‹ Ronsard en ItalieChapitre 21 sur 113 · CLAUDE BINET EN ITALIE · texte numérisé non relu

CLAUDE BINET EN ITALIE

conversations sur le mouvement litteraire de notre pays. II y repandit, en outre, une ode ecrite vers 1570, en 1'honneur du chef de la Pleiade : c’est a elle qu’il fait allusion dans les vers cites plus haut. La celebrite de Ronsard, dit-il dans ce poeme, est presque universelle ; sa gloire efface celle de tout rival ; son talent excelle tantot a exalter les heros, tantot a chanter l’amour ; jadis, plusieurs villes se disputerent 1’honneur d’avoir vu naitre Homere; de raeme, un jour, le Loir, la Sarthe, le Maine, la Loire se vanteront d’etre chacun le fleuve qui arrose la patrie de Ronsard ; heureuses sont Marguerite de Savoie et Marie Stuart ; le grand poete rend leurs noms immortels. Ce s eloges semblerent laisser indifferent Ronsard ; il n’y repondait pas. L’auteur italien patienta quelques annees, puis se rappela an souvenii du m ait re. Cette fois, il prit un ton legerement pique; il comptait sur Ronsard pour passer a la posterite; degu, il uavaillera par ses propres moyens \

Dans cette meme Toscane, on nous avons suivi Bartolommeo del Bene, nous trouvons, en 1 579, Claude Binet, le futur biographe de Ronsard. Il y fut admis aupres des savants Pietro Vettori, Pier Angelio da Barga, nomme Bargeo, professeurs 1’un a Florence, l’autre a Pise, deux personnages considerables alors.

Ils lui tinrent un pi-opos qu'il se garda d’oublier : ils lui dirent, l’un et l’autre, que « nostre langue par la divine poesie de nostre Ronsard s’egaloit a la Grecque et Latine » \ Ils connaissaient done Ronsard : n’en soyons pas surpris. Plusieurs documents nous les montrent en contact avec des Francais.

‘ Voir dans les Odi XXVIII, les odes 14 et 21. — Ronsard, CEuvres completes, t. VI, p. 26, Elegie au sieur B. Del-Bene.

2 P. de Nolhac, Ronsard et I’humanisme, p. 235.

Lorsqu’Henri Estienne eut retrouve les odes du pseudo Anacreon, il s’en servit pour piquer la curiosite de queiques Italiens et il souleva parmi eux de vives discussions sur l’authenticite de ces gracieuses petites pieces. Mais c‘est au seul Vettori qu’il en conceda line en toute propriete. Vettori la publia, en i553, a Florence 1. En 1573, cet erudit visitait souvent l’ambassadeur Paul de Foix, qui faisait un sejour a Florence. Foix etait-il occupe ? le vieillard s’entretenait avec Jacques- Auguste de Thou 2.

En 1576, Nicolas Audebert, etudiant, venu d’Orleans, se presentera aussi chez Pietro Vettori, qui le recevra, a la campagne, dans sa villa. Par la suite, le jeune bomme entretiendra avec le maitre une correspondance suivie, cornme le fit aussi un personnage beaucoup plus important, Louis d’Abain de la Roche- Posay 3 4.

Quant a Bargeo, il avait jadis fait partie du cercle litteraire de l’ambassadeur frangais Guillaume Pellicier, a Venise ( 1540- 1542). Il fut en rapports avec Germain Audebert, le pere de Nicolas et avec Philippe Desportes. On a dit qu’il habita un temps la France. En tout cas, il prononqa, en 1 559, l’oraison funebre de Henri II. Plus tard, il dedia au roi Henri III la Syrias; les quatre premiers livres en furent imprimes a Paris (i582 et 1584), ils valurent a leur auteur les titres d’historien et poete royal *.

1 S. Ferrari, Di alciine imitazioni c rifioriture dellc « Anacreontcc » in Italia nel socolo XVI. ( Giornalc storico della left, ital., t. XX, p. 395).

2 Voir plus haut, p. 38.

3 E. Picot, Les Francois italianisants , t. II, p. 159. — A. du Ciiesne, Histoire genealogique de la maison des Chasteigners, p. 381, — Jac.-Aug. Thuani, Comment ariorum de vita sua libri sex, p. 10.

4 E. Picot, Les Italiens en France au xvi* siecle (Bulletin italien, t. I, p. 292), — G, Mazzuciieli.i, Gli scrittori d’ltalia, t. II, pp. 747 et suiv., — J.

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