LIVRES , FRANQAIS VANTANT RONSARD
Padoue. II sait, en tout cas, pour l'avoir entendu dire a tant de Franqais et d’ltaliens, quel interet Pinelli porte a notre litterature \
Pinelli ne connut-il pas aussi Part poetique de Jacques Peletier du Mans, la Prate fatio des Juvenilia de Marc- Antoine Muret \ Ne lut-il pas les eloges que font de Ronsaid La Croix du Maine et du Verdier dans leurs Bibliotheques frangaises- publiees pour la premiere fois en i58q * 1 2 3, du Bellay, dans la preface de
les Italiens, Espagnols, Alemans et autres out este contraints forger leurs Romans et contes fableux sur les telles quelles inventLns de nos Trouverres, chanterres, Conteor et Jugleor (tant caressez par toutes les cours d’Europe, pour leurs chansons de la table ronde, Roland, Renaud de Montauban et autres Pairs et Paladins de France). Si Petrarque et ses semblables se sont aidez des plus beaux traits des chansons de Thiebaut Roy de Navarre, Gaces Brulez, le Chastelain de Coucy, et autres anciens Poetes Frangois, que feront ceux qui vivent maintenant, quand ils viendront a feuilleter les ceuvres de tant d’excellents Poetes, qui sont venus depuis le regne du Roy Frangois premier de ce nom ? Je croy qu’ils ne se feindront non plus de les piller, et qu’ils auront encores moins de honte de cueillir les fleurs de si beaux jardins dressez par nos derniers Poetes, que leurs predecesseurs n’ont faict .d’emporter les espines et ronces des landes et haliers fresquentez par nos anciens peres ».
1 Voir la lettre de Pigafetta a Speroni dans les Opere de Speroni, t. V, p. 370.
2 Dans la preface de L’Art poetique d’Horace (1545) Jacques Peletier du Mans ecrit : « Notre poesie Frangoese n’est pas ancores en sa grandeur... Si de bien pres on veut considerer le stile des ecrivains du temps present, Seigneur, de renom, on verra clairement qu’ils 11’apprcchent pas de cette copieuse vehemence et gracieuse propriete qu’on voit bien es auteurs anciens ». Voir Juge, Jacques Peletier du Mans, p. 18, 423.
Voir le texte de Muret, plus bas, p. 68.
3 Nous avons entre les mains l’edition publiee par Rigoley de Juvigny, a Paris, en 1773. La Croix du Maine dit (t. I, p. 317) : « II devint tellement sgavant en peu de temps, que tout son siecle est entre cn admiration de
1’ Olive* 1 2, Tahureau dans ses Dialogues'. On ne saurait jusqu’ici le prouver, mais on peut le supposer avec vraisemblance : Pinelli etait si curieux de collectionner les bons livres frangais !
En tout cas, d’autres Italiens eurent sous Its yeux tel ou tel de ces differents textes 3, comme aussi, plus tard, les Histoires de J.-A. de Thou et les Rcchcrches de Pasquier.
son sgavoir, et pour sa docte fagon decrire en vers, agreable meme a ceux qui en seroient jaloux, pour une meme profession. » — Du Verdier, t. Ill p. 326), ecrit : » On peut aussi bien dire de lui~ :
Ou bien Homere Grec, ecrivant, Ronsardise,
Ou bien Ronsard Frangois, en ebantant, Homerise ».
II developpe ce tlic-me et ajoute : « Bref, e’est le premier Poete de ce siecle et si oserai bien assurer a la verite qu’il n’y a eu de son temps Poete Latin, Italien ne Frangois, qui aye mieux fait que lui, soit Bargaeus, l’Arioste, Tasso et Bartas qui tiennent les premiers rangs des modernes, et lesquels ne lui sauroient oter ni emporter cet honneur z>.
1 Voir plus has, p. 84.
2 Dans ces Dialogues qui, ne l’oubhons pas, eurent quinze editions de 1565 a 1602, Jacques Tahureau (p. 166 de l’ed. de Paris, 1870) formule de bons espoirs pour l'avenir de notre langue : « si les bons esprits prosperent et qu’ils soient un peu plus favorisez ». II ajoute : « N’en voit-on pas l’exemple et principalement en poesie sus un Ronsard, un du Bellai, un de Ba'if dont les oeuvres sont et seront renommees
3 Notons une circonstance qui put contribuer a faire connaitrc du Verdier en Italie. Dans la Revue da Lyonnais, t. XXXI, 5C serie, p. 209, Lyon, J907, l'abbe Reure dit, dans une note additionnelle a son article sur Le Bibliographc Antoine du Verdicr (1544-1600)) : « Dans son discorso sopra lo. stato della magnifica cittd di Lionc, insere a la fin de Le Historic della cittd di Firenze, par Jacopo Nardi (Lyon, Thibaud Ancelin, 1582, in-40), Giuntini fait un curieux eloge d’Antoine du Verdier ».
Sur le sejour de A. du Verdier en Italie, cf. la meme Revue du Lyonnais, 1897, t. XXIV, 5' serie, p. 13.
Le fils d’Antoine du Verdier, Claude, etait a Bologne, en 1584, quand parut la Bibliothdque de son pere. II ne dut pas garaer pour lui cette bonne nouvelle, d’autant plus qu’il ne pechait point par exces de modestie.