‹ Ronsard en ItalieChapitre 17 sur 113 · LA DUCHESSE MARGUERITE DE SAVOIE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE MARGUERITE DE SAVOIE

Barbieri qui habitait, comme lui, Modene, apres avoir assez longtemps sejourne a Paris et s’y etre enrichi dune connaissance approfondie de notre langue '.

C’est de Rome qu’on envoya le poeme de Caro a Castelvetro 2. De la aussi put lui venir l’hymne de Ronsard : les amis du poete frangais ne manquaient pas dans cette ville entre 1 555 et 1 559-

De Modene passons dans le Piemont. Les circonstances y faciliterent singulierement notre langue et noire culture durant line quarantaine d’annees, au cours du xvie siecle.

En 1536, la France confisqua ce pays. Elle en confia le gouvernement a Guillaume du Bellay et a Brissac. Ils en firent une terre presque frangaise. Leur oeuvre fut, il va sans dire, fortement compromise lorsqu’en i559, Emmanuel Philibert rentra en grace, a la faveur du traite de Cateau-Cambresis. En effet, le due, instruit par l’experience, n’oublia ni le dur traitement que nos souverains lui avaient naguere inflige, ni la reconnaissance qu’il devait a son protecteur Charles Quint. S’il se garda de toute hostilite cleclaree contre la France, il se mefia du moins d’elle et tourna les sympathies secretes de son cceur vers l’Espagne. Cette conduite, sa femme, Marguerite de Berry, soeur d’Henri II, ne la combattit pas; elle l’approuva, au contraire, et la seconda, en epouse et en mere consciente des interets de la inaison de Savoie.

1 G. Bertoni, Giovanni Maria Barbieri, pp. 8 et suiv.

3 Vivaldi, Una potemica, pp. 48-49.

Rappelons qu'a Rome, Joachim du Bellay, le fidele ami de Ronsard, frequentait Caro ; il le remercia, dans un epigramme italienne, de l’hommage rendu a la maison de France ; il traduisit meme la canzone en vers frangais. Il put faire connaitre le poeme de Caro a Ronsard. Cf. Chamard, Joachim du Bellay , pp. 342-343.

Mais les necessites de la politique n’imposaient aucunement a la fille de Franqois Icr d’oublier que la jeune ecole francaise s etait, depuis plusieurs annees, placee sous son haut patronage : J. du Bellay lui avait dedie son Olive; Ronsard, defendu jadis par elle contre les railleries de Saint-Gelais, la recompensa en mettant son nom en tete des Hymnes et en n’ecrivant presque pas de piece de vers ou ne se trouve le souvenir de

La Marguerite honneur de notre temps 1 .

Sans doute, quand Jacques Grevin fut oblige de s’exiler a „ cause de ses opinions heretiques, la duchesse de Savoie lui fit, a lui et a ses enfants, un accueil empresse. Or, c’est a la fin de 1 567 que Grevin arrive a Turin et, cette meme annee, Ronsard, apres l’avoir considere comme un ami et un disciple, le renie en ces termes :

. J’oste Grevin de mes escrits...

Parce qu’il fut si mal appris,

Afin de plaire au calvinisme (Je vouloy dire a l’atheisme)

D’injurier par ses brocards Mon nom cogneu de toutes parts.

Marguerite sut rester etrangere a la querelle des deux poetes. Ronsard lui demeura cher et, a l’occasion, elle ne manqua pas d’ecrire a Catherine de Medicis, pour lui recommander le « prince des poetes ». Donnez-lui, disait-elle, les moyens de « poursuivre

1 Roger Peyre, Une amie de I’Hospital et de Ronsard: Marguerite de France, duchesse de Berry, duchesse de Savoie (Revue des etudes historiques, T902, t. 68).

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