ruches.
Toujours joveux comme l'espoir...
Mais n'aurait-on au monde amis, enfants ni femme.
Ni chat, ni chien, ni livre aimé, Que l'on se sentirait moins seul à voir la flamme
Sourire dans l'àtre enfumé.