LE MENUISIER
Rose ne sut rien de cet amour fou.
Puis un jour il vint de je ne sais où
Un mari pour elle, Cossu, bien tourné... Le simple amoureux Alla gémissant par les bois ombreux Plus fort que ramier ni que tourterelle...
Mais il lui fallut courir un matin
Chez Rose, et dresser pour le grand festin
Une longue table; Voir coudre la robe et voir les « novis » " Rire et s'embrasser dans les coins, ravis En songeant au jour pour lui redoutable.
Puis il entendit — oh ! du fond des bois, Pantelant ainsi qu'un fauve aux abois —
Les cloches joyeuses Appeler la noce à frais carillons.
Tandis que forêts, landes et sillons Mêlaient à leurs voix d'autres voix pieuses.
Les fiancés.
Puis il retourna vers son établi, Sur son grand amour appela l'oubli,
Travailla sans trêve, Devint très habile et très recherché, Et se confessa comme d'un péché D'avoir tant souffert à propos d'un rêve.
Un an s"écoula. Les cloches encor
Se mirent en branle et de leur voix d'or
Dirent que Rosette Donnait à son père un gros héritier.
L'église s'emplit jusqu'au bénitier. Et tout le village encor fut en fête.
Mais huit jours après il était en deuil. La vie et la mort vers le même seuil
Ensemble font route :
Rosette mourut d'avoir enfanté; Ainsi la fleur tombe, au cœur de l'été, La graine ayant bu son sang goutte à goutte.