TEMPS LÉGENDAIRES
Qui nous disaient victorieux...
Magenta... Mac-Mahon... Notre antique furie
Reprenant là-bas son essor...
Des mots sanglants avec des chiffres de tuerie,
Mais que la Gloire sablait d'or...
Enfin, Solfcrino : le canon et l'orage
Tonnant, tuant à l'unisson, Longuement... Et la Mort, contente de l'ouvrage,
Dormant enfin sur sa moisson...
Mais pour nous tout cela — cris, affres, agonies
De tant de milliers de mourants, Et répercussion d'angoisses infinies
Au cœur de milliers de parents — N'était qu'un pâle envers d'un triomphe superbe
Que tout ce sang rendait plus beau, Comme les fleurs de pourpre embellissent la gerbe,
Et les balafres, le drapeau.
Et les champs de carnage étaient loin, et si proches.
Au cœur de l'étroite cité.
Les fêtes, les appels des tambours et des cloches.
Le Te Deum dix fois chanté...
Et, dans ces nuits de juin, si claires et si calmes,
Tant de feux de joie éclataient Sur l'esplanade, au pied du clocher, sous les palmes
Des ormes qui d'orgueil chantaient!...
Ensuite, le retour des vainqueurs, bruns de hâle,
Maigres, poudreux, mais si vibrants.
Il en manquait, — mais dans leur marche triomphale
Ils serraient encore les rangs.
Et quand ils atteignaient, un par un, le village.
Le hameau, le mas isolé, Et que de l'aire-sol, les hélant au passage,
Les gens qui dépiquaient le blé A la cruche de grès les invitaient à boire.
Après les rustiques saluts.
Ce qu'ils buvaient, face au soleil, c'était la Gloire,
Un vieux vin que nous n'aimons plus.
S'il y tombait parfois quelques 4armes de mères,
Ou de promise atteinte au cœur.
Dieu les comptait; et, pour les rendre moins amères,
Y mêlait celles du vainqueur...
Palestro! Magenta I Solférinoî Victoires,
Que méprisent nos énervés.
Nos sans-patrie et nos pacifistes notoires.
Et la bande des sous-Hervés,