‹ Ronsard en ItalieChapitre 2 sur 113 · DEUXIEME MOITIE DU SEIZIEME SIECLE · texte numérisé non relu

DEUXIEME MOITIE DU SEIZIEME SIECLE

Les catalogues de nos editeurs, l’exposition de beaucoup de nos livres nouveaux a Turin, a Milan, a Venise, a Genes, a Florence, a Rome, a Naples et ailleurs, dans des vitrines bien en vue, les annonces des journaux, les comptes rendus des revues franqaises et italiennes: que de moyens offerts aujourd'hui au public de la Peninsule pour apprendre le contenu, les tendances, ou, tout au moins, le titre des oeuvres fraiches ecloses en France ! Du vivant de Ronsard et longtemps meme apres sa mort, ces puissants modes d’information etaient ignores ou bien dans l’enfance. II faut notamment attendre i665 et 1668 pour voir naitre le premier periodique frangais et le premier italien, c’est-a-dire le Journal des sgavans et le Giornale dc’ Letterati di Roma1.

Des lors, comment, au xvie siecle, pouvait-on connaitre, en Jtalie, Texistence et la nature de nos livres reeents ? Grace

1 Voir G. Maugain, Etude stir revolution inteilcctuelle de V Italie de 1657 a 1750 environ, pp. 24-29.

parfois au catalogue de la fameuse foire de Francfort \ grace surtout aux rapports oraux d’ltaliens revenant de France et aussi de Frangais sejournant a Rome., a Venise, a Mantoue, a Genes ou en telle ville du meme pays ; grace, en outre, aux lettres d’amis etablis ou de passage en France. On ne saurait trop insister sur le role joue par ces intermediates dans les echanges intellectuels entre la France et l’ltalie, a une epoque ou tant de personnages cultives franchissaient chaque jour les Alpes On recolterait une moisson riche et variee, si l’on parvenait a etablir, dun cote, avec quels hommes chacun d’eux fut en rapports a l’etranger, c’est-a-dire quelles influences il ressentit et en quel terrain, a son tour, il jeta, consciemment ou non, sa semence, — d’autre part, quel genre d’idees il se trouvait cn etat d’exporter, quels auteurs il etait interesse ou enclin a vanter.

Pour nous en tenir a nos compatriotes, malheureux l’eciivain franqais que sa mauvaise etoile privait de parrains persuasifs recrutes panni ces messagers de nouvelles litteraires et scientifiques ! Elle l'exposait a rester tout a fait ignore au dela des Al^s.

1 Notons que Paolo Sarpi (Scelte lettere inedit e, p. 126) signale qu’un livre frangais, qu’il connaissait d’ailleurs deja, est in.-crit sur le catalogue de la Foire de Francfort: « Mi sono rallegrato vedendo il catalogo di Francfort, dove quello [libro] del signor Rochelle e registrato in maniera che bisogna sia comparso in quella fiera e distribuito. » Lettre du 20 mai 1609.

Void, d autre part, des renseignementS precieux relatifs a un bibliophile de Padoue dont il sera souvent question dans cette etude, Gianvincenzo Pinelli: « Nundinarum Francofurtensium. . . quotquot erant indices perlustrabat, et ab amicis qua italicis qua transalpine omnia diligenter. . . percunctabatur. Si quid Parisiis, Antuerpiae, Augustae Vindelicorum. . . Pinelliana biblotheca dignum prodiret, non deerant qui vixdum edita volumina Pinello missitarent.^ Gualdo Paolo, Vila Joannis Vincentii Pinelli, p. 25.

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