‹ Ronsard en ItalieChapitre 36 sur 113 · ERUDITION DE RONSA'RD · texte numérisé non relu

ERUDITION DE RONSA'RD

Vhomme \ II a compose une preface sur la musique 1 2 3 4 *. Ce qu’on lui reprocherait aujourd’hui, c'est precisement un exces d’erudition. II tombe parfois, comme les poetes alexandrins, en une sorte de pedantisme. Lui et eux presentent ce trait commun « d’avoir voulu faire parade de leur science livresque, et, pour cette fin, d'avoir rempli leurs peuvres de legendes, de noms et d’adjectifs .rares, empruntes a la mythologie, a l’astronomie et a la geographic mythique » . Mais il reussit a faire illusion a ses contempo rains. La Croix du Maine est leur porte-parole, quand il ecrit : « II devint tellement scavant en pen de temps, que tout son sciecle est entre en admiration de son sgavoir et pour sa clocte fagon d’ecrire 8. » Il avait besoin d’exegetes et il trouvait des commentateurs, tout comme les grands ecrivains de l’antiquite. Quelle recommandation aupres des erudits de la Peninsule habitues a voir la France sous son veritable aspect, en somme : un pays on, durant les deux siecles et derni qui separent les trouveres de Ronsard, on ne rencontre que « des velleites d'humanisme, des tendances, des germes qui eussent demande. pour se developper et vivre, de Fair, de la lumiere, de la liberte intellectuelle, et la notion claire de Fart paien » ; un pays offrant sur ce point, un contraste eclatant avec FItalie, car depuis ses troubadours, la patrie de Dante, de Petrarque, de Politien, d’Arioste n’avait pas cesse de monter vers Fhumanisme. Ronsard s’y elevait, a son tour, et y atteignait les plus hauts sommets h Aussi voyons-nous Claude Binet noter, parmi les admirateurs

1 Ronsard, OEuvres, t. IV.

a Id., t. VII, p. 1 6.

3 Bibliothcques frangaises, ed. Rigoley de Juvigny, t. II p. 317.

4 Voir sur ce point d’excellentes considerations de P. Laumonier dans

Ronsard pocte lyrique, pp. 717-718.

ROXSARD EX ITALIE

du poete franqais, « les hommes doctes et principalement 3es Italiens » \ Binet ne se trompe pas.

Tous les temoignages que nous rapporterons concourent a etablir que, dans les trois quarts de siecle qui s’ecoulerent de 1 555 a 1625, mais On particulier au cours des vingt dernieres annees du cinquecento, Ronsard occupa une place eminente dans l’estime de maint Italien «docte». « Grand et excellent poete » : voila comment il est qualifie par cette elite \ « De meme. disait-elle, que le Po obscurcit, dans son cours, le nom de cent fleuves, tel Ronsard eteint la renommee de mille autres ecrivains* 3 * * * * * * * Il. En lui rendant des honneurs funebres presque royaux, ses compatriotes lui ont paye un juste tribut de reconnaissance. Deja, la France pouvait s’enor'gueillir des triomphes militaires de ses monarques victorieux, Ronsard l’a

ceinte de la couronne d’Apollon \ II a fait de son pays l’asile

1 Cl. Binet, Discours de la vie de P. de Ronsard, p. 42.

3 Voir les divers textes que nous citons en note dans la suite de ce

ehapitre.

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