LE MENUISIER
Et l'on s'en courut chez le menuisier : « Fais vite un cercueil en bois de noyer,
« Doublé d'un de chêne! »
Il tressaillit, dit qu'il ne saurait pas. Mais on insistait... Il partit d'un pas D'halluciné pour la ferme prochaine.
Rosette dormait, bien plus blanche encor Et plus douce sous les deux cierges d'or
Qui veillaient près d'elle.
Le pauvre amoureux tremblant s'approcha Et pour mesurer le corps se pencha...
Oh ! qu'elle était grande et qu'elle était belle!
Et lui qui, vivante, eût cru trop oser D'effleurer ses doigts, posa son baiser
Sur ce front de pierre.
Frissonna, s'enfuit... mais le lendemain Rapporta l'ouvrage, et mit de sa main Et cloua son grand Amour dans la bière...
84 RONCESETLIERRES
Depuis, en songeant au sombre baiser, 11 n'a jamais cru qu'il put refuser De faire, à toute heure, Pour le pauvre et pour le riche, — et gratis Souvent, — des cercueils, grands, moyens, petits, Tout heureux d'entrer partout où l'on pleure.
Et de raviver chaque fois ainsi Le cher souvenir, la fleur de souci Dans son cœur poussée.
De revoir au fond de chaque cercueil Celle dont il porte à jamais le deuil. Et que dans la mort il s'est fiancée.
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CHASSEUSE DE VIPERES 8f
CHoiSSEUSE VE VITÈT{ES
SUR les sommets, des giboulées, Du soleil au creux des vallées, — Luttes d'avril contre l'hiver.
Heures claires, heures moroses.
En bas, quelques corolles roses, En haut, les hêtres gris de fer...
C'est alors que de ses retraites.
Sous un roncier plein de fleurettes
Où déjà s'ébauche le nid
D'un merle, amoureux trop précoce,
La vipère au regard féroce
Sort, sifflote, rampe et s'unit.
Des poisons gonflent ses gencives, Ses dents en crocs longtemps oisives Se détendent comme un ressort.
Malheur au pied, malheur à l'aile Qui se poseront trop près d'elle :
De l'herbe en fleurs jaillit la mort...
Mais alors aussi, sous la « rande », — Loqueteuse, farouche et grande Comme une Némésis bondit Terrible la femme aux vipères, Qui cueille au seuil de ses repaires Ce peuple sinistre et maudit.
■La Vipéreuse!... Ma mémoire Me la montre encor, toute noire Le long des grands noisetiers blonds Et des merisiers aux fleurs blanches Qui caressaient du bout des branches Ses cheveux fous et ses haillons.
Ah! que lui font fleurs et verdure?
Sa prunelle sinistre et dure Fouille les vieux gazons flétris,