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LA NOUVELLE FRANQAISE EN ITALIE

cheres a Ronsard ou developpaient les themes mis a la mode par lui, combien pen avaient conscience d’etre un reflet de sa personne ! » Soit, reconnaissons-le : l’influence de Ronsard etait anonyme. Mais elle n’en permettait pas moins a la France de collaborer a l’oeuvre poetique de nos voisins. Aucun autre de nos ecrivains nous procurait-il un avantage analogue? Ni les gouts du public, ni les exigences de l’lnquisition ne favorisaient alors notre litterature en Italie.

Les romans moraux de Jean Pierre Camus, eveque de Belley, furent traduits dans la langue de ce pays, des les environs de 1635 \ Quoi d’etonnant? Ils se conformaient bien au proselytisme du Concile de Trente et visaient a l’edification des fideles. En revanche, la nouvelle franqaise demeura longtemps une inconnue en Italie. On comprend pourquoi. Elle etait de facture italienne ou espagnole, tout comme les recits qui se publiaient a Venise ou a Milan. Elle n’offrait done a nos voisins aucun agrement nouveau 1 2. L’ Arcadia in Brenta procedera, il est vrai,

1 Adolfo Albertazzi, Romanzieri e Romansi del cinquecento e del seicento, Bologna, 1891, p. 161 suiv.

" Tantot la nouvelle italienne du cinquecento et du seicento est un bref recit de faits tout simples ; elle hante le peuple plus que la noblesse , elle parle volontiers un langage un peu gras ; elle aime rapporter et illustrer une reponse spirituelle ; en tout cas, elle n’engendre pas la melancolie, mais ne vise qu’a plaisanter et a faire rire : elle reste alors fidele aux traditions du pays. Plus souvent, elle se developpe a l’exces et devient un petit roman; elle traite des sujes etranges et s’egare en des aventures amoureuses presque inextricables ; elle se deroule dans des milieux aristocratiques ; elle recherche les denouements tristes, voire tragiques : elle subit alors l’influence des nouvelles et des romans espagnols, dont l’ltalie etait tres friande depuis le milieu du xvie siecle ; on les lisait surtout dans

pour une bonne part, d une oeuvre d’Antoine Le Metel, sieur d’Ouville, Les Contes aux heures perdues1. Mais le recueil de Giovanni Sagredo ne parut qu’en 1667, c’est-a-dire a un moment ou la pensee francaise commen^ait a faire des progres notables dans la Peninsule.

De meme, notre repertoire dramatique fut tres lent a franchir les Alpes. Le retard etait du, cette fois, non pas a une similitude trop complete de nos oeuvres avec celles des Italiens, mais, au contraire, a une divergence fort sensible entre leurs gouts et les notres. Chez eux, on jouait parfois, dans les colleges de Jesuites, des comedies ecrites et surtout des tragedies. Mais cet effort meritoire de la celebre compagnie pour sauver les vieilles traditions de l’art dramatique, ne semble guere avoir trouve de's imitateurs. Les preferences de l’ltalie avaient un tout autre objet. C’est la commedia dell’ arte , c’est Yopera musicale qui plaisaient au public; ou plutot, il raffolait de ces genres, il les aimait d’une passion exclusive. Ne soyons done pas surpris, si, presque a la veille du xviii® siecle, Corneille, Racine, Moliere et leurs emules francais etaient encore peu connus de l’ltalie *.

des traductions, mais parfois aussi dans le texte original, dont on publiait des editions a Milan et a Venise meme.

On comprend des lors pourquoi la nouvelle frangaise demeura longtemps une inconnue en Italie. Elle etait elle-meme de facture italienne ou espagnole. Nos voisins n’y trouvaient aucun agrement que ne leur offrissent deja leurs propres conteurs.

(Voir Giambattista Marchesi, Per la storia della novella italima nel secolo XVII, chap. I, — G. Lanson, Etudes sur les rapports de la litterature frangaise et de la litterature espagnole au xvii6 siicle (1600-1660), ( Revue d'hist. litt., Ill, p. 53, 66), — A. Morel-Fatio, Etudes sur I’Espagne, t. I, pp. 25, 40.

1 Id. P. 77, de Marchesi, ouv. cite.

2 G. Maugain, Etude sur I’evolution intellectuelle de l’ Italie de 1657 & 1750, pp. 269 suiv.

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