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LA VILLANELLE

l’etranger \ Qu’il eut connu et meme etudie Ronsard, soit, on l’admettait, a une condition toutefois : quand il s’inspira dxi poete francais, il n’avait pas le sentiment d’importer en Italie des metres exotiques et d’innover ; il se bornait a rafraichir dans sa memoire le souvenir qu’y avaient laisse d’anciens canzonieri italiens a.

C’etaient la de pures chicanes. E11 i9o7, MUe Clementina Moneti contribua, pour sa part, a les affaiblir. Son livre, La Canzonetta, ne se degage peut-etre pas encore assez des tendances captieuses signalees plus haut1 2 3. En revanche, la connaissance approfondie du sujet 11’y manque pas, non plus que les conclusions instructives. Une these surtout en ressort assez canvaincante. Lorsque le bon grain de la Pleiade fut seme en Italie, il y tomba sur une terre preparee a souhait. Autour de Chiabrera jeune, vivait, sinon en pleine prosperity, du moins non sans honneur, un genre de poesie musicale populaire ou semi-populaire, la villanelle, qui admettait des vers de longueur variee, des vers tronques, des vers a nombre pair de syllabes. L’exemple de la Pleiade servit a Chiabrera pour elever la villanelle a la dignite de genre litteraire. Il y apporta toutes les

1 Alberto Aldini, La Lirica ncl Chiabrera, Livorno, 1887 (cf. le compte rendu de ce livre par G.-A. Venturi, dans le Giornale storico della lett. ital., t. XI, p. 433), — Mario Menghini, Tommaso Stigliani ( Giornale ligustico d'archcologia, t. XVII, 1890, p. 370 suiv.), — A-G. Barrilt, Gabricllo Chiabrera dans Nuova Antologia, t. 71, 1897, p. 412 suiv. — Voir aussi N. Giuliani, Ansaldo Cebd, dans Giornale ligustico, X, 1883, p. 417 suiv.

2 T.-T. Castelli, La Lirica e I’epopea di Gabricllo Chiabrera ( Cro naca del R. Liceo Chiabrera in Savona, nell’ anno scolastico, 1877-78, Savona, 1879.

3 La Canzonetta, en particular le cap. n et et p. 106.

variations qu’un gout plus raffine, un art plus delicat et aussi le desir de la nouveaute devaient lui suggerer.

Un livre que rend precieux la surete d’une riche erudition accueille cette theorie, mais en la mettant au point. C’est le Chiabrera de M. Ferdinando Neri, si souvent cite par nous et si digne d'eloges 1. Dans les recueils musicaux du xvie siecle, dit le savant professeur de Turin, les chants populaires occupent une place, qu’on ne pent dire preponderante. Mais avec eux se marque lavantage d’une structure plus facile, grace a 1’emploi, encore rare cependant. des vers pairs, grace aussi a l’admission du vers tronque dans les refrains. Enfin Chiabrera vint. Non seulement il instaura l’usage resolu des vers pairs, mais il les alterna en des combinaisons precises qui correspondent a celles de la Pleiade, et il assigna au vers tronque quelques places fixes, en s’autorisant de l’experience acquise par les poetes franqais dans le maniement des deux sortes de rimes masculines et feminines. Sans hesitation ni ambiguite, M. F. Neri enumere les emprunts que Chiabrera fit a notre versification.

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Une enviable prosperite favorisa, bien au dela du settecento, cet heritage de Ronsard. Il serait oiseux de montrer comment les rythmes des poetes italiens du xix° siecle se rattachent a ceux du chef de la Pleiade. Nous mentionnerons seulement un detail.

On connait bode Alla rinia, qui sert de prologue aux Rime nuove de Carducci :

1 F. Neri, 1 1 Chiabrera e la Pleiade francese, pp. 96-97.

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