‹ Ronsard en ItalieChapitre 14 sur 113 · AU CONCILE DE TRENTE · texte numérisé non relu

AU CONCILE DE TRENTE

La Remonstrance ne fournit-elle pas a deux autres amis de Ronsard, Charles d’Espinay, eveque de Dol en Bretagne et Jean Antoine de Ba'if, l'occasion de chanter, a Trente et en diverses villes de la Peninsule, les louanges du grand poete? Charles d’Espinay appartenait, comme poete, a l’ecole en faveur. Vers 1 558, il etait venu grossir les rangs de la Brigade. 11 avait publie, en 1 559, vingt-six Sonnets amour eux recommandes au public par plusieurs membres de son groupe. Ronsard apporta sa fleur au bouquet avec quatorze vers. II y rappelle l’epcque ou il briilait pour la belle Cassandre, d’un feu que Charles, disait-il, parvenait a rallumer. En vantant son protege, Ronsard se celebrait lui-meme indirectement, car il ne pouvait manquer de reconnaitre dans la plupart des pieces signees du jeune Breton des imitations, parfois a peine demarquees, de ses propres ceuvres. Il avait encore flatte l’amour propre de Charles en lui ad'essant le Cyclope amoureux, en i56o. Puis Charles etait parti pour Trente. II y resta une dizaine de mois et descendit ensuite sur Rome avec le cardinal de Lorraine, le i5 septembre 1563. Mais quand ce dernier, rebroussant chemin, passa par Venise pour se rendre aux seances finales du Concile, d’Espinay ne le suivit pas. Rome et 1’ltalie le retenaient ; il s’attardait, croit-on, a les voir, avant de rentrer en France \

< trop attentivement au gre d’un eveque italien, celui-ci ne pouvant retenir sa colere, dit en latin ces mots equivoques : « Gallus cantat ». Danes repondit sur le champ: « Utinam ad hujus Galli cantum excitaretur Petrus et Herat amare ! » Pallavicini, qui rapporte ce bon mot, assure qu’il servit d aiguillon, pour engager les peres du Concile a preparer serieusement la reformation de la discipline ecclesiastique. Voir Niceron, Memoires, t. XIX.

Henri Busson, Charles d Espinay, eveque de Dol et son oeuvre poetique pp. 43 et suiv., 90 et suiv., — P. Laumonier, Ronsard, poete lyrique, pp. 185 et 187 n. 5.

Jean-Antoine de Ba’if, une etoile de la Pleiade, passa l’automne et l’hiver de i562 a Trente, ville dont il prit conge en un sonnet adresse a son corapagnon Grifin.

Laissons, disait-il, laissons le Concile et faisons

Un voyage a Mantoue, a Vincence et Veronne;

Je fretille d’aller, je desire de voir

Les villes d’ltalie et veu ramentevoir

Les marques des Romains, jadis Rois de la Terre.

A Dieu Trente pierreuse, a Dieu les mons chenus,

Qui environ cinq mois nous avez retenus

II descendit done, au printemps de i563, da'ns cette belle Italie ou il avait vu le jour et pour laquelle il ressentait un amour commun a tant de nos compatriotes \

Les pretextes ou les raisons de la parcourir changent, mais elle ne cesse d’offrir une genereuse hospitalite a des amis ou des admirateurs de Ronsard: a Joseph Scaliger, par exemple, qui professait pour le poete frangais un enthousiasme herite de son pere, Jules Cesar 1 2.En 1 563, ^ avait dedie a Ronsard sa traduction grecque du Morctum. En 1574, il allait pubiier, a Geneve, les Anacreontica que Jules Cesar, mort en 1 558, a"vnit laisses inedits: six strophes asclepiades du defunt erudit en l’honneur de Ronsard precedaient l’ouvrage. En 1564, Joseph servant de mentor a un

1 J.-A. de Baif, Euvres en rime, ed. Marty-Laveaux, t. IV, p. 278.

2 Cl. Binet, Vie de Ronsard, pp. 42, 206, 207, — Scaligcriana. Edition Secunda auctior et emendatior, pp. 297 et suiv. En 1916, Mme Beatrix Rava a evoque ces souvenirs dans Venise dans la literature francaise depuis les origincs jusqu’d la mort de Henri IV. Paris, Champion.

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