‹ Ronces et lierresChapitre 26 sur 41 · CHEZ MES RUSTIQUES 7I · texte numérisé non relu

CHEZ MES RUSTIQUES 7I

« Us sont beaux plus que maint poème Dans lequel nous les célébrons ; Le laurier siérait à leurs fronts Mieux qu'au front de Virgile même.,.

« Vaguons un peu sur ces terrains Aux grands sillons bruns parallèles :

Connais-tu des pages plus belles Et de plus purs alexandrins?

« Asseyons-nous dans les bruyères Pleines d'abeilles le matin :

Près du leur, que vaut le butin Par nous porté chez les libraires?...

« Vois-tu ce hêtre au blanc manteau?

Deux noms croissent dans son écorce; Un amour livresque est sans force, Mais celui qu'on grave au couteau !...

« Au vieux clocher l'angélus tinte, Inclinant les fronts bruns ou blancs; Et nul génie en ses élans N'alla si haut que leur voix sainte...

« Regardons-les rentrer, le soir, Poudreux des cendres de l'éteule, Las et courbés et le corps veule, Mais le cœur tout vibrant d'espoir.

« Ils feront leur prière encore Pour de la pluie ou du soleil, Déjà gagnés par un sommeil Qui durera jusqu'à l'aurore...

« Six jours ainsi remplis et sains.

Entrons, le septième, à l'église.

Où le vieux prêtre évangélise Et prêche la Vierge et les Saints;

« Ils sont là tous, leur grand rosaire Ou leur vieux paroissien aux doigts; Us chantent de leur rude voix.

Oubliant fati,sue ou misère...

« Ah I mon âme, ne veux-tu pas Auprès d'eux oublier la tienne, Redevenir humble et chrétienne Et reprendre ton vol — d'en bas?'' »

TEMPS LÉGENDAIRES y^

lEéMTS LÊGEC^QVcAn{ES

PALESTRO, Magenta, Solférino, — la Gloire!... Oui, c'était encore le temps Où nous faisions grande figure dans l'histoire;

Et ceux qui n'ont pas cinquante ans Ne connaîtront jamais (hélas! d'être prophète

Sur ce point n'est que trop aisé) De printemps si joyeux et si vraiment en fête,

— (Quoique de sang trop arrosé.

Avril faisait fleurir aux talus les pervenches

Et nos soldats sur les chemins; Et l'on allait cueillir les unes, les dimanches;

On serrait aux autres les mains.

Que de chants dans les bourgs, au passage des villes !

Que de pleurs, mais vite essuyés.

74 RONCESETLIERRES

Aux cils des amoureux et dans les veux fébriles

Des bons grognards estropiés, Survivants d'Austerlitz ou de mil huit cent douze,

Ou seulement de Waterloo, Qui sentaient remuer encore sous la blouse,

La limousine ou le sarrau, Leurs vieux cœurs au seul bruit d'une guerre à TAutrich

Que feraient leurs petits-neveux.

Sous un Napoléon... alors qu'eux sur la friche

Ils mèneraient paitre les bœufs!...

Ce torrent de soldats s'écoula sur les routes

Qui vont vers le soleil levant.

Un silence se fit, gros d'angoisse et de doutes...

Puis soudain un cri trioitiphant :

Nous étions vainqueurs! — Ah! la galopade folle

Qui chaque jour, matin et soir, Nous ruait, écoliers échappés de l'école,

Vers un vieux mur, lépreux et noir.

Où sur beau papier blanc s'étalaient toutes fraîches

Et de fort loin tirant les veux, Etranges floraisons de la nuit, les dépêches

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