‹ Ronces et lierresChapitre 5 sur 41 · ADIEU, PARIS · texte numérisé non relu

ADIEU, PARIS

oiVIEU, TqA\IS

^ Emile Fa^iiet.

ADIEU, Paris! — Un quart de siècle, ou peu s'en faut, J'ai foulé ton pavé de gloire et de misère, Peinant, luttant, grimpant enfin — oh ! pas bien haut — Sur l'escalier du temple où sourit la Chimère; Adieu! Je vais revoir la vieille Terre-mère, Trop tard pour mon bonheur... ou peut-être trop tôt.

Je t'ai souvent maudit, Paris, du cœur, des lèvres. De la plume, en des vers applaudis quelquefois. Je t'en voulais de ta cohue et de tes fièvres. De ta rumeur profonde où se perdait ma voix De petit rouge-gorge exilé de ses bois; De ton amour pour la suffisance et la pose,

lO RONCES ET LIERRES

Pour le clinquant, le faux, Tampoulé, le joli,

De tes engouements fous, de tes dédains sans cause :

Un soir le Panthéon, le lendemain l'oubli.

Adieu. — J'ai peu mêlé les eaux de ma fontaine A tes mille ruisseaux tous plus ou moins bourbeux; Je suis resté fidèle à la chanson lointaine Que ma mère m'apprit dans nos chemins herbeux, Lorsque j'allais gardant les brebis ou les bœufs; Tes cénacles m'ont vu sur leur seuil, mais à peine, ' Et tes salons, jamais, même les plus fameux. Adieu.

— Je n'ai pourtant contre toi nulle haine, Car les ans m'ont calmé qui m'ont pris mes cheveux. Si je t'ai malmené je m'en repens; et même Tout près de te quitter j'avouerai, si tu veux, Que je te dois — en plus de mes vers de blasphème — Quelques airs que là-bas on répète et qu'on aime, Parce que, sur les bords de ton fleuve exilé. Mon âme nostalgique a plus souvent volé Et plus éperdument vers les cimes natales, Et que j'ai mieux compris, mieux aimé, mieux chanté Mes bois ombreux et mes bruyères virginales. Mon clocher, comme un chêne à l'air libre planté. Mon pays de fraîcheur, de sève et de santé I

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