‹ Ronsard considere comme imitateur d'Homere et de PindareChapitre 4 sur 18 · IV. Fragment* épiques publié* dan» lea Bymnei , le» Élégie · texte numérisé non relu

IV. Fragment* épiques publié* dan» lea Bymnei , le» Élégie

et le Booage Royal.

Ce vers, ce ton, ce style de la poésie héroïque qu'on regrette de ne pas trouver dans la Franciade, on les rencontre (et c'est une raison de plus pour les regretter là où on doit surtout les chercher) dans d'autres ouvrages de Ronsard. Car, à toutes les époques de sa vie, ce genre de poésie préoccupa notre poète : avant la Franciade, il essaie ses forces, il prélude, comme il le dit, sur sa lyre; et, jusque dans les dernières années de sa vie , comme pour se consoler d'avoir laissé sa grande œuvre inachevée, il publie encore des fragments épiques.

Ainsi , sous Henri II, il donna Y hymne de Calais et Zèles , celui de Pollux et Castor' ; sous Charles IX, ceux à'Oiphée* et de YHyver* ; sous Henri 111, le Discours de l'Equité des Vieux Gaulois 4 .

En comparant à la Franciade ces œuvres moins importantes, mais composées plus librement et à loisir, ce qui frappe d'abord, c'est qu'à des dates très - différentes , après comme avant la Franciade, tous ces poèmes sont écrits en vers alexandrins. Cela suffit pour qu'à mérite égal du reste, ces fragments des Hymnes et du Bocage royal aient un air plus noble , une harmonie plus virile et plus solennelle que les premiers chants de la Franciade.

C'est le seul trait commun à ces morceaux , non moins inégaux de mérite que différents de caractère. Trois d'entr'eux n'ont rien d'original : l'hymne de Calais et Zetès est emprunté aux Argonautiques ; pour célébrer Pollux et Castor, Ronsard mêle à sa paraphrase d'Apollonius de Rhodes et de Valérius Flaccus quelques traits de Pindare et de Théocrite ; dans Y Orphée, un cadre médiocre réunit deux Métamorphoses

1 En 1556, le second livre des Hymnes, Paris, A. Wéchel. — 'Ed. des

Œuvres, Paris, 15G7, t. V, Elégies, I. III. — i Ibid. t. IV, 4* livre des

Hymnes. — 4 Ed. de 1584, Bocage royal , p. 482. (Ce poème fait peut-être déjà partie de l'édition de 1 578 que je n'ai pu me procurer.)

d'Ovide , très-diverses, et qui n'ont, dans Ovide même , aucun lien , quoiqu'elles se suivent.

Le style de ces poèmes est aussi très-insuffisant. 11 est difficile dans notre langue , même aujourd'hui , de traduire , sans laisser échapper aucune expression basse , l'épisode des Harpyes tel qu'il se trouve dans Virgile et dans Valérius Flaccus : quel écueil pour un écrivain du seizième siècle ! En aucun passage de ses œuvres, Ronsard ne nous paraît plus trivial et n'a été plus diffus.

Le combat de Pollux et d'Amycus est comme une première esquisse de celui de Francus et de Phouère, et l'esquisse ne vaut pas le tableau. On en peut cependant détacher quelques vers assez énergiques :

Si de vostre bon gré vous abordez icy

Pour jouster contre moy. approchez, voyme-cy...

Les larmes, ny les vœux, ny les humbles prières.

Ny les droictz d'hostellage icy ne servent guières ;

Icy. l'on ne fleschist noz cœurs audacieux

Pour nous prescher en vain la justice des Dieux.

Des autres nations Jupiter soit le maistre,

En soit l'espouventail , je ne le veulx congnoistre.

Je suis mon Jupiter, et, sans craindre autre effroy.

Ma main, comme il me plaist. me sert seule de loy.

Et pour ce . n'espérez grâces ny courtoisies :

Il y a trop longtemps que mes armes moisies.

Pouldreuses. sont au croqpendans sans faire rien...

f Approche-toi, dit-il à Pollux, dont il méprise la jeunesse et la petite taille,

Pour ne reporter plus ce beau front à ta mère ...

Icy ne se font pas les luttes de Taigette

Ny les jeux Piséans où le vainqueur se jette

Tout nud dedans Alphée. et, se baignant sans peur,

Lave es flotz paternelz sa pouldreuse sueur ;

Icy l'on ne combat pour le pris d'une femme .

D'un trépied, d'un cheval, mais pour la vie et l ame ? •

On regrette néanmoins le dialogue serré de Théocrite. Quant

au combat des fils de Léda contre idaeus et Lyncée, il faudrait pour le lire avoir entièrement oublié la dixième Xémécnne.

L'élégie d'Orphée est, comme ces deux hymnes, très-imparfaite; les premières pages sont d'une excessive naïveté : Péléc est , bien plus que Dicée , un père de comédie ; la fable d'Iphis est traduite sans grâce; les plaintes de la jeune fille sont traînantes et ne touchent pas plus que celles de Clymène; Orphée seul attendrirait quelquefois , lorsque Ronsard a heureusement remplacé le texte d'Ovide par quelques réminiscences de Virgile et des Gcoryiques :

Voyant le soleil poindre et le voyant coucher. Sans cesse je pleurois. soulageant sur ma lyre. Mien que ce fust en vain, mon amoureux martyre. ... Si les rochers t'environnent le cœur.

Si tu ne veux, cruel, alléger ma langueur Si tu es. comme on dit. un prince inexorable. Je veux mourir icy sur ce bord misérable ; Je ne veux relourner sans ma femme, et tu peux Icy te resjouyr de la mort de tous deux.

Quoiqu'il en soit , le Pollux et X Orphée ne peuvent en rien modifier l'opinion qu'on porto sur Ronsard après avoir lu les quatre livres de la Franciadc. UIFyver mérite davantage notre attention; l'idée et le style en sont moins vulgaires; le souvenir d'Homère et d'Hésiode , dont Ronsard voulait rappeler les fables, l'a véritablement inspiré. Il les rappelle sans les copier.

Hiver est le fds de la nature; venu au monde un jour d'orage et de neige, on lui donne les vents pour parrains; Mercure met le nouveau-né dans une peau de mouton , l'emporte sur l'Olympe et le dépose en riant aux pieds de Jupiter. Jupiter regarde ce monstre avec mépris, avec horreur, et, comme Vulcain, le précipite du haut du ciel. Hiver mil tout un jour à tomber; mais il ne péril pas ; la Thracc le recueillit et réleva. Lorsqu'il fut grand, fort, magnanime. Borée vint lui rappeler sa naissance et l'injustice qu'on lui avait faite. Il doit se venger des Dieux; il le peut: roi des airs, il aura sous ses ordres, Typhéc, Bryare, les Géants, les Triions,

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