‹ Ronces et lierresChapitre 31 sur 41 · CHASSEUSE DE VIPÈRES · texte numérisé non relu

CHASSEUSE DE VIPÈRES

Les feuilles sèches, les racines Où les rampantes assassines Ont leurs amours et leurs abris.

Elle va, furtive et hagarde, Et de temps en temps elle darde Dans le fourré, d'un geste vif, Sa gaule ferrée en fourchette Dont brusquement elle rejette Sur l'herbe le monstre captif

Q^ui se démène et se tortille

Et siffle. — « Une superbe anguille

Ricane-t-elle en l'étranglant...

Le soir, le soleil sur la lande

La voit emporter sa guirlande

De ce lourd gibier pantelant.

Sombre chasseuse de vipères,

Tu connus des printemps prospères

Pourtant, dans ces prés et ces bois;

Tu fus jeune, jolie, aimée, Et tes baisers sous la ramée Sonnèrent joyeux autrefois.

Mais le beau pâtre qu'une ivresse Endormait dans ta fauve tresse, Sous la haie en fleurs étendu, Pendant que tu berçais son rêve, D'une morsure aiguë et brève Se sentit tout à coup mordu :

Il mourut. — Et depuis, farouche, Sous le roncier ou sous la souche.

Quand tout chante et rit sous le ciel, Apre, tu poursuis ta vengeance Sur la rampante et vile engeance Qui causa ton deuil éternel.

On te redoute, on te dit folle, La fauvette crie et s'envole Dès qu'elle te voit approcher; A tes haillons les chiens aboient, Tous à la ferme te rudoient Quand tu demandes le coucher.

CHASSEUSE DE VIPERES

Mais que t'importe, ô Justicière, Qu'on te nomme « trêve » * et sorcière? Tu vas, sans dégoût ni remord, A la tâche où Dieu te convie :

Quand son printemps fait de la vie.

Toi, tu fais la guerre à la Mort.

Fantôme, revenant.

UU^ ScAGE

SI loin vers mon berceau que mon esprit remonte, Je le revois, le bon docteur, sur son cheval, Cravache au poing, trottant par la plaine et le val, Espéré, craint, — parfois par la Mort rude et prompte Devancé, retournant alors, d'un trot pareil. Et s'en allant vers d'autres seuils où l'on l'appelle; Arrivant le matin, doux comme le soleil, Ou quand tombe la nuit, sombre et triste comme elle.

Les miens, à la scierie ou sous les bois, souvent. Dans ces âpres combats où l'arbre se défend. Quoique adroits, se sentaient maîtrisés par la force Et rentraient quelque côte enfoncée, un bras mort. Ou saignants, car l'acier peut se tromper d'écorce, Et c'est avec bonheur que dans la chair ]1 mord... — Vite à Randan quérir le docteur, vite, vite!

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