‹ Ronsard en ItalieChapitre 11 sur 113 · MAGNY ET H. ESTIENNE EN ITALIE · texte numérisé non relu

MAGNY ET H. ESTIENNE EN ITALIE

les plus cordiaux. Des i553, ils faisaient partie, l’un et l’autre, dc la Brigade. Magny publia ses Amours eii i553 ; Ronsarcl composa un sonnet pour ce recueil. En revanche, c’est probablement a Magny que Ronsard emprunta l’idce de reimpr inter (i 554-1 557), sous le nom de Gayetes, sept de ses Folastreries \ Non seulement, Ronsard adresse a Pangeas une odelette du Boccagc de 1 554, mais, en mars de la meme annee, il le nomme dans l’apostrophe bien connue adressee au page Corydon :

Fay moi venir d’Aurat icy,

Paschal et ir.on Pangeas aussi...

Je vois boire a Henry Estienne,

Qui des enters nous a rendu Du vieil Anacreon perdu La douce lyre Teiennc * 3.

Henri Estienne venait, en effet, de publier, a Paris (1 554) les Odes d’Anacreon (texte grec, traduction en vers latins), et aussi des opuscules de Denys d’Halicarnasse. Deux epitres precedaient ce dernier recueil. L’une etait adressee a Odet de Selves. Get ambassadeur avait aimablement accueilli Henri, lors d’un sejour que le jeune helleniste fit chez les Aides (i552). Henri avait anterieurement passe trois ans (1 547-1549) dans les villes de Naples, Rome, Florence, Venise. II retournera dans la Peninsule en 1 555. Cette fois, il se partagera entre l’etude et les affaires publiques. Le registre des prets de la Bibliotheque Saint-Marc

1 P. Laumonier, Ronsard, poctc lyriquc, pp. 131, 105, 132 n. 8.

3 P. Laumonier, Ronsard, poAc lyrique, pp. 121, 131, 137, 138, — Ronsard, CEuvres, t. ir, p. 434, t. vu, p. 258, — G. Ribier, Lettrcs et Mcmoircs d'Estat, des Roys, Princes, Ambassadcurs et aufres Ministres, sous les regnes dc Frangois I ", Henry II ct Francois II, Paris, 1 666, t. II, pp. 517-518.

mentionne les emprunts qu'il fit a cet etablissement le 20 juin et le 2 octobre de cette annee. D’ autre part, il fut charge par Odet de Selves d’une mission secrete a Naples. II la remplit fort bien, non sans courir des risques dont le sauva sa connaissance de l’italien.

Des cette periode de sa vie, Henri Estienne etait en rapport avec des erudits italiens. II en connaissait probablement plusieurs pour les avoir vus chez euz, chez l’ambassadeur, chez les Aides. II avait peut-etre echange des lettres avec quelques-uns. II s’etait concilie les bonnes graces de Giovanni della Casa et de Pietro Vettori en leur rendant de publics hommages. En 1 567, il dediera son edition de Parrhasius a Castelvetro ’•

Ronsard ne pouvait que gagner a ce commerce d'Estienne avec une elite italienne. Estienne n'avait-il pas deja cet amourpropre national si chatouilleux, qui l’entraina plus tard a de terribles attaques contre l’ltalie? Allait-il negliger de vanter a ce pays nos meilleurs poetes? Les raisons confessionnelles qui lui inspireront, un jour, quelque froideur pour Runsard n’existent pas encore : le chef de la Pleiade ne prit, en effet, ouvertement parti contre les Huguenots qu’en i562. Auparavant le celebre imprimeur pouvait, dans ses conversations, exprimer librement, en faveur He Ronsard, l’estime qu’il lui manifestera plus tard dans la Precdlcncc et aussi dans la preface d’un dialogue De bene instituendis grcecce lingua studiis (i5S7). On y lit ces mots :

l*-n I5SS, H. Estienne publie, a Venise, chez Aide Manuce, avec une lettre a Giovanni della Casa, sa traduction latine des idylles de Moschus, Bion, Theocrite. Une des deux epitres qui accompagnaient ses opuscules de Denys d’Halicarnasse etait adressee a Pietro Vettori (Paris, 1554).

ERANTOME EN ITALIE

« Ronsard et du Bellay. . . qu’il faut placer, surtout le premier, parmi les poetes les plus remarquables \

ijc

Brantome franchit les Alpes un peu plus tard que les Francais cites plus haut.

On ne s’etonnera pas de le voir figurer ici 11 s’est fait un 110m corame auteur de Memoir cs et de Vies. II fut aussi poete, du moins en son printemps, poete mediocre, a la verite. II a, en effet, laisse un manuscrit dont voici le titre : Recueil d ' aide lines ryrnes de mes jeunes amours, que j’ay d’aultres fois composees idles quclles. Ses mocleles, il nous les indique des ses premiers vers :

Ne penses pas de lire icy des vers Si bien lirez que peut faire un Jodelle Ou un Ronsard qui, d'une aisle immortelle,

Se sont poussez par dessus l’univers.

II adresse deux sonnets a Ronsard, et lui exprime un enthousiasme voisin du fanatisme \ Dans la suite, il parlera plusieurs fois encore du chef de la Pleiade, qu’il connaissait personnellement, mais il le fera en prose 1 * 3.

L’ltalie tente une premiere fois Brantome en i558. Il la parcourt durant une annee el demie. On le trouve a Florence, a Rome, a Capone, a Naples. Il salt ecouter, mais il interroge aussi beaucoup et ne dissimule p.as ses pensees. Il ne manque, sans

1 Maittaire Michel, Stephanorum kistoria vitas ipsorum ac libros cotnplectens., pp. 210, 21 1, 285, 212, 226, 230, 262, 209, 233, 283, — L. Clement, Henri Esticnnc ct son oeuvre franraisc, pp. 160, 201, 220, 468.

■ CEuvres completes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, t. X, pp. 393 et suiv.

s Id., t. II, p. 241, t. VIII, p. 34, t. IX, p. 1 13.

doute* pas de vanter son poete prefere. II peut notamment se fare le heraut de cette gloire devant Madame del Gouast et ses filles, qui le regoivent a Naples, lui et plusieurs autres de ses compatriotes, avec un empressement reste vivace dans sa memoire \

Six ans plus tard, Brantome retourne en Italic, mais cette fois, comme guerrier.

Make est menacee par les Tttrcs. Une petite armee franqaise franchit les Alpes. Elle comprend huit cents soldats. Trois cents gentilshommes les encadrent, jeunes hommes desireux de courir des aventures. Brantome est des leurs. II sejourne ainsi plusieurs mois a Aiilan, s’arrete a Rome, gagne Naples ou il ravive des relations personnelles precedemment nouees. II reste a Malte jusqu’au moment ou les ennemis attendus semblent avoir renonce a leur entreprise. A son retour, le voici a Rome, oil ses compagnons et lui ont des rapports suivis avec le monde pontifical. A Venise, il entend chez un libraire les propos les plus flatteurs pour Ronsard : nous les rapportons plus loin. Il s’attarde a Milan un mois, puis gagne Turin, ou il se presente chez le due de Savoie et la duchesse Marguerite. Elle faisait, dit-il, un accueil si empresse aux gentilshommes frangais « qu’ils en avoient honte ». C’etait, nous le verrons bientot, une des grandes protectrices de la Pleiade 2.

Avant Brantome des raisons d’ordre militaire avaient deja appele de 1’autre cote des Alpes deux grands admirateurs de Ronsard.

L. Lalanne, Brantome, sa vie ct ses ccri'is, pp. 19 et suiv. 5 Id., pp. 93 et suiv.

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