LE CARDINAL DE RAMBOUILLET
essais poetiques, des Rime ou Ton apergoit deja 1 ''influence du grand Vendomois. Plus tard, nous le verrons, il exaltera Ronsard en vers italiens et frangais \
Restons a Padoue. Nos compatriotes lie manquaient pas d’y aller visiter Gianvincenzo Pinelli, repute comme bibliophile et mecene. Chez lui nous trouvons, en 1 5/3, A.-J. de Thou, qui, revenant seize ans plus tard en Italie, fera le pelerinage de Padoue pour jouir, comme il le dit lui-meme, de la conversation de cet erudit. « Il s’informait aupres de Pinelli des hommes illustres dans les sciences, qui avaient paru en Italie, et dont la memoire commencait a vieillir.» De son cote, a quelles questions de Pinelli repondait-il ? Il ne nous le dit pas 1 2. Chez Gianvincenzo frequentait aussi, en x 575, le jeune orleanais Nicolas Audebert, introduit la par Claude du Puy, avocat au Parlement de Paris, retourne lui-meme quelques annees auparavant d’ltalie, ou il s’etait lie avec Fulvio Orsini, Carlo Sigonio, Pinelli 3. Ce dernier regut aussi avec une bienveillante syrnpathie, en i582, le fils de Claude Fauchet4, et, en i58o-i582, un futur magistrat que nous avons deja rencontre chez Sperone Speroni. Cest Claude Expilly B. Ce Dauphinois de vingt ans faisait ses delices
1 N. Giuliani, A. Cetu ( Giorn . ligustico, IX, pp. 405-423).
2 Jac.-Aug. Thuani, Commentarioruni libri sex, p. 64.
3 P. de Nolbac, La bibliothcque de Fulvio Orsini, p. 669, — E. Picot, Les Frangais italisianants, t. II, p. 159.
* Cf. G. Bertoni, Giovanni Maria Barbicri, p. 48, — Torquato Tasso, Opcre, ed. Rosini, t. XXIII, pp.. 97 suiv.
8 La vie de Messire Claude Expilly, chevalier du Roy en son Conseil d’Estat, et President an Parlement de Grenoble par Me Antoine Bouiel de Catilhon, conseiller du Roy et Advocat general de S. M. en sa Chambre des Comptes et Cour des Finances de Dauphine. A Grenoble, MDCLX, P- 15-
des manuscrits et des imprimes reunis par l’infatigabie et intelligent collectionneur, « de quoy Pinelli recevoit une satisfaction indicible, car outre l'inclination qu’il avoit pour ce jeurie estudiant, il voyoit bien qu’il estoit capable de connoistre le prix et la valeur de tant d’ouvrages ».
Dans sa maison largement ouverte aux Frangais 1 Pinelli dut bien des fois entendre l’eloge de Ronsard. D’ailleurs il echangeait des lettres assez frequentes avec deux Italiens vivant chez nous, Corbinelli, Pigafetta, et avec Claude Dupuy. Grace a eux, il : suivait notre mouvement litteraire 2.
Il mit a profit l’obligeance de Corbinelli et de Dupuy, quand il voulut enrichir sa bibilotheque des oeuvres de Ronsard. Des avant i5/5, il possede peut-etre deja quelque recueil du poete, les Amours , par exemple, ou les Odes, mais il veut la collection entiere des vers de Ronsard. Il la trouve sur place, et n’ose pas l’acheter, car il l’a deja demandee a Paris. Cependant on tarde a la lui envoyer. Il perd patience et donne contre-ordre, pour n’avoir plus les mains liees, si une autre occasion se presente en Italie meme3. Elle s’offre probablement et il peut, semble-t-il. acquerir l’edition de i56o4. Mais, apres celle-ci, on en imprime d’autres
1 Gualdi, dans sa Vita de Pinelli, citee plus haut, raconte, p. 92, comment Pinelli intervint obligeamment et efficacement en faveur dun Frangais moleste par les Espaguols, a Milan.
2 Nous avons deja cite plusieurs fois le livre de Mme Rita Calderini de Marchi, Jacopo Corbinelli ct Ics enidits frangais, d'apres la corrcspondance dc Corbinelli. Voir en outre, plus haut, p. 18.
2 Le 13 mai 1573, Pinelli ecrit a Claude Dupuy : « Non mi euro piu dell’ opere di Ronsard, e una volta si troveranno di qua, come gia l’havea trovate, et l’havrei prese se non l’aspettava di costa >. Lettre publiee a propos de R. Calderini de Marchi, Jacopo Corbinelli ct les enidits frangais, par P. de Nolhac, dans Revue d'histoirc litteraire de la France, 1917, p. 676.
4 On peut l’admettrc si, du moins, on comprend la lettre du 1" janvier