JOACHIM DU BELLAY A ROME
quelle solide amitie l’unissait au poete vendomois, depuis que, l’ayant rencontre, probablement a la fin de i5q7, il avait consenti a s’enfermer avec lui au college de Coqueret.
L’eloignement ne fit que fortifier la tendresse de Joachim pour Ronsard. De Rome, il suivait avec une joie emue la renommee croissante de son ancien compagnon, choisi, on s’en souvient, comme laureat par l’Academie des Jeux floraux de Toulouse. Il celebrait la nouveaute des Hynines parus en x 555. A celui qu’il nommait « la moitie de son ame » , il conseillait les grandes ambitions; il l’encourageait a donner enfin a la France une epopee \
Mais si Joachim continuait a vivre par la pensee avec son grand ami frangais, il multipliait aussi de bons rapports avec les beaux esprits italiens. Il recherchait 1 ’amitie des erudits et des poetes que comptait le monde romain. Nous aurons occasion de parler plus loin de ses relations avec Annibal Caro. Ce poete venait justement de composer, en l’honneur de la France et de la famille royale, une canzone dont on parlait odors beaucoup :
Venite a l’ombra de’ gran gigli d'oro,
Care Muse . . .
A Fulvio Orsini Joachim dedia deux sonnets des Regrets. A d’autres il adressa d’hyperboliques compliments latins. Entre Lelio Capilupi et lui existaient des rappo Us d’amitie. Mais, avant meme de connaitre personnellement cet humaniste, du Bellay avait pour lui une vraie admiration. De la vint au jesuite Antonio Possevino une aimable pensee; publiant les centons virgiliens de Capilupi, il les placa sous les auspices du poete francais \
1 H. Chamard, Joachim du Bellay, pp. 37, 332. “ II. Ciiamard, Joachim du Bellay, pp. 341-346.
Dans ses entretiens avec tant de confreres en poesie, du Bellay n’oubliait pas, a coup sur, la Pleiade. Comme Denys Lambin, il brulait dun veritable patriotisme litteraire. En 1549 avait vu le jour sa Dcffcncc ct Illustration de la langue frartgoise, ou apparait nettement le desir d’atteindre, en litterature, au prestige de cette Italie, dont le fier dedain faisait souffrir notre du Bellay. Vers le raeme temps, il ecrivait ailleurs : « Certes. j’ay grand honte quand je voy le peu d'estime que font les Italiens de nostre poesie, en comparaison de la leur. » Il redigea la Deffence, niais elle etait le manifeste de la nouvelle ecole tout entiere \ Elle repondait, en outre, au sentiment intime de bien d’autres Franqais qui, sans pratiquer l’art des vers, revaient, pour le Parnasse national, un avenir triomphant. Elle traduisait a coup sur la tristesse, sans doute, mais aussi l’espoir tenace et confiant de quatre jeunes compatriotes que nous trouvons en Italie au temps de Joachim du Bellay. Ils s’appellent Claude Fauchet, Olivier de Magny, Jean de Pardaillan, Henri Estienne.
Claude Fauchet, le futur auteur du Recueil dc I’origine de la langue frangoise , fut connu, des sa jeunesse, comme admirateur de Ronsard. En 1 556, il figure avec lui, Jodelle et Pasquier, dans un dialogue intitule Ronsard on dc la Po'csie. L’annee precedente, il avait franchi les Alpes a la suite du cardinal de Tournon et seconde activement la mission diplomatique de ce prelat a.
Olivier de Magny et Jean de Pardaillan, notaire de Pangeas, sont deux poetes. Ils entretiennent avec Ronsard les rapports
1 H. Chamard, /. du Bellay, pp. 99 et suiv. ; — la 2° Preface de YOlivc.
2 Sur Fauchet, cf. P. Laumonier, Ronsard, poete lyrique, p. 297, n. 1, — J. Simonnet, Le president Fauchet, sa vie et ses ouvraqes, ( Revue historique du Droit frangais, 1864, t. IX).