‹ Ronsard en ItalieChapitre 39 sur 113 · RONSARD IMITATEUR DE PETRARQUE · texte numérisé non relu

RONSARD IMITATEUR DE PETRARQUE

En France, on le mettait aussi haut que les plus glorieux poetes de la Grece et de Rome, mais on n’oubliait pas non plus de rappeler, a son propos, les noras de Petrarque, de Lodovico Ariosto, de Torquato Tasso.

Au contraire, les Italiens du xvi° siecle et du xvne s’arretent fort peu sur les rapports que Ronsard presente avec ces glorieux poetes. En des vers ou percent le depit et l’amertume, Bartolommeo del Bene nomme Ronsard « imitateur sublime et rare de Petrarque » \ Mais ce mecontent, nous l’avons vu, est un toscan deracine et francise. Dans la Peninsule meme, si on rapproche Ronsard des grands poetes du pays, c’est, de toute evidence, sans aucune arriere-pensee ironique ou maligne. On vent seulement exprimer en quelle haute estime on le tient. N’oublions pas la rencontre que Brantome fit a Venise d’un diplomate italien : « Vous avez en vostre France, lui dit ce gentilhomme, un Petraque plus excellent deux fois que le nostre, qu’est M. de Ronsard1 2. »

1 Dans la 2ie de .ses Odi XXVII, Del Bene, s’adrcssaut a Ronsard, parle dc Petraque, « il canoro cigno e raro,

- De le cui opre a null’ altre seconde Imitator sei, tu sublime e chiaro.

Del Bene avait consacre une premiere ode n" 14 a Ronsard. La reponse du maitre fran?ais se fit longtcmps attendre. De la chez le poete italien un peu d’amertume qui transparait dans sa deuxieme ode a Ronsard (n° 21). Ronsard finit par deferer au voeu de cet admirateur blesse. II lui adressa une elegie (Ronsard, Gluvrcs, t. VI, p. 26).

a Voir plus haut, p. 52.

Retenons aussi les vers suivants extraits des sonnets que deux Ttaliens, Ferrante Grigioni, llorentin, et Matteo Zampini insererent dans le Tomkcau de Ronsard (Ronsard, CEuvrcs, ed. Blanchemain, t. VIII, pp. 282-283).

D ’autre part, comme la bergerie de Ronsard s’inspire du Proemio de 1’ Arcadia, G.-B. Massarengo releve ce fait dans le commentaire qu’il imprime en i596 sur le roman pastoral de Sannazar. Mais pourquoi signale-t-il cette source du chef de la Pleiade ? Pour prouver que ce prologue est de toute beaute ! En effet, il a retenu l’attention de l’« excellent poete Ronsard », lequel en a tire « divinement » parti \

Ces trois exemples mis a part, il ne semble pas que les dettes de Ronsard envers l'ltalie moderne aient retenu les erudits transalpins. Ils voient plutot en lui le restaurateur des muses antiques. Par sa « divine poesie», declarent Pietro Vettori et Pietro Barga, « la langue franqaise s’egale a la Grecque et Latine » a. Il faut saluer en lui l’heritier des classiques anciens,

a) Dunque fra i duo piu chiari Toschi eterno Loco ricevi, altero spirto e degno,

Recand’honore a tant’honore eguale.

b ) Il s’agit d' Apollon :

Indi orno di Ronsardo il crin d’allori,

E Sacerdote il giunse a i sacri altari,

Con Homer, con Virgilio, e col Petrarca.

Sur Matteo Zampini, jurisconsulte, cf. E Picot: Les Francois italiani santS, t. II, p. 122, n. 5. On 11c sait rien de Ferrante Grigioni (cf. Neri, Il Cliiabrcra, p. 38, 11. 2). Trois. autres Italiens collaborerent au meme Tombeau: P. Giacomini Teb. Malespina, Cos. Ruggieri, Lud. Martelli. On ne peut rien tirer de precis de leurs vers.

1 Nous avons sous les yeux Le op ere volgari di M. Jacopo Sanazzaro napoletano In Padova, 1723. Y voir la p. 206. Dans l’edit de V Arcadia par M. Scherillo, voir les pp. CCXXXV et CCXXXVII. Cf. Torraca, GV imitatori stranieri di Jacopo Sannazzaro, 2e edit., Roma, 1882, p. 51. Massarengo commet d’ailleurs une erreur : au lieu de dire la Bergerie de Ronsard, il dit la Rcconnue. Or la Reconnue cst de R. Belleau.

2 Cl. Binet, Vie de Ronsard , p. 42, 1. 48.

Page 1