‹ Ronces et lierresChapitre 22 sur 41 · LA MORT DES CHATAIGNIERS ^J · texte numérisé non relu

LA MORT DES CHATAIGNIERS ^J

Arbres puissants et doux, sur nos plus humbles terres,

Sur nos plus indigents plateaux, Durant des siècles ils jetèrent leurs manteaux

Par-dessus celui des fougères, Et les firent un peu moins pauvres et plus beaux.

Et, même quand leurs fruits d'or, de miel et de sucre, Foulés aux pieds par les passants.

Semblèrent fades aux modernes paysans Brûlés d'alcool et fous de lucre,

Les vieillards bénissaient leur ombre et leurs présents.

Et voilà qu'on les coupe et qu'on les déracine,

Que leurs troncs velus enchaînés Sur de lourds chariots par quatre bœufs traînés.

S'en vont vers la ville et l'usine Porter l'àme de nos sommets découronnés...

L'Usine ! — Ah ! je la hais, certes, la pieuvre immonde

Tapie au creux de nos ruisseaux Dont elle a dévasté les bords, souillé les eaux,

Et qui vers nos bois à la ronde Etend ses bras armés de haches et de faulx.

Mais que penser de vous, pavsans ses complices,

Mornes renégats des aïeux, Vous dont l'or seulement allume encor les yeux.

Et qui ne trouvez vos délices Qu'à détruire tout ce qui tend ou parle aux cieux

Vous qui laissez crouler tours, clochers et calvaires,

Tuer l'oiseau, couper les bois, Et, pour trente deniers d'un Juif aux sales doigts,

Donneriez Tàme de vos pères ■ — Si Dieu ne l'avait prise — et la vôtre à la fois?...

Ah! nos vieux châtaigniers, nos arbres patriarches Aux longues barbes de poils gris.

Au cœur, desquels, enfants, nous cherchions des abris, Qui plus tard de vos vertes arches

Faisiez un dais chantant sur nos amours fleuris ;

Vous qui, hier encor, me versiez l'ombre austère, L'ombre si douce aux cœurs blessés.

Avec le souvenir des êtres chers, laissés Sur la route, loin de la terre

Où tous comptaient dormir par vos rameaux bercés:

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