‹ Ronsard en ItalieChapitre 23 sur 113 · LE CARDINAL DE RAMBOUILLET · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE RAMBOUILLET

reporte a l’annee i582. II etudie alors a 1’Universite de Padoue, niais il touche helas! a la fin de son sejour. II s’entretient avec Speroni, qui le traite paternellement ; il demande a lerudit octogenaire: « Que pensez-vous de nos poetes? » Il iegoit une reponse pen flatteuse: Sperone en a lu un, mais l’epreuve lui a suffi. Il cst en effet tombe — il le croit du moins — sur le plus fameux de tous, Clement Marot; or, il le juge mediocre: a quoi bon, des lors, s’interesser aux autres? Expilly le tire d’erreur, Marot est detrone; son sceptre a passe en d 'autres mains. Le jeune etudiant possede les Odes de Ronsard. Il les prete a Speroni qui en fait une lecture approfondie. Enthousiasme, le vieillard entreprend de chanter le chef de la Pleiade. Il n’acheve pas, semble-til, son poeme avant i58q ou i585. Il le remet a un ami, precisenient a Gianvincenzo Pinelli \ Ce bibliophile le confie a un diplomate frangais, le cardinal de Rambouillet. Ainsi parvient a Ronsard ce tribut d’admiration tardive.

Les vers de Speroni, nous les connaissons: Claude Binet les trouva dans les papiers de Ronsard. Ils ont ete publies, pour la premiere fois, en 1609. On les lit aussi au tome IV des Opcre de Speroni (Venezia, 1740).

Quant au cardinal de Rambouillet, ce n’etait sans doute pas

1 Voici un passage interessant de cette lettre d’Expilly adressee a Tomasini lui-meme : « Metnini me certa die eum (Speroni) interpellasse quidnam de poetis nostris sentiret : respondisse nullius pocmata vidisse, eo quod Clementeni Marotum, inter eos primas tenentem, floccipendebat. Ostendi Odas nobilissimi Poctas Petri Ronsardi, quas penes me habebam : quibus sedulo intra hebdomadam perlcctis, miratus dotes cximias, et tot flosculos in eo opcre geminantes, Elegiam versu soluto in cjus laudem composuit : cujus initii verba liaec sunt :

Lcggo spesso tra me tacito c solo Dotto Ronsard, le vostre Ode honorate.

RONSARD EN ITALXE

la premiere fois cju'il servait les interets de Ronsard en Italie. II connaissait depuis longtemps ce pays. Seul de tous les membres franqais du Sacre-College, il assista, en 1572, au conclave qui choisit Gregoire XIII. II resta aupres de ce pontife en qualite d’ambassadeur de France. II participa aussi a l’election de Sixte V. Ce pape lui marqua sa faveur en le ncmmant gouverneur de Corneto, ou il mourut le 23 mars 1587. Or, cn sa qualite d’eveque du Mans, Rambouillet comptait Ronsard au nombre de ses administres. Evaille se trouvait, en effet, dans son diocese, Cure commanditaire de cette paroisse, Ronsard considera Rambouillet comme un protecteur naturel et ne negligea pas d’attirer son attention. En 1 567, d imprima en son honneur netif distiques latins; deja, en 1 563, il l’avait fait intervenir dans une piece de vers apologetiques ; pour le flatter, il le rattachait a un heros troyen :

J’honore mon Prelat des autres l’outre-passe,

Qui a pris d’Agenor son surnom et sa race \

On l’imagine sans peine : Ronsard porte aux nues, a Padoue, par un critique jouissant d’un grand prestige et d’autant plus communicatif que son age avance l’inclinait davantage aux confidences, Ronsard dont les compatriotes, assez nombreux a cette Universite, faisaient sans doute bien volontiers echo aux eloges de Speroni, Ronsard devait attirer sur sa personne et ses )Oeuvres l’attention de plus d’un parrni les jeunes Italiens qui se pressaient en cette ville vers i582 et les annees suivantes. Un d’entre eux fut, de i5S7 a i59i, un jeune patricien de Ligurie, Ansaldo Ceba, dont l’admiration pour Ronsard naquit i>eut-etre alors. Sans doute elabora-t-il, en partie, a Padoue, ses premiers

1 Ronsard, CEuvres, t. V, p. 414; t. VI, p. 517, — Dom Paul Pxolin, Histoire dc I’eglise du Mans, pp. 475, 499, 503, 5 t t , 505, suiv. 539.

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