‹ Ronsard en ItalieChapitre 15 sur 113 · L’AMBASSADE DE PAUL DE FOIX · texte numérisé non relu

L’AMBASSADE DE PAUL DE FOIX

jeune membre de la famille des La Roche-Posay, visita Venise, Verone, Naples. II s’arreta surtout a Rome, ou Muret le mit en rapports avec toute une elite intellectuelle.

Cinq ans plus tard (i569), Robert Estienne, frere d’Henri, « eut du roy Charles IX commission d’aller en Italie pour rechercher des manuscrits et livres rares » . Robert connaissait la valeur de Ronsard et allait un jour (i 585) consacrer une epitaphe francaise au poete vendomois 1.

L’annee 1573 vit arriver en Italie Paul de Foix. Ronsard avait jadis adresse un long discours a cet eveque. Un jour, lui disait-il,

Un jour premier a l’entour de nos Rois Auras les Seaux et garderas leurs lois.

Si cette aimable prediction ne se realisa pas, Paul de Foix n’en remplit pas moins des missions importantes. II fut d’abord ambassadeur en Angleterre, et il eut, semble-t-il, la joie d’attirer, en ce pays, l’attention d’une elite sur les merites de Ronsard. On ne choque pas la vraisemblance si on suppose qu’il joua un role analogue en Italie. II y representa Charles IX ou Henri III a trois reprises. On le trouve a Venise en 1570, en plusieurs lieux de la Peninsule trois ans plus tard, a Rome enfin ou il mourut 2. Accompagnons-le dans sa seconde ambassade (1573).

Sous des formes variees, il donne a l'etude une grande partie de ses journees. Les entretiens des homines doctes presentent pour lui un charme particulier. Grace aux confidences d’un

1 Maittaire Michel, Stephcmorum historia vitas ipsonm ac libros complectens, pp. 512, 513.

C. Binet, La vie de Ronsard, ed. Laumonier, pp. 189, 209, — Ronsard, (Euvres , t. Ill, p. 284.

membre de sa suite, Jacques-Auguste de Thou, on se le represente mettant a profit ses moindres loisirs pour discuter a Bologne avec Carlo Sigonio, a Florence avec Pietro Vettori, a Sienne avec Alessandro Piccolomini, commentateur d’Aristote. II s’arrete aussi a Padoue et a Rome. II ne s’attarde pas rnoins de dix mois en cette derniere ville \

Deja J.-A. de Thou avait approche Ronsard, quand il obtint d’accompagner Paul de Foix en Italie. Evoquant des souvenirs remontant a i5/0 et, par suite, anterieurs a son voyage (1573), il ecrit, en effet, dans ses Memoires : « J’allais souvent visiter Dorat a Paris. C’est lui qui me fit connaitre Ronsard; comme je me sentais des dispositions pour la poesie, je liai avec lui une amitie si etroite, que, dans Fedition de ses ceuvres qu’il fit faire par Galland [celle de 1687], il me dedia son Orphee avec un eloge magnifique* 3. » Plus tard, de Thou mettra tres haut les merites de Ronsard et ne craindra pas de voir dans la naissance de ce poete un dedommagement a la defaite de Pavie survenue la meme annee s.

Dans Fentourage de Paul de Foix deux etrangers se trouvent en Italie, avec J.-A. de Thou. Van Giffen avait ete un de ces jeunes flamands qui, en 1 565, se pressaient, a Paris, autour de Jean Dorat, leur maitre prefere. Alais il ne reste aucune trace

1 Jac.-Aug. Thuani, Conmentariorum de vita sua libri sex. pp. 8 et suiv.

3 Id., p. 5-

a Jac.-Aug. Thuani, Historiannn libri LXXXIIt, Londres, 1733, p. 321. Noter que la bataille de Pavie est du 25 fevrier 1524 d’apres l’ancienne maniere de dater, mais du 25 fevrier 1525 d’apres la nouvelle. Sur ce point, cf. la note de M. Latimonier dans son ed. de la Vie de Rnnsard, par Claude Binet, p. 66.

UYTENHOVE EX ITALIE

de relations directes entre lui et Ronsard. On peut du moins deviner qu’il connaissait et admirait les iceuvres du grand poete. 1 *

On est rnieux renseigne sur Uytenhove. II habitait Paris chez un ami de Ronsard, Jean Morel, dont il instmisait les. enfants. Ronsard le protegeait et le traitait en familier. II l’encouragea un temps a preparer une edition des Hymnes de Callimaque \ II commenqait ainsi, en 1 565, un Discours a Monsieur de Foix oil il francise en Outhenovie le nom de Charles Uytenhove:

Ton bon conseil, ta prudence et ta vie Seront chantez du docte Outhenovie,

A qui la Muse a mis dedans la main L’outil pour faire un vers Grec et Romain 3 * 5.

Quand, a son retour d’ltalie, l’erudit Flamand s’etablira en sa ville natale, puis dans les pays rhenans, il gardera des relations avec ses amis franqais, notamment avec Ronsard \

La mission que Paul de Foix, si brillamment escorte, remplissait en Italie, avait le but suivant : remercier le Pape et les autres princes de la Peninsule qui avaient felicite Charles IX sur {’election de son frere Henri appele au trone de Pologne. Henri ne vecut pas longtemps sur les bords de la Vistule. Il se hata de les fuir des qu’il apprit le trepas de Charles IX. En regagnant la France, il passa par Venise et s'y arreta. Noun savons, grace a messieurs de Nolhac et Solerti, quel magniflque accueil lui reserva la Serenissime *. De Thou en fut temoin, car il n’avait pas encore

1 P. D.E Nolhac, Ronsard et I’humanisme, p. 213 n. 1.

J Id., pp. 67, 106, 171, 215.

3 Ronsard, CEuvres, t. Ill, p. 280, t. VII, p. 376.

* P. de Nolhac, Ronsard et V humanisms, pp. 216-218.

5 II Viaggio in Italia di Enrico III re di Francia, Torino, 1890.

quitte ritalie 1. II put rencontrer, dans la cite des lagunes, un compatriote qui avait suivi Henri III en Pologne. C’est Philippe Desportes. Philippe connaissait deja ritalie. Ln i56q ou i565, il etait entre au service d’un eveque du Puv. Parti avec lui en Italie, le jeune poete apprit la langue du pays. 11 se forgea ainsi tine clef dont il savait user et abuser pour s’ouvrir des tresors qu’il exploita sans discretion. Disciple de Ronsard, il allait etre, un jour, considere comme l’heritier du grand taomme. A la mort du maitre, en 1 585, ce fut autour de Desportes qu’on se groupa, ce fut lui qui organisa l’apotheose du defunt. L’orateur s’adressa a lui et lui dedia son oeuvre comme a celuy auquel Ronsard semblait avoir resigne la gl'oire de sa profession et qu’il avait laisse comme son unique successeur \

Apres Paul de Foix, l’ambassadeur dont le souvenir doit etre evoque dans une histoire chronologique de la fortune italienne de Ronsard est Louis Chasteignier, seigneur d’Abain de la Roche- Posay. On lie l'a pas oublie : comme Remi Belleau, il prit part a l’aventureuse expedition de Naples. Rentre en France, il s’achemina, en 1 559, vers Milan, « ou il resida l’espace de neuf mois pour solliciter la delivrance de Roch, son frere aisne, lequel y estoit prisonnier entre les mains des Espagnols ». Dix-sept ans se passent. La Roche-Posay, riche d’experience et de credit, est

3 C otnmentariorum libri sex. p. 14.

E Desportes, CEuvrcs, Paris, 1858, cf. l’introduction d’Alfred Michiels, — F. Brunot, La doctrine de Malherbe d’ apres son cornmentaire sur Desportes, pp. 21-23. H y eut un moment ou Desportes put, au contraire, passer pour le guide de Ronsard. Voir J. Vianey, Petrarquisme en France au xvi* siecle, p. 256.

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