IDEAL DE RONSARD
En eft'et, Ronsard en regie avec l’autorite romaine, l’etait, en outre, avec cette Italie qu’un prej uge legitime et trcs enracine rendait fiere de compter, parmi ses ecrivains, des « cardinaux mesrne et autres seigneurs de renom ». Les Frangais avaient maintenant le droit de proclamer qu’un mouvement litteraire tout aristocratique etait ne chez eux vers i55o. Ni Ronsard, ni lcs membres de son ecole ne pouvaient s’appeler des « petits magisters, des « conards » , des « badauds, et autres mignons de telle farine 1 ».
Conime nous le dit le president Pasquier, dans ses Recherches de la France (1- vi, ch. vn), « Pierre de Ronsard Vendomois et Joachim du Bellay Angevin ctoicnt tous deux Gentils-hommes extraits de tresnobles races ». Cette qualite, Ronsard l’estimait fort et n'oubliait pas d’en accompagner son nom sur le frontispice de ses oeuvres. II ne croyait pas deroger en pratiquant l’art qui pour trois raisons est aristocratique. D’abord, « la poesie est. dit-il, pleine de toute honneste liberte, et s'il faut dire vray, un folastre mestier duquel on ne pent tirer beaucoup d’avancement, ny de profit... J’y travaille si allegrement, pource qu'un tel passetemps m’est aggreable, et si mon esprit en escrivant ne se contentoit, je li’en ferois jamais un vers, comme ne voulant faire profession d un mestier, qui me viendroit a desplaisir : ». Ensuite,
1 Voir plus haj.it, p. 85.
Sur cet ideal eleve de Ronsard, on lira avec profit H. Franchet: J.c poete ct son oeuvre d'aprts Ronsard, Paris, 1923. (Bibliotheque litteraire de la Renaissance).
s Ronsard, CEuvres, t. VII, p. 29, dans 1’ « Epistre au lecteur par laquelle succinctement, l’Autheur respond a ses calomniateurs », en tete de Lcs Trois livres du Rccucil des nouvcilcs Poesies de P. de Ronsard, nouvclle edition, 1564.
« les muses ne veullent loger en une ame si elle n’est bonne, saincte et vertueuse » \ Enfin, « un Poete ne doit jamais estre mediocre en son mestier ny sgavoir sa legon a demy, mais tout bon, tout excellent et tout parfait » \
A « celle tant docte et ingenieuse nation italienne » heureuse de repeter que « ceux qui escrivent en la langue toscane sont tons personnages de grande erudition » 1 * 3, on pouvait expliquer combien sont profondes et variees les connaissances de Ronsard. II demande au futur poete de posseder « la langue Grecque et Latine, voire Italienne, et Espagnole, car il est fort malaise de bien escrire en langue vulgaire si on n’est parfaitement, a tout le moins mediocrement instruit en cedes des plus honorables et fameux estrangers » 4 5. Pour sa part, Ronsard sait nourrir son vers frangais de bonne seve antique, frangaise, italienne, grace a ses nombreuses lectures, il a l’esprit « verse en toutes sciences ». « Tantost il est Philosophe, tantost Medecin, Arboriste, Anatomiste, et Jurisconsulte, se servant de l’opinion de toutes sectes, selon que son argument le demande \ » Il a publie des Hymncs de VEternite, de la Justice, des Daimons, du Ciel, des Estoiles, des Astrcs, de la Philosophic, de I'Hcrcide cliretien, des Saisons, de la Mort. Il a laisse un Poeme de 1’A t erection et change des chosos humaines, un autre de V Excellence dc. 1’ Esprit de
1 Ronsard, CEuvres, t. VII, p. 45, dans YAbrege dc I'art poetique frangois (1565).
Ronsard, CEuvres , t. VII, p. 94, dans la preface posthume de la Franciade (publiee en 1587).
8 J. du Bellay, preface de Y Olive.
4 Preface de la Franciade, CEuvres, t. VII, pp. 96-97. Id., p. 51, Art ’poii.
5 Ronsard, CEuvres, t. VII, p. 80 dans la preface posthume de la Franciade.