‹ Ronsard en ItalieChapitre 22 sur 113 · LA CONVERSION DE S. SPERONI · texte numérisé non relu

LA CONVERSION DE S. SPERONI

C’est en i579 que Vettori et Bargeo reuclent un temoignage d’estime a Ronsard. La conversion de Sperone Speroni ne va pas tarder. Speroni ne fut pas, en effet, comme voudrait le faire croire Claude Binet, un des premiers en date parmi les admirateurs de Ronsai'd. Si, dans son dialogue Dclle Rugae, « il confesse la langue italienne proceder de nous ou du morns les meilleures choses que [les Italiens] ayent», ce n’est pas Ronsard qui nous vaut cet hommage, car ce traite parut en 1542, date ou Ronsard etait toujours un apprenti. N’ayant pas encore « rnontre par ses vers divins de quoi le frangais est capable », le poete ne pouvait avoir « esmeu » Speroni de tant estimer cette langue \

En 1 582 seulement, alors qu’il habitait Padoue, Speroni regut une triple sommation d’avoir a juger Ronsard plus equitablement. En d’autres tennes, son attention bienveillante fut attiree de trois cotes vers le grand poete, grace a Pigafetta, Fauchet, Expilly. Voici comment.

1) Filippo Pigafetta de Vicence fut un inlassable voyageur. II fit notamment plusieurs sejours en France. Nous le voyons, en x562, a Paris assiege, « alors que, dit-il, le prince de Conde et l’Amiral entouraient cette capitale avec quarante mille huguenots 2». Nous le retrouvons dans la meme ville en i582. Le 10 juillet, il adresse a Speroni une lettre oil se lisent les curieux details suivants. J’avais quitte la France depuis seize ans, dit-il,

Zeller, La diplomatic frangaise vers le milieu du XVI0 sieclc, — Guido Manacorda, Petrus Angelius Bargaeus.

1 C. Binet, Discours de la vie de P. Ronsard, p. 43, 1. 18, p. 214.

= Voir Giacomo Lumbroso, Mcmorie italianc del buon tempo antieo, P- 155 suiv.

ROXSARD EX ITALIE

et m’y void retourne pour affaires. J'y ai retrouve trois vieux amis qui me sont particulierement chers ; l'un est medecin, « les deux autres sont Jean Dorat et Pierre Ronsard, poetes fameux et les premiers de France en latin et en frangais ». II a eu avec eux, ajoute-t-il, divers entretiens dont il ne nous indique malheureusement pas le sujet. Mais, a elle seule, la mention qu’il fait de Ronsard n’est deja pas negligeable \

2) « J’ai eu l’occasion, poursuit Pigafetta dont nous resumons la lettre, de rencontrer le president Claude Fauchet. II vous a connu, voici vingt ans, lorsqu’il sejournait en Italie. II ne vous a pas oublie. II va vous envoyer un ouvrage qu’il a recemment publie.» Nous verrons plus loin quelle page Speroni put lire sur la Pleiade, dans le Rccueil de V origine de la langue frangoise.

3) Enfin, nous devons d’interessants details a Claude Expillv, president du Parlement de Grenoble, et a une lettre latine qu’il ecrivit le 7 juillet 1634. Elle n’est pas inedite; elle a cependant echappe jusqu’ici aux historiens de Ronsard, perdue quelle est dans un livre italien que personne ne consulte plus guere depuis longtemps. Elle se trouve dans les Elogia de J.-P. Tomasini8: Parcourons-la. Expilly evoque done de vieux souvenirs. II se

1 Opcre di M. Spcrone Speroni degli Alvarotti tratte da manoscritti originali. In Venezia MDCCXL, t. v. p. 370.

Le medecin est Duret. C'f. A. Lefranc, La Pleiade au College de France.

Nous venons de resumer ou de reproduire le passage de la. lettre de Pigafetta se rapportant a Ronsard. Le reste de cette lettre n’a rien a voir avec le grand poete frangais, contrairement a ce qu’t.n a plus d’une fois avance. M. F. Neri, II Chiabrera e la Pleiade francesc, p. 48 et M. de Nolhac, Ronsard et scs contemporains italiens (Etudes italiennes, Janvier 1921) ont rectifie cette erreur.

2 Jacobi Philippi Tomasini Patavini Episcopi ^Emoniensis, Elogia virorum Uteris et sapientia illustrium ad vivum c.vpressis imaginibus exornala.

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