‹ Ronces et lierresChapitre 3 sur 41 · A MES ÉCOLIERS · texte numérisé non relu

A MES ÉCOLIERS

Qui, tel qu'un aiguillon de guêpe venimeuse,

Vit longtemps dans la plaie et l'avive et la creuse?

As-tu sous le savoir livresque, en soi si vain.

Mis, comme sous la pâte on place le levain.

Un ferment d'idéal qui l'échauffé et l'anime?

Leur as-tu fait lever leurs regards vers la cime

Où d'imprudents bergers, un jour, se sont vantés

D'avoir, sous leur poing frêle et sous leur souffle infime,

Éteint à tout jamais les anciennes clartés?... »

— Je ne sais, je ne sais... Et c'est pourquoi, morose,

Au moment de quitter tout ce peuple d'enfants

Qui remplissent l'air froid de leurs cris triomphants,

Je reste là, le front contre la vitre close.

Longuement; je m'attarde à couver leurs ébats;

Je voudrais, dans ces yeux de langueur ou de flamme,

Deviner s'ils sont tous armés pour les combats.

Si dans leurs jeunes corps vibrants vibre aussi l'âme...

Mais la nuit tombe... Il faut partir... Je ne sais pas.

So4VOI\ VIEILLIR

kA Emile ^Albert.

SAVOIR vieillir, quel art, mais combien difficile I Que de ferme vouloir il v faut et quels dons! Que de victoires sur notre orgueil imbécile! Que de renoncements cruels et d'abandons!

Vieillir, se l'avouer à soi-même et le dire Tout haut, non pas pour voir protester les amis. Mais pour v conformer ses goûts et s'interdire Ce que la veille encore on se crovait permis;

Avec sincérité, dès que l'aube se lève. Se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour, A chaque cheveu blanc se séparer d'un rêve Et lui dire tout bas un adieu sans retour:

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