‹ Ronsard considere comme imitateur d'Homere et de PindareChapitre 6 sur 18 · RONSARD IMITATEUR DE PINDARE · texte numérisé non relu

RONSARD IMITATEUR DE PINDARE

Ronsard, qui avait donné au vers héroïque son vrai nom , donna aussi à la langue le mot Ode et à la France la poésie lyrique. Ce nouveau titre ne lui est pas contesté'. Pelletier du Mans et Joachim Dubellay , plus pressés que lui de mettre au jour leurs ouvrages, ont publié des odes avant qu'il eût rien publié lui-même ; mais ils ne les avaient faites, tous deux le déclarent en maint endroit , qu'à l'imitation des siennes.

Le nom n'était pas plus nouveau que le genre et le rhythme; la chanson, dans Marol et les poètes antérieurs, ne se piquait guères d'exprimer dans un langage noble de hautes pensées; mais son élégant badinage, ses refrains naïfs, ses bas fredons ne suflisent point à la chanson nouvelle ; Ronsard sait par cœur Horace , il a lu Pindare ; ce style et cette harmonie l'ont exalté ; et c'est aux accords de la lyre antique qu'il veut marier les fiers accents de sa voix.

Sur celte lyre harmonieuse de la Grèce, muette depuis tant

' T. II, p. 12 (et p. 15 le comment, tie Richelet). — P. Delandure Daigaliers, Art Poét, franç. Paris, 1597, p. H6, — La Fresnaie Vauquelin , Cr.en, 1605, Art Poét., p. 23-4.

île siècles , Ronsard essaie toutes les cordes , et veut retrouver tous les modes. Il a traduit Anacréon mieux que Relleau, imité Horace (Horace est un Grec aussi) mieux que Dubellay. Mais Anacréon , ne s'élève jamais , Horace s'élève trop rarement; fidèle à la nature de son génie, c'est la lyre dorienne qui, comme la trompette épique, remplit Ronsard d'enthousiasme; c'est à l'ode sérieuse, aux chants solennels qui doivent immortaliser les vainqueurs, aux hymnes qui -célèbrent les héros et les dieux qu'il veut attacher son nom. Et, s'il est une gloire qui le séduise, c'est d'être, en même temps que l'Homère de la Franee , son Pindarc et son Callimaquc.

Il est peut-être plus difficile encore d'imiter Pindarc que d'imiter Homère. A l'époque où Ronsard le tente, cette difficulté n'a pas les mêmes causes: ici, l'on n'a pas à craindre que des variantes consacrées par la tradition ou des commentaires apocryphes usurpent dans la mémoire la place du texte original; ce texte n'avait pas été connu au moyen-àge. Bien qu'on rencontrât le nom de Pindarc dans Horace, dans Quintilien, et que, sur l'autorité d'Eusébe, ce nom désignât aussi une date dans les étranges chronologies où nous avons plus haut retrouvé ceux d'Homère et de Francus , il fallait qu'on l'eût bien profondément oublié, pour lui attribuer, comme je l'ai déjà rappelé, un abrégé de Y Iliade en hexamètres latins. En effet, on est fondé à croire que les Odes de Pindarc demeurèrent ignorées en France jusqu'à l'édition des Aides 1 .

Il est vrai qu'au moment où Ronsard l'étudia, non-seulement on l'avait imprimé quatre fois , mais il en avait paru à Râle une version latine 3 . En France , toutefois on n'avait donné qu'une édition incomplète du texte*; aucun helléniste n'en avait fait l'objet d'une étude spéciale, approfondie, et on attendait encore l'édition de Moni s , et la traduction

' C'est- à- dire (quel qu'en soit le véritable auteur) les poésies anarréontiques publiées en 1554 , par H. Kstienne. — "Eu 1513. — 3 1 528, réimprimée en 1535.

— 4 Cb. Wéi hcl avait donné en 1535 le texte des Olympiques et des Pylhiques.

d'Esttenne lorsque Daurat entreprit d'expliquer à ses élèves ce texte si nouveau et si obscur.

Personne n'a plus fait que Daurat pour répandre la connaissance et le goût de la poésie grecque; il avait le don d'attirer les écoliers , de les charmer (c'est Ronsard qui parle) plus qu'Alcée ne charme les ombres; mais rien ne prouve qu'il eût autant de goût que de zèle, ni celte connaissance exacte de la langue qui distingue Budé parmi ses maîtres et Turnèbe parmi ses rivaux. Ainsi, bien qu'on l'écoutât comme un oracle, et si habile qu'on le suppose à résoudre les difficultés les plus ardues, lorsqu'il s'agissait de Pindare, son interprétation , ses commentaires ne devaient pas toujours faire autorité. Ronsard d'ailleurs n'était pas un de ses élèves les plus exercés, il avait apporté à ses éludes une ardeur opiniâtre, mais il les avait commencées tard , et souvent il avait besoin des lumières de Turnèbe et de Baïf \

Daurat put lui faire comprendre Pindare assez pour qu'il en retîut les plus saisissantes beautés, et pour que , sous l'impression laissée par cette lecture rapide, il essayât d'en rappeler d'une façon générale , l'accent , la couleur, les grands mouvements, les vives images; mais trop peu pour qu'il ne se méprit pas souvent , s'il se proposait de lui emprunter dans une reproduction littérale les détails même de son style.

Aujourd'hui encore, après tant de savantes recherches sur la langue de Pindare , on sait combien d'incertitudes et d'obscurités elle présente à ses plus savants interprètes ! Et quand même on réussirait à fixer d'une manière définitive la forme, la place et le sens de chaque mot, si l'on passe des mots aux phrases, de la forme aux idées, des détails à l'ensemble, de chaque idée à la liaison des développements qui se succèdent, à l'intention véritable qui les a dictés, aucun texte ne prêtera jamais à des hypothèses plus arbitraires et plus diverses.

* Les lyriques d'H. Estienne parurent en 15C0, en même temps que la première édition des Œuvres de Ronsard , huit ans après les dernières de ses odes pindariques. — ■ Binct. — Sainte-Marthe a dit dans YÈlogc de Ronsard : « ab Aurati disciplina grœce latineque doctùsimiis. » Mais il est souvent dangereux de prendre à la lettre les hyperboles du panégyriste.

On ne s'aventurerait plus sur les traces de Ronsard ; on convient aujourd'hui que les beautés de celte poésie sont de celles qui appartiennent non-seulement au poète qui la créa , mais à son siècle et à son pays. Les commentaires , la difficulté qu'on éprouve à la comprendre, et, même lorsqu'on l'a comprise, a la traduire, ont assez montré par quels liens étroits elle tenait à un ciel , à des mœurs , à des croyances , qui ne sont point du tout les nôtres. Et si T'est un contre-sens de transporter sous nos brumes les temples construits par Phidias dans l'atmosphère lumineuse d'Athènes, ou de produire dans nos théâtres fermés les drames épiques d'Eschyle, quelle témérité de prétendre qu'une ode de Pindarc paraîtra belle , sera digne d'être 'admirée ailleurs qu'à la cour d'Iliéron, à Olympie ou à Delphes !

Horace l'avait bien senti : qui peut atteindre à ces régions sublimes où plane, à demi-voilé par les nuages, le cygne immortel de Dircé? Dédale y peut prétendre; mais il n'aura pas d'autre gloire que celle de donner son nom à la mer où le laissent tomber ses ailes perfides. La sage timidité d'Horace , loin d'arrêter Honsard, le décide 1 . Ce fils d'aflranchi a pu manquer de cœur; mais Honsard ne redoute ni les colères de la mer, ni les hasards des combats, ni les dangers d'aucune ri-

1 T. Il, p. 213 (U* Ode Vind. Epndc4.)

l'ar une chttlte subiîc Eucor je u'ay lait nommer Du nom de Ronsard la mer, Bien que Pindaro j'imite.

Horace, harpeur lalio , Entant fils d'un libertin , basse et lente avoit l'audace ; Non pas moy , de franche race, Djnt la muse eutla les sons De plus courageuse haleine...

d. T. Vlll , p. 000, les compliments que Ronsard adresse à Nicolas le Sueur, président aux enquestes , pour avoir, sans s'effrayer des paroles d'Horace , traduit Pindare en Ut in :

Des jousteurs Elcans péric est la conqueste : Mais l'honneur que la muse a mis dessus ta teste Veinera la faux du Temps, la Parque et le Destin.

valité. Où est le péril, là est la gloire. Et c'est parce qu'Horace ne l'a pas osé, parce queniDubellay ni Bellcau ne sauraient le faire, que Ronsard, jaloux d'honorer son nom et d'illustrer la langue française, s'aventure à pindariscr. Ce mot, comme celui d'Ode , est de lui ' ; il a survécu aussi ; mais le sens particulier que lui a donné l'usage marque dans quelle mesure cette tentative a réussi, dans quelle mesure elle a échoué.

De nos jours, les écrivains les plus favorables à la réputation de Ronsard ont été pour ses odes pindariques d'une grande sévérité ; on n'en trouve pas une seule dans les quatre extraits de ses œuvres qui ont été successivement publiés ; à peine M. Sainte-Reuve , et d'après lui, M. Lacroix, consentent-ils à insérer quelques strophes de la plus longue , celle qu'il avait adressée à L'Hôpital; encore peut-il sembler que les éditeurs ne citent celles-là que pour établir qu'ils ont le droit de négliger le reste.

Je ne veux pas plus réclamer pour les odes pindariques que pour la Franciade une admiration qu'elles ne méritent pas , et confesse , avec tout le monde , qu'on y trouve bien des défauts graves ; j'entrerai même sur ce point dans plus de détails qu'on ne l'a fait avant moi.

Ce qui distingue d'abord ces odes des autres odes de Ronsard, c'est le rhythme. La mesure des vers varie peu: Rous» sard, qui aime à cultiver tous les genres, mais qui n'aime pas à les confondre, n'emploie, lorsqu'il imite Pindare, ni les petits vers qu'il a entrelacés aux grands avec tant de grâce dans ses odes plus légères, ni le vers de la Franciade qu'il employait dans ses odes imitées d'Horace et dans ses élégies, ni l'alexandrin qu'il réservait alors au sonnet, à l'hymne et à l'épo^ pée. U semble donc n'avoir pas deviné combien ce vers, si appro-

' T. II , p. 284 (Orf. 11,2).

Si , dès mon enfance , Le premier de France Jay pindarixè...

Le mot est encore si nouveau que Richelet croit avoir besoin de l'expliquer • c'est-à-dire: le premier de tous les François, j'ay introduit la façon iTcscrire df Pindare, » elle bon Richelet ajoute : t difficile, extravagante et hardie »

prié à toutes les formes de la poésie élevée , convient aussi à l'ode, comme l'ont si bien prouvé Malherbe et J.-B. Rousseau.

Ronsard cherche un rhythme à la fois noble et rapide , plus accentué, plus musical. Et il faut lui accorder que, dans toutes ses odes pindariqucs, à l'exception d'une seule, il a employé le vers de huit et celui de sept syllabes, à rimes croisées et mêlées, c'est-à-dire les deux vers lyriques par excellence. Il en résulte déjà (car il n'a pas fait la faute de mêler ces deux mètres, trop peu différents l'un de l'autre pour qu'on les combine), que les vers de <haque strophe sont invariablement de la même mesure.

Mais si la mesure des vers est uniforme, la forme de la strophe varie; et d'abord , la strophe n'est pas simple , comme dans les odes d'Horace; elle a, comme dans celles de Pindarc et les chants du chœur sur le théâtre d'Athènes , pour complément indispensable, une antistrophe et une épode. L'antistrophe reproduit la strophe exactement. L'épode est généralement moins longue; les vers y sont agencés d'un façon différente, et sont quelquefois plus courts d'une syllabe, comme si le poète voulait, par la mesure comme par le nombre des vers , donner à l'épode qui termine le système une cadence plus marquée et plus rapide. Si l'ode est composée d'une seule strophe complète , l'épode ne correspond à rien ; en revanche , eût-elle vingt-quatre strophes , toutes les épodes , comme toutes les strophes et toutes les antistrophes qui les répètent, ne diffèrent en rien l'une de l'autre : ainsi sont composées les odes de Pindarc. Ronsard s'était donc imposé, comme il le fit toujours, des règles assez sévères : il était aisé d'écrire la première strophe; mais, plus elle avait été librement écrite , plus il était difficile d'en donner dans les strophes suivantes une reproduction littérale.

Malheureusement , ces savantes combinaisons n'assurent au poète que le frivole mérite de la difficulté vaincue. L'entrelacement arbitraire de ces vers d'égale mesure donne aux strophes un rhythme tout à la fois monotone et peu sensible, dont l'oreille n'est pas frappée , qu'elle ne retient pas. A peine reconnaît-elle la strophe dans l'antistrophe : comment , après

la strophe deux fois répétée, reconnaîtrait-elle l'épode? Il faudrait tout au moins que la strophe et l'épode, alternant d'une façon régulière , sans que la première fût redoublée, formassent ainsi celle succession régulière de deux slrophes différentes dont les poètes lyriques contemporains, versificateurs très-exercés , ont fait quelques essais heureux.

La poésie chantée n'est pas soumise aux mêmes lois. Or, c'est la lyre qui prélude et marque à Pindare le, ton, le mode et jusqu'aux allures, en apparence indépendantes, de la slrophe ; le poète règle ses chanls sur la symphonie des instruments et sur les cadences du chœur; ainsi, dans ses odes, la place de l'antistrophe et de l'épode était déterminée d'avance et d'une manière rigoureuse. Il n'y a pas à s'y méprendre : aujourd'hui, dans le silence de la lyre et des voix, notre oreille ne saisit plus la mesure et le rhythme de chaque vers isolément; mais, grâce à cette symétrie invariable, nécessaire, elle retrouve encore sans peine, d'abord la strophe qui revient sur ses pas, puis l'épode, ramenant à l'harmonie, à l'unité deux slrophes successives , qui , sans analogie entre elles , ne semblaient rattachées l'une à l'autre par aucun lien. Mais, si la lyre et les chants du poète ne sont plus qu'une métaphore, s'il compose dons le silence des vers qui ne seront que lus ou déclamés, il faut que la strophe ait par elle-même une harmonie suffisante ; privée du secours en même temps qu'atfranchie du joug de la musique, plus libre, mais abandonnée à ses seules ressources, il faut que l'ode, pour demeurer comme l'écho lointain de ces chants oubliés, demande à une prosodie, tout à la fois plus sévère et plus simple, des rhythmes dont l'oreille saisisse mieux la loi et n'attende pas aussi longtemps le retour.

Il est vrai que Ronsard croit encore à cette union de la poésie et de la musique; et nous ne devons pas négliger de rappeler qu'au seizième siècle elle préoccupa vivement presque tous les poètes, et parut jusqu'à un certain point rétablie. On chantait réellement les psaumes de Marot et de Théodore de Bèze, les quatrains de Pibrac, les sonnets de Saint-Gelais , ceux de Dubellay, ceux de Desporles; Baïf alla plus loin, et,

d'accord avec le musicien Courville , il fonda une Académie do Poésie et de Musique, où Ton se flatta de faire revivre la poésie lyrique chantée , telle que l'avaient cultivée les anciens'. On sait que ces chimères conduisirent Baïf jusqu'à faire réciter en musique des vers mesurés*, caprice pédantcsquc dont Jodellc cl Rapin lui disputent l'initiative J .

Ronsard ne poussa pas la foi dans la loi des accords et la prosodie des Grecs ses maîtres jusqu'à répudier la rime et la césure du vers français, et, après en avoir fait l'essai, il n'hésita pas à condamner les vers haï fins; mais il n'en estima pas moins que les vers sont faits pour être chantés, déclamés ' au moins. La musique, répète-t-il, est la sœur de la poésie, sa sœur putn& 5 ; il ne faut pas l'en séparer: sans la mélodie des vers, la musique est inanimée; sans la musique, la poésie est presque sans grâce 6 .

On le voit dans ses vers parler non-seulement de la lyre du (irec Timothée, mais du chant de Chérouvrier, du luth d'Albert ou d'Edinlon , de celui de Marie Stuart , des symphonies que les Italiens de la reine Catherine jouent au Louvre et à Fontainebleau. La harpe antique n'est qu'une figure; mais il prend au propre le rebec, la guitare et les luths qui se marient aux voix. Si Cassandre et si Hélène l'ont charmé , c'est par la douceur de leurs accents autant que par celle de leurs regards; le jour où Cassandre lui ravit sa liberté, elle disait le branle de Bourgogne; mais surtout qu'il est doucement ému lorsqu'elle daigne chanter ses vers! et comme il a soin de

1 Sur l'Académie de Baïf, voyez Sauvai, Antiquités de Paris, 1. IX, et surtout la lettre royale (novembre 1570) publiée par Duboulay, Hist. univ. Paris. — ' Vers récitez en musique devant le roy au festin de Messieurs de Paris , par Jean-Antoine de Baïf. Paris , F. Morel, 1578. — 3 Pasquier l'attribue à Jodclle, Goujet à Rapiu, d Olivet, d'après d'Aubigné, à Mousset, traducteur d'Homère. Quoi qu'il en soit , c'est le nom de Baïf qui reste attaché à cette innovation. — ' Epistre au Lecteur : • Je te supliray seulement d'une chose, lecteur, de vouloir bien prononcer mes vers et accommoder ta voix à leur passion,... et ta suplie encore derechef où tu verras cette marque ! vouloir un peu eslever ta voix pour donner grâce à ce que tu liras. — * Binet. cf. Rous. t. X, p. 681. — 6 Art poétique : * La poésie sans les instruments, ou sans la grâce d'une seule ou plusieurs voix, n'est nullement agréable. »

nous apprendre que la belle Hélène de Surgéres les chante aussi sur des airs mélancoliques !

Ses Amours et ses odes furent chantés ainsi à la cour de France* et môme dans la prison de la belle reine d'Ecosse. Ronsard les avait faits pour qu'ils le fussent : malgré cette surdité précoce qui a passé dans son siècle pour bienheureuse et digne d'envie, il avait l'oreille singulièrement délicate; une ancienne édition de ses Amours à Cassandre * nous apprend qu'il est allé jusqu'à noter lui-même des airs que les imprimeurs publient en même temps que ses vers parce qu'il le réclame.

Dans son Art Poétique, il songeait encore à la musique en donnant des règles de versification : s'il arrive à vouloir que les rimes de sexe différent soient régulièrement entremêlées , ou que, dans l'ode, on combine des vers de mesure inégale, mais surtout qu'on préfère aux autres les vers les plus courts , ceux qui n'ont pas de césure , c'est pour que la poésie soit plus propre à la musique et accord des instruments , en faveur desquels il semble qu'elle soit née.

11 distingue les modes, proscrit, comme une des causes de la corruption de la jeunesse et de la mine des cités (c'est un souvenir de Platon), la musique efféminée, luxurieuse; aussi veut-il remettre en honneur le masle son de la Ivre dorienne ; et il a pu croire que les musiciens retrouveraient, non pas des mètres qui dispenseraient de la rime, mais une mélopée qui ferait trouver naturelles , comme elles le semblèrent autrefois , l'antistrophe et l'épode.

On voit comment il s'est fait illusion : malgré ces doctes systèmes, il n'eut ni les flûtes et les trompettes, ni les cadences du chœur, ni les chants du cortège qui allait au-devant du vainqueur ; il resta en réalité une ode composée de longues strophes subdivisées en trois parties ; l'oreille remarque à peine que la seconde répèle exactement la première ; leur division

1 Monteil {Uist. des Français, éd. de 1847, t. 111) cite les Amours de Ronsard tnis en musique par Jean de Maletty, Paris, 1578, et des Odes de Ronsard mises eu musique dans une collection d'Airs et Ballets du XVI" siècle, Paris , Ballard, 1612. 11 y faut joindre des chansons insérées dans la collection Leber. — 1 L'éd. priuceps de 1552.

échappe d'autant plus aisément à l'oreille que, comme les strophes latines, elles enjambent l'une sur l'autre, et la strophe n'est en réalité complète que là où le sens est suspendu, c'està-dire à la fin de l'épode. Le nombre des vers échappe ; on ne songe pas à chercher s'il est reproduit de strophe en strophe ; toute l'ode parait une suite indéfinie de vers libres, d'une mesure à peu prés uniforme. Il est évident que de tels vers peuvent être chantés; ils se prêteront au rhythme de la musique; mais ils n'ont pas de rhythme par eux-mêmes. Ronsard eût été mieux inspiré sans aucun doute , dans l'intérêt même de sa gloire, s'il s'en était tenu à cette belle strophe dont la coupe est si heureuse et le rhythme si nettement accentué :

Comme un qui prend une coupe.

Seul honneur de son trésor.

Et de rang verse à la troupe Du vin qui rit dedans l'or.

Ainsi, versant la rosde Dont ma langue est arrousée Sur la race des Valois.

En son doux nectar j'abreuve Le plus roy qui se trouve Soit en armes ou en lois.

On reconnaît le début de la septième Olympique , et on aura remarqué celle expression toute grecque, si admirée dans un vers d'André Chénier :

Et toute chose rire en la saisou nouvelle.

En allongeant chaque vers d'une syllabe, on a la strophe que les poètes des sièt les suivants ont considérée comme la strophe lyrique par excellence, dans le genre sérieux. Ils la devaient à Ronsard.

Il fallait donc laisser à Pindare l' antistrophe et l'épode ; il fallait lui laisser aussi dos allusions mythologiques et certaines images qui dans sa bouche devaient paraître non-seulement très-naturelles et très-claires, mais presque banales, et qui , dans celle de Ronsard, malgré les laborieux commentaires do Richelct, sont pédantesques, obscures, sans intérêt.

Nos poètes peuvent bien emprunter à la Grèce les poétiques légendes de son Olympe. Mais elles sont nombreuses, diverses ; il faut choisir les plus gracieuses , celles qui plaisent et celles qui sont familières à tout le monde. Qu'on nous montre les dieux de l'épopée et de la statuaire , selon les types les plus ordinaires, les plus purs, ceux que Phidias a consacrés après Homère: Fénelon l'a fait, Boileau le recommande. Mais Ronsard a trop vécu avec les Grecs et parmi les hellénistes : il dit des dieux de la Grèce trop de choses qu'on ne sait plus , à moins d'avoir lu comme lui Boceace, Hygin, Hésiode.

Les digressions mythologiques de Pindare ont leur excuse ; il ne sort point pour ainsi dire de son sujet lorsqu'il chante les origines merveilleuses de la ville où le vainqueur a vu le jour, des jeux dans lesquels il a triomphé, et, les exploits des dieux qui ont présidé au combat; il peut alors descendre jusqu'aux détails des traditions particulières; cl dans les lieux qu'elles remplissent, devant un auditoire dont elles sont l'entretien, discuter môme la version qu'il en adopte. Ces détails ne nuisent pas à l'intérêt du poème ; ils en sont au contraire la partie intéressante , essentielle ; et les Grecs ne sont pas plus surpris de les retrouver dans les vers du poète que de l'entendre emprunter ses images, ses comparaisons, aux astres qui les éclairent, à la mer qu'ils ont sous les yeux, à l'arc, au cestc , à la lutte , aux courses de chars , à tous les usages de ces fêtes solennelles.

Ronsard au contraire n'est guères plus autorisé à livrer au vent les voiles de sa nef, à reprendre l'aviron, à jeter l'ancre, à atteler son char, le char des Muses bien peignées, à lancer au-delà de la borne les flèches sonores de son arc thébain , qu'à détacher, pour aller au-devant du vainqueur, de la colonne des antiques aèdes, celle lyre dorienne sur laquelle sa docte main cherche vainement à retrouver les modes les plus austères.

Sans tenir trop rigoureusement compte de la différence des temps et des pays, tout au moins voudrait-on trouver une certaine analogie entre les sujets. Elle se rencontre par hasard jusqu'à deux fois , lorsque le poète célèbre la victoire de Jarnac , qui terrassa son rival en champ clos comme l'eût faiJ

un athlète sur l'arène, Kntellc dans Y Enéide, Apollon dans les Métamorphoses; ou la gloire (la gloire, en vérité!) de Carnavalet, un surintendant des écuries du roi Henri II, si habile à dompter un cheval qu'il n'est pas trop mal à propos , comme l'observe Richelet, de la comparer à Bellérophon et de lui dire, dans une traduction assez pnle, mais exacte, de la treizième Olympique, comment le héros reçut de Pallas le frein qui lui soumit le divin coursier Pégase. Mais où peut être l'à-propos de ces emprunts lorsque Honsard traite des sujets plus modernes et plus dignes de son grand esprit , la paix rendue à la France par Henri II, l'ignorance des poètes de cour humiliée par Dubellay, les Muscs protégées par la duchesse de Berry et L'Hôpital , ou seulement la victoire de Cérisoles ?

On a de tout temps reproché aux odes de Ronsard d'être obscures ; cette obscurité ne tient pas aux mots que le poète emploie ni même à la construction de ses phrases, car la langue est moins pédantesque et moins barbare qu'on ne le répète ; elle tient à tous ces emprunts qui nous jettent à chaque pas si loin de notre temps et de notre pays ; elle tient aussi au désordre des développements. Or, ce désordre , il faut bien le dire, Honsard l'affecte ; il se plaît à paraître, comme la Sibylle, troublé de fureur; il veut suivre en esclave, aveuglément, le dieu qui l'entraîne; d'ailleurs Pindarc l'a dit (conseil perfide) : les oreilles de la foule sont inconstantes, il faut pour les captiver passer d'idée en idée, comme l'abeille vole de Heur en fleur. Ainsi l'unité du plan est déguisée sous une apparente confusion, et même, c'est à peine si les différentes parties de l'ode sont liées mtr' elles; car la brusquerie des mouvements nous dérobe aussi la transition, ou bien ce n'est, comme dansPindare, qu'un mol*.

Honsard est donc coupable d'avoir ouvert la voie à ces fous de sens rassis qui ont gardé après lui le nom de pindariques ; il est cependant d'eux tous le moins monotone et le moins extravagant. Sous ce désordre calculé , il est aisé de retrouver

1 V. surtout, t. II, p. 48: Ayant creu Montmorency etc. et |>. 115: suit • m camp... $oit en In mer... mer qui a roqneu ta mre... ■

un plan; et quelquefois on croirait reconnaître celui «l'une Olympique ou d'une Néméennc. On peut en juger surtout pur les odes que le poète adresse soit au roi Henri II pour le remercier d'avoir donné la paix à la France, soit à Chabot, seigneur de Jarnac , pour le féliciter d'avoir si adroitement terrassé et vaincu son redoutable rival la Chasteigneraie.

Elles ne sont ni l'une ni l'autre très-simplement conduites, le poète voile à demi sa pensée; on sent qu'il est embarrassé, il suffit de lire Brantôme , pour s'expliquer comment une ode qui est si nette, si fière, lorsque le poète parle de Jarnac, rie son courage, des paroles magnanimes qu'il s'adresse avant de revêtir ses armes, devient timide et vague lorsqu'il faut parler du combat même, de la présomption du vaincu et de sa mort, qui aurait été cruellement vengée, si le vainqueur eût levé la tète avec trop d'orgueil. Mais le roi est, comme Hiéron, un prince libéral, qui ne hait pas la vérité, qui ne dédaigne pas les poètes: quelle crainte secrète, quelle arrière-pensée oblige donc Ronsard à s'engager encore , comme le fait si souvent Pindare, dans les voies détournées?

Il commence par cette maxime que la vertu doit être la compagne de la royauté: Henri la cultive sur le trône. A la gloire qu'il a méritée par son courage , il vient de mettre le comble,

Pour avoir fait reverdir l'aage

Où florissait l'antique paix. •

C'est la paix qui a tiré le monde du chaos et qui règle l'accord des éléments. Aussi Pieu l'a-t-il récompensée : il l'a fait asseoir à la droite de son trône, tandis qu'à sa gauche reste le dieu cruel,

Qui testa le sang dès enfance.

La Paix donna aux hommes les délices de l'âge d'or ; la guerre au contraire détruit les empires. Ainsi péritllion dévoré par les flammes.

Mais, au milieu des ruines fumantes , Phébus révèle à Cassandre l'avenir; et celle-ci prédit à Francus, fds d'Hector, qu'un jour il refondera Troie deux fois, sur le Danube et sur la

Seine. Et Andromaque dérobe aux fureurs de Pyrrhus le père de nos rois.

Puis, la Muse, ramenant dans les ondes prochaines sa barque égarée, chante encore la Paix, qui porte les clefs des royaumes et ouvre les portes des villes ,

Je te salue, heureuse Paix...

Ainsi que les champs, tapissez De pampre ou d'espics hérissez.

Désirent les filles des nues...

Ainsi la France t'attendoit .

Douce nourricière des hommes...

Elle doit ces bienfaits à son roi , elles les doit à Montmorency, prudent conseiller, qui pourtant a connu la disgrâce. Car il n'est pas sur cette terre de félicité qui échappe aux caprices de la fortune. Mais les astres que les nuages ont voilés, brillent, lorsqu'ils reparaissent , d'un éclat plus pur.

La fortune et la vie ne sont rien. La Musc seule triomphe de la mort. Que le roi prenne donc soin de sa gloire; qu'il se défie des flatteurs et des médisants, et qu'il protège les poètes : Ronsard le rendra immortel ,

Par trait de temps les flatteurs meurent .

Mais les beaux vers lousjours demeurent Opiniastres sur les ans.

Il est inutile de poursuivre. Nous avons lu dans la pensée du poète. Le traité conclu entre le roi de France et le roi d'Angleterre n'est qu'un prétexte: Honsard voulait adresser quelques conseils à un roi qui aima trop la guerre ; un épisode lui a permis d'appeler son attention , ses faveurs, sur l'auteur de la Frauda de.

Dans cette ode, Honsard ne suit point Pindare pas à pas; il le reproduit rarement, même dans les détails, d'une façon littérale: on voit qu'il n'a pas besoin de le traduire pour lui ressembler. S'il lui ressemble, est-ce un mérite? Je ne voudrais point le prétendre. Il a sans doute eu tort de se régler sur un modèle, et d'imiter, jusque dans ses défauts, un urand poète qui n'est point parfait. Mais quels que soient les

dangers d'une imitation indiscrète, il faut bien connaître un texte pour l'imiter ainsi, et c'est quelque chose au seizième siècle, d'avoir compris Pindare comme d'avoir compris Homère.

L'ode adressée à Michel de L'Hôpital était peut-être, aux yeux "des contemporains de Ronsard, le plus parfait de ses ouvrages ; Passerai eût donné pour elle - le duché de Milan ; Pasquier la proclame dit nie; Richelet dit que c'est un chef-d'œuvre de poésie. Puis , elle a paru si longue qu'il fallait du courage pour la lire. Ce courage m'a semblé facile; il a d'ailleurs sa récompense. M. Sainte-Beuve n'a pas eu de peine à faire admirer quelques-uns des vers qu'il a cités, et je crois qu'il n'avait pas choisi les meilleurs. L'ode entière mérite d'être étudiée. Elle me dispensera de parler longuement des autres, car elle en résume tous les défauts comme tous les mérites.

Le futur chancelier de France n'était alors que le surintendant de la sœur du roi, la seconde des trois Marguerite. Les deux reines de Navarre, l'une par ses Contes, et l'autre par ses Mémoires , occupent , même dans l'histoire des lettres , une place plus élevée que la duchesse de Savoie; elle y gardera pourtant la sienne aussi; et les vers de L'Hôpital, de Ronsard, de Dubellay n'ont pas laissé périr le souvenir de sa grâce et de ses vertus. L'Hôpital aimait les poètes de l'école nouvelle; Ronsard, par son amour pour les poètes de la Grèce, et surtout par son ambition de donner à la France une poésie plus élevée, devait plaire à ce génie austère, épris des lettres comme des vertus antiques. Il lui avait donné dans la sœur du roi une protectrice : bien plus , il avait pris la plume pour le recommander au cardinal de Lorraine et pour le défendre contre les poètes courtisans dont l'ignorance et la jalousie cherchaient à détourner de lui la faveur du roi. Ronsard n'avait donc pas d'ami puissant qui l'eût mieux servi, ni d'admirateur dont les éloges dussent avoir plus de prix à ses yeux.

Il acquitta noblement sa dette. Parmi tous ces poèmes dédiés au roi, à la jeune Catherine de Médicis, à la duchesse de Berry, aux cardinaux de Lorraine et de Chàlillon, celui où il croyait avoir le mieux donné la mesure de sa science et de

son génie lut réservé à L'Hôpital. C'est lui qu'il propose à l'admiration de la postérité comme l'homme prédestiné qui a défait les soldats de l'Ignorance et ramené sur la terre (ou du moins en France) les Muscs fugitives. L'éloge des Muscs, mêlé à l'éloge de L'Hôpital est donc le véritable sujet de l'ode. Dubellay avait, publié le manifeste de l'école; en voici l'apologie, en même temps que le chef-d'œuvre; apprenons de Ronsard quelles sont ces Muses qui redescendront à sa voix de l'Olympe antique.

Déesses, elles sont filles de Jupiter même. Mais hélas ! pourquoi Ronsard a-t-il lu la Théogonie? Nous saurons les mois de la grosessc, et comment Mémoire, criant Lutine, accoucha le même jour de ses neuf filles. Quoi ! les muses d'Hérodote ! celles qu'Hésiode lui-même vit former leurs chœurs célestes au sommet de lllélicon ! n'était-ce pas assez de dire qu'elles naquirent au pied de l'Olympe? Mais la familiarité même des détails n'est point partout sans charme. Ces enfants, nés au milieu des larmes, on les voit grandir; à sept ans, elles veulent aller voir leur pére et supplient Mémoire de les conduire à lui. M. Sainte-Beuve a remarqué la grâce de ces peintures. La mère répond à leurs enfantines caresses ; elle couronne de violettes leurs cheveux blonds, les parc et se met en route à leur tête. Lorsqu'elles voient la mer pour la première fois , saisies d'eûroi , elles reculent.

Ainsi qu'au bord d'une rivière Un jonc se penche sous le vent.

Mémoire les rassure: ne sont-elles pas les tilles du dieu

Qui seul en sa main immortelle Soustient le foudre rougissant?

lit, leur donnant l'exemple, elle se jette sous ce> ionyucs rides, comme l'arc-en-ciel chargé des messages de Junon, ou

Comme un Cygne qui se plonge Quand il voit l'aigle d'en haut.

Bientôt, les voyageuses arrivent au palais du vieil Océan, qui

renferme, selon la doctrine dos anciens philosophes, les principes de tous les êtres :

Là sont par la Nature encloses Au fond de cent mille vaisseaux Les semences de toutes choses.

Éternelles fdles des eaux.

L'Océan avait convié tous les dieux à un festin ; déjà la première nappe était levée , Phébus chantait.

Jupiter reconnaît avec orgueil ses traits dans ceux de ses filles ; il sait qu'elles chantent aussi et veut les entendre ; la lyre passe des mains de Phébus dans les leurs. Elles chantent, sur trois modes, la querelle de Neptune et de Minerve, le goufre béant où les Titans expient leur orgueil , puis (c'est alors que la plus grosse corde tonne jusqu'aux cieux) le combat des dieux et des géants : la lutte est furieuse , longtemps indécise ;

Un cri se fait, Olympe en tonne.

Othrye en bruit . la mer tressaut .

Tout le ciel en mugle là haut , Et là bas l'Enfer s'en estonne.

Mais Jupiter arme sa foudre , fait trembler le monde jusque dans ses fondements et frappe ses ennemis. Ce bel hymne de victoire finit la douce chanson des Muses, épisode heureux, naturel, et qui permettrait au poète de cueillir, comme il se l'était proposé, dans les champs de la Grâce ou sur les bords de Dircé , quelques-unes des plus belles fleurs de la fable el de la poésie antique. Le cadre est ingénieux, le sujet des chants convenablement choisi, et, si la langue ne trahissait pas le poète, les Muscs de Ronsard ne nous charmeraient pas moins que Mentor sur le vaisseau d'Adoam ou l'aveugle Homère dans Y hospitalière Sicos.

Elles charment les dieux qui les écoutent ; Mars s'est endormi; Jupiter sourit, et commande à ses filles de lui désigner la récompense qu'elles jugent digne d'elles et digne de lui. Ainsi la poésie va dire elle-même ce qu'elle veut être, à quel mie elle prétend, quels honneurs elle réclame des hommes.

Konsard ucA pas indigne de lui servir d'interprète ; il met dans la bouche de Calliope , qui parle au nom de ses sœurs , un langage plein de noblesse et plein de grâce :

Donne-nous, mon père, dit-elle.

Père, dit-elle, donne-nous

Que nostre chanson immortelle

Tousjours soit agréable à tous.

Fay-nous princesses des montagnes.

Des antres . des eaux et des bois .

Et que les prez et les campagnes

Késonnent dessous nostre voix.

Donne-nous encor davantage.

La tourbe des chantres divins.

Les poètes et les devins

Et les prophètes en partage.

Elles veulent rendre les oracles , connaître l'avenir, le cours des astres qui dansent par les deux, et demandent qu'à leurs voix (divin mystère!) lame puisse s'échapper des liens du corps (ce bourbier!), et que les rois même ne soient honorés que s'ils les révèrent et s'ils ont mérité qu'elles leur rendent hommage :

Fay que les Bois décorez De nos présens honorez Soycnt aux hommes admirables .

Lorsqu'ils vont par la cité.

Ou lorsque, pleins d'équité.

Donnent les lois vénérables.

Tel est l'héritage que les Muses réclament de Jupiter : honorées des rois et des peuples, elles régneront sur la nature et sur l'àme; la nature leur offre ces paisibles retraites que rêve Virgile:

Flumina amem silvasque...

à leur voix , l'âme déchue se purifiera de ses souillures et se souviendra de sa céleste origine. Ainsi marqué, quel rôle ost aussi noble que celui des Muses?

Voslro mesticr. race gentille.

Les autres mestiers passera...

Jupiter le veut : les premiers honneurs sur la terre appartiendront à la poésie, parce que la poésie n'est pas un art humain, c'est un don du ciel; les vers viennent de Dieu. Ainsi ceux que Dieu n'a pas élus s'épuiseront en vains efforts, tandis que le poète saint transporté par la fureur divine, soudaine comme la foudre, chante

Sans art. sans sueur, ne sans peine.

Son cœur est un temple où l'inspiration descend par les anneaux d'une chaîne mystérieuse : Jupiter ravit à lui l'esprit d'Apollon , Apollon celui des Muses , les Muses celui des poètes , destinés à ravir à leur tour la foule estonnéc.

Seulement il faut que leur cœur ne soit souillé par aucun péché ; un vase impur profanerait le don céleste ; mais , dès qu'il aura été lavé par l'eau sainte, le poète

Tout ravy d'esprit chantera Un vers en fureur, qui fera Au cœur des hommes sa demeure.

Et il ira parmi les peuples, interprète de la volonté des dieux: souvent les peuples diront qu'il est insensé, et L'abreuveront d'outrages ; mais un génie invisible le suivra , comme un serviteur, pour veiller sur l'envoyé que le ciel inspire et protège.

Après Villon, après Marot et Saint-Gelais, quelle nouveauté d'entendre ce jeune homme parler dans un tel langage de l'origine, du caractère sacré, de la divine mission de la poésie! Quelles idées et quelles images! Horace et Boileau n'atteignent pas à cette hauteur. Platon seul a parlé ainsi de la puissance et de la sainteté de l'inspiration. Il faut remonter jusqu'à Eschyle et Pindare, jusqu'à Hésiode, pour entendre la poésie, devenue le passe-temps d'une cour frivole, proclamer qu'elle est Y institutrice des peuples; et voir les Muses, livrées durant l'intervalle à tant de futiles et d'impies caprices, se souvenir qu'elles ne sont descendues des nuages qui enveloppent le sommet de l'Hélicon que pour enseigner la vérité, le passé et l'avenir.

11 est difficile de n'être pas louché lorsqu'on entend le poète,

comme s'il était saisi lui-même d'un religieux respect à la vue de ces Muses antiques, replacées par lui sur leur autel prov Ihnc, s'interrompre et les supplier de secouer son âme assou-

pie, de révéler à ses regards les secrets des cicux, pour qu'il atteigne , dans sa Franciade, comme dans cette ode, à la perfection.

Cependant Jupiter a renvoyé les Muses chanter sa gloire sur la terre ; après l'origine de la poésie , Ronsard en raconte l'histoire, récit rapide, dont sans doute on n'exigera pas qu'il soit complet, ni qu'il aille au fond des choses : Ronsard traduit celui d'Horace et le continue. La poésie a eu trois âges. A l'origine des sociétés , voisine encore du ciel , inspirée , mystérieuse , par la voix des Sibylles elle rend des oracles ; elle dicte des lois aux peuples ; elle honore les palais des rois ; elle échauffe l'enthousiasme des guerriers. Aux devins, aux législateurs, aux prêtres tels qu'Eumolpe, Musée, Orphée, Linus, Ronsard joint encore Homère et Hésiode, divins comme eux , car leurs vers composés sans art ne sont encore que l'expression naïve de la nature. Ils sont admis aux entretiens , aux secrets des dieux,

Si que paissant par les campagnes

Les troupeaux dans les champs herbeux .

Les Démons et les sœurs compagnes

La nuict s'apparaissoient à eux .

Et loin . sur les eaux solitaires .

Carolant en rond par les prez ,

Les promouvoient Prestrcs sacrez

De leurs saincts orgieux mystères !

La poésie du second âge est une poésie dégénérée, purement humaine; elle commence avec Eschyle, et Ronsard a le tort de la conduire , au-delà de Théocrite et d'Apollonius , jusqu'à Lycophron.

Aux poètes d'Athènes et d'Alexandrie succèdent les poètes de Rome ; chez les Romains ce n'est plus l'âme qui est inspirée: c'est seulement la main qui est habile, mais si habile

Qu'cncor le fredon de leur vois Passe l'honneur de leur empire.

Ce beau trait était nécessaire ; Ilotisard avait fait peu (l'honneur à Virgile, et beaucoup trop à Lycophron.

Caprice bizarre! il aimait cet obscur poète parce qu'il avait aussi chanté une Cassandre. D'ailleurs, en maint endroit de ses œuvres, on le voit confondre dans son admiration les poètes Grecs de la décadence avec leurs illustres maîtres. La finesse de son goût l'amène , comme on le voit dans ce passage , et comme le prouve l'étude attentive de ses vers , à distinguer de la perfection des Grecs ce que Boileau appela plus tard la faiblesse latine; et elle ne l'empêche pas de réunir le nom de Caltimaquc à celui dePindare, ceux d'Apollonius de Rhodes et d'Aratus à celui d'Homère. Plus tard , on saura distinguer d'Athènes non-seulement Rome, mais Alexandrie. Si Ronsard n'a pas nettement senti la seconde de ces différences , il faut admirer qu'il ait saisi la première. Combien y a-t-il de temps que , dans le domaine voisin des arts plastiques , la critique contemporaine a cessé de confondre avec les chefs-d'œuvre de Phidias Y Apollon du Belvédère et le Imocooh? Ronsard n'a pas jugé les Grecs plus mal que Winkelmann : entr'eux , il lui arrivera d'égarer ses préférences; mais il sait les préférer à tout le monde.

Après la décrépitude , viennent l'agonie et la mort. L'ignorance des princes et des peuples néglige, persécute la poésie ; les barbares se jettent sur l'empire; au fracas, à la lueur des armes,

Haletantes de frayeur.

les Muses cherchent au pied du trône de leur père un asile qu'elles demanderaient vainement aux ruines fumantes du monde Romain.

Au milieu de la grossièreté du moyen-âge, nous avons appris à retrouver, même sans parler de ce qui fit sa propre originalité, le souvenir impérissable du passé, un pressentiment mystérieux de l'avenir; après l'antiquité, c'est le crépuscule; c'est l'aube avant la Renaissance: Ronsard n'y voit qu'une longue nuit ténébreuse; ce qui s'est fait en France avant lui, il le dédaigne; ce qui s'est fait en Italie, il l'ignore

en partie , car il paraît avoir peu connu Dante , ou il l'oublie à dessein ; son sujet exige qu'il passe sous silence Pétrarque et les Mêdicis : car pour amener les Muses en France, ce n'est pas en Italie qu'il va les chercher avec L'Hôpital , c'est sur l'Olympe même.

En effet , exilées de la terre , les Muses font les délices du ciel. Mais Jupiter veut qu'elles retournent parmi les hommes, cette fois pour ne plus les quitter ; et , comme leur effroi ne s'est pas dissipé , il veut leur donner un bon guide , un bon protecteur qui les y reconduise. Et il se rend avec elles dans la demeure

Dfs Parques filles de la nuit

Ronsard nous peint les trois déesses , peinture vigoureuse , d'une austérité et d'une tristesse singulières; les expressions ont vieilli ; il y en a une qui parait faible au milieu des autres : elles ont, dit le poète, le front renfrogné de grosses prunelles. Passons renfrogné qui n'était pas trivial au seizième siècle ; du moins il faudrait aux sinistres déesses les yeux creux que Télémaque vit étinceler sur le pâle visage de Pluton. Mais, à voir, assises en rond, les trois sœurs dont une guirlande de chêne , mêlée à des bandelettes blanches , couronne le chef tristement vieillard , et leur fuseau d'airain au pezon taché , ètoillè de rouille, et le coffre où le temps jette leur ouvrage de la '» 'irnée , on se souvient non de Platon , ni de Catulle, mais ; 'ant cette description est saisissante, des Parques au ho... riué de Michel-Ange.

Il est temps de finir : Jupiter reçut de la main des Parques le fuseau de la vie de L'Hôpital, il prit le limon, pétrit de ses mains le corps, l'anima de son souille. Confiées à ce guide qu'a choisi leur père, les Muses peuvent sans crainte redescendre sur la terre ,

Ainsi qu'on voit entre les nues De rang un escadron voler Soit de cygnes ou soit de grues.

Suivant leur guide parmy l'air.

El le poète , en dépit des envieux , chante les vertus de cet

homme do bien ,

L'ornement de nostre France,

que son amour pour la vérité et la justice élèvent au-dessus des anciens sages. Juge incorruptible , orateur et poète luimême , protecteur des Muses , il a mérité la faveur de Marguerite et la noble couronne que Ronsard a tressée pour sa tête aux bords de la source thébaine.

Il me sera maintenant permis de le dire : il y a , entre Ronsard et le modèle qu'il se proposait en écrivant ses odes , d'autres rapports que l'imitation ou la reproduction de quelques détails; et ce n'est pas un caprice d'écolier, un amour-propre irréfléchi , le désir d'être comparé au plus illustre poète lyrique de l'antiquité, qui l'ont déterminé à marcher sur les traces de Pindare : il était attiré vers ce maître, si cher à sa jeunesse par une sorte de sympathie irrésistible. D'Homère, il n'a que ce qu'il lui emprunte; quant à Pindare, j'ai déjà remarqué qu'il lui ressemble; cela prouve au moins, en ai-je conclu, (ju'il l'avait compris ; c'est dire trop peu , il a quelque chose de son génie.

Dans le caractère de l'un et de l'autre , le principal trait , c'est la fierté ; chacun est fier de sa naissance , de sa patrie , de son génie, du rôle surtout auquel Dieu l'a destiné. On vient d'entendre ce que Ronsard pensait de la poésie , de ses devoirs comme de sa dignité. H ai' fis les arts*, il a chanté Janet ", le peintre des Valois, -et, l'architecte du Louvre 3 ; mais la peinture et l'architecture, comme la musique, ne suivent que de loin la poésie. La lyre est plus noble que l'épée , vénérable et sainte comme le sceptre des rois. C'est que la lyre est inspirée; Pindare aussi exprime un dédain

1 Phébus Ta fait: poète de nature, Aime-musique, ensemble aime-peinture. — 1 Un seul Janet, honneur de nostre F rance. — Muret commente : « homme sans runtroversc premier en son art, » et plus loin : « qui pour représenter la nature a passé tous ceux de nostre aago en son art. » — 3 Un livre des Poèmes de Ronsard est dédié à P. l'Escot, seigneur de Clany. Dans ses œuvres, il est aussi question «les Craces de G. Piilon, très-souvent des peintures de Dcnizot comme de ses poèmes ; j'y ai vainement cherché le nom de J. Goujon.

— un -

superbti pour ceux qui doivent leur talent à l'étude, et, comme on se vante du nom de ses pères, il se glorifie de tenir tout ce qu'il est de la nature.

Venue du ciel , la poésie fuit les chemins frayés ; elle ne Rabaisse pas à mendier la faveur du vulgaire , quelle méprise ; elle vit dans la solitude, en face de la nature ou près du troue; les rois l'admettent à leur table et s'honorent de la proléger, ils ont besoin de ses éloges : le respect des peuples, le respect de la postérité est à ce prix ; les noms s'effacent , les statues. même périssent, les vers seuls donnent l'immortalité. Aussi ne craint-elle pas de réclamer les honneurs en échange de ses présents; c'est une récompense qui lui est due , une dette que Henri 11 doit acquitter comme Hiéron. A ce marché qui gagnera? le roi sans doute. 11 est accusé d'ingratitude, si le poète se plaint de sa pauvreté.

D'ailleurs , même parmi les courtisans , et sous la main d'un maître dont il attend sa fortune , le poète sait garder sa dignité, parce qu'il mêle à ses éloges de nobles conseils. On ne lui refuse pas , ou il sait prendre le droit de remontrance. C'est lui qui met le monarque en garde contre l'ivresse de la \icloire et les entraînements de la flatterie, il le rappelle à 'a modération . à la justice, à la clémence; Honsard n'a point failli à cette noble tâche , et , bien qu'il ait prodigué la flatterie , il faut lui rendre ce témoignage qu'il a su dire la vérité à trois rois et à tous les partis.

Comme Pindarc, il veut qu'on parle dignement de Dieu, il est jaloux des intérêts et de l'honneur de sa patrie. A chaque vers, les odes des deux poètes respirent leur enthousiasme pour la gloire. Sans cesse elle est sous leurs yeux , sans cesse ils la célèbrent. La vie est une carrière ouverte, où, comme fi Olympie et à Delphes, de généreux émules se la disputent; le monde la promet au courage, au génie et à la vertu ; Dieu a chargé le poêle de tenir la promesse du monde; sa tache «•si de ne pas laisser périr les noms qui méritent de vivre, et il remplit sa tâche avec joie, car son cœur tressaille au souvenir de la victoire, et ce qui est beau, ce qui est grand, inspire à son âme un respect qu'il ne saurait cacher. Mais

la gloire qu'il dispense aux autres, il la veut aussi pour luimême; il se la promet; et, devançant la justice de la postérité, il se couronne de ses propres mains. Pindarc avait donné à Ronsard l'exemple de cet orgueil ; lorsque le poète parle de lui-même, avec cette présomption naïve qui d'abord révolte ses contemporains, et de ses rivaux ou de ses envieux avec un si profond mépris, il traduit simplement son maître : Mellin de Saint-Gelais a pris la place de Bacchylide. Seulement Ronsard fut plus malheureux : quelques odes échappées aux ravages des siècles, suffisent à la gloire de Pindare; Ronsard a presque survécu à la sienne.

On comprend qu'inspiré par les mêmes sentiments , Ronsard ait eu quelquefois le style de son maître; aussi les odes pindariques ne méritent-t-elles pas, malgré tous les défauts qui les déparent , l'oubli complet où elles sont tombées ; les beautés de premier ordre qu'on y trouve éparses semblent les mettre au-dessus de la Franciade; elles trahissent moins que cette longue œuvre incomplète la lassitude et l'impuissance, on y sent mieux l'inspiration, et cette libre expression des sentiments personnels qui , même sous l'imperfection de la forme, prête aux ouvrages de l'esprit un charme qui ne vieillit pas.

De fort bonne heure cependant , Ronsard renonça aussi à ce genre qu'il avait créé, et, dans le long recueil de ses odes, on ne trouve que quatorze odes pindariques, toutes datées de sa jeunesse. Dès l'origine , il avait suivi les traces d'Horace en même temps que celles" de Pindare; puis, lorsqu'en 1554, Henri Estienne retrouve et publie l'Anacréon, il dispute à Belleau la gloire de l'odelette. Ainsi, après ces chants si doctes et si graves , on le voit chercher des sujets plus gracieux et des formes plus simples ; nous y avons gagné ces aimables stances adressées à Gassandrc, à l'aubépine, à l'hirondelle, à la forêt de (jastine , à la fontaine Rellérie, et Y Amour captif, et Y Amour mouille, ces petits chefs-d'œuvre si pleins de grâce et de fraîcheur, qui sont encore gravés dans toutes les mémoires.

L'épode a disparu; les strophes plus courtes, mieux coupées, toutes semblables entr'elles, ont un rhythme sensible

pour l'oreille , une harmonie qui la charme encore aujourd'hui , qu'on ne les chante plus. Quelques-unes des plus piquantes lui avaient été indiquées par ses devanciers; il se les est appropriées par l'heureux usage qu'il en a fait; il en a imaginé d'autres qui sont aujourd'hui consacrées, et, depuis qu'il a renoncé à l'épodc pindarique, à la strophe saphique, aux vers mesurés , la poésie lyrique lui doit une partie des mètres dont elle aime le plus à se servir.

Est-ce à dire que , peu à peu , découragé par les critiques, il se soit pris à aimer mieux Horace que Pindare, et que nous devions le féliciter de l'avoir fait? Non, il ne désavoue point ses préférences ; quoi que prétendent ses détracteurs, il aime à redire que sur les pas de Pindare il ne s'est point égaré. Et avec une admiration mêlée de quelque envie, il rappelle ces belles fêtes d'Olympie où les poètes , lorsque la lune

Ardoit le voile obscur des Cieux .

Avec les flûtes doux-souflantes .

Et les trompettes esclatantes , Célébroient les victorieux.

Là , chanta Pindare après Archiloque ;

comme une eau débordée Ou comme la foudre guindée Sur la nue au mois le plus chaut S'esclata ceste voix Dircée Qui par l'air s'est si haut poussée Que nulle n'a bondy plus haut. .

Aussi nul chant ne s'accomparc Au chant courageux de Pindare...

Après trois mille ans, son nom et ses vers vivent encore; on ne lui reprochait pas de mêler son éloge à l'éloge des athlètes couronnés; ses odes étaient plus désirées que des statues; elles étaient écrites en lettres d'or dans les temples. Ah ! Ronsard a comme lui des envieux : que n'a-l-il le même bonheur et le même génie?

Que pleusl a Dieu qu'à sa bautesse

FlISt égale ma petitesse,

Et mes vers a ses chants nerveux!...

Ce ne sont plus les mêmes strophes ; c'est la même lyre , la lyre dorée des Pythiques, celle qui, sous la main de Phébus et des Muses, prélude aux chœurs, fait tomber de la main de Jupiter la foudre éteinte et charme l'aigle qui soulève à demi les ailes et ferme ses yeux perçants. Ce sont les mêmes images, les mêmes fables : dans l'ode horatknnc comme dans l'ode pindarique, Catherine de Médicis est une autre Cyréné qui dompte les monstres. Partout il se souvient de Pindarc, comme d'Homère ; il le nomme , il le traduit , il veut chanter comme il chantait; il en a laissé le rhythme, mais, dans toutes ses odes sérieuses, quelle qu'en soit la forme, il a gardé le ton de son langage et comme l'accent de sa voix.

Même lorsque sa main capricieuse fait babiller les cordes les moins graves de sa lyre d'ivoire, on sent encore qu'il l'avait étudié. Il lui doit dans ses odes légères, non la grâce, non la finesse, mais la vivacité du coloris, et je ne sais quelle noblesse dans le badinage que Marot n'a point connue et qu'Horace même n'a pas enseignée à Dubellay.

Fénelon conseille à ceux qui veulent sentir l'éloquence de l'Ecriture , la lecture des Grecs , comme une source pure à laquelle ils puiseront le goût de la simplicité et celui de la grandeur. Il trouve qu'Homère prépare à la sublimité des cantiques: qui prépare à celle des psaumes, si ce n'est Pindare? En effet, c'est lui qui apprit à nos poètes à les traduire. Comparons aux psaumes de Marot ceux de Malherbe: un demisiècle à peine s'est écoulé , et ce n'est plus la même façon de sentir, ni la même langue. Comme Marot est languissant! comme ses vers manquent de nombre et de couleur! Pour passer de la sécheresse de cette prose rimée à l'éclat, à la majesté de celte poésie, il faut que l'histoire nous montre une transition : ce sont les odes pindariques de Ronsard.

Page 1