‹ Ronsard en ItalieChapitre 33 sur 113 · RON SARD ET PIE V · texte numérisé non relu

RON SARD ET PIE V

On assure qu’une recompense plus haute et moins tardive fut decernee a Ronsard, en echange de sa foi militante. « Oultre l’obligation que toute la France luy en eut, dit du Perron, encore mesme le Pape Pie cinquiesme prit la peine de Ten remercier par escript, et de tesmoigner solennellement les bons et agreables services que l’Eglise avoit receuz de luy \ » De son cote, Claude Binet fait une allusion a cette « lettre expresse » 1 2 3 4. De meme Colletet °. Malheureusement ce bref ne se trouve ni dans les 'Apostolicce Epistolce de Pie V, ni dans leur traduction frangaise, ni dans la Vie de ce pape. Les recherches operees aux archives vaticanes n’ont pas jusqu’ici permis de le retrouver. Mais les considerations developpees dans les pages precedentes nous autorisent a croire qu’il fut reellement redige et vint recompenser l’ardeur d’un poete si devoue a l’Eglise. Ajoutons-le : parmi les amis de Ronsard presents a Rome sous le pontificat de Pie V, il y en eut un, en particulier, qui put glorifier son zele et le signaler a l’attention du Saint-Siege : c’est Marc- Antoine Muret, precisement l’orateur choisi pour exalter la Saint-Barthelemy dans une ceremonie publique \

L’Eglise pouvait fort bien ouvrir ou 'fermer a des livres les portes de l’ltalie. Cependant, meme approuves par elle, il leur

1 Ronsard, GEiuvres, ed. Blanchemain, t. VIII, pp. 190-191.

2 Cl. Binet, Vie de Ronsard, p. 24.

3 Ronsard, CEuvrcs, ed. Blanchemain, t. VIII, p. 45.

4 F. Charbonnter, La pocsic frangaisc ct les guerres de religion, p. 118 n. 5.

restait a plaire au public. Or ils se heurtaient, aupres des plus doctes esprits, a un prejuge tenace.

Deja au xvs sieele, l'humaniste Leonardo Bruni d’Arezzo (1370-1444) se moquait de la simplicity propre a quelques rois de France qui reputaient l’igno ranee honorable et ne voyaient pas pourcjuoi ils accepteraient pour eux et leur peuple les lumieres de l’etranger 1. Dans son de Educatione, compose en i5o4, Antonio de Ferrariis dit le Galateo (1444-1S16), jugeait severement la culture et le systeme deducation des Franqais : ceux-ci, a Ten croire, n’ont cure ni souci des belles lettres 2 3. Si nous interrogeons Castiglione, son Cortcgiano publie en i528, mais sans doute commence en i5i4, contient ces lignes : « Les Frangais connaissent la seule noblesse des armes ; ils ne font aucun cas de tout le reste. De la sorte, non seulement ils n’appreclent pas les belles lettres, mais ils les abhorrent et eprouvent le plus profond mepris pour les homines qui les professent. » Castiglione comptait sur Francois I" pour tourner la pensee de nos ancetres vers les travaux de l’esprit II ne se trompait pas : on sail, les progres accomplis par les sujets de ce monarque et d’Henri II.

Neammoins Joachim du Bellay pouvait encore ecrire, en i5q9, dans la preface de YOlive: « Certes j’ay grand honte, quand je voy le peu d’estime que font les Italiens de nostre poesie, en comparaison de la leur, et ne le trouve beaucoup estrange, quand je considere que volontiers ceux qui escrivent en la langue toscane sont tous personnages de grande erudition : voire jusques aux cardinaux mesmes et autres seigneurs de renom, qui daignent

1 Leonardi Epistolce, lib. IX, 1, p. 133, Florentiae, 1741.

2 Cite par Vittorio Cian, p. 104 de son ed. du Cortegiano del conle Baldcsar Castiglione, 2 0 ed. In Firenze, MCMX.

3 Id., p. 104.

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